L'indépendance des banques centrales s'est détériorée pour « 75% du PIB mondial » alerte Christine Lagarde
latribune.fr
Depuis Phnom Penh, au Cambodge, l'ancienne directrice générale du FMI a dressé un constat préoccupant sur l'évolution du rapport de force entre gouvernements et banques centrales.
La présidente de la BCE avertit sur l’érosion croissante de l’indépendance des banques centrales, désormais fragilisée sous l’effet des pressions politiques et du retour de l’inflation.
L’indépendance des banques centrales, longtemps considérée comme un acquis des grandes économies développées, est désormais sous pression. La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a mis en garde jeudi contre une remise en cause croissante de l’autonomie des institutions monétaires, dans un contexte de retour de l’inflation, d’endettement public massif et de tensions politiques accrues.
Depuis Phnom Penh, au Cambodge, l’ancienne directrice générale du FMI a dressé un constat préoccupant sur l’évolution du rapport de force entre gouvernements et banques centrales. « Dans un monde où les conditions deviennent plus difficiles, le défi n’est plus simplement de préserver l’indépendance juridique » des banques centrales, « mais surtout de maintenir la crédibilité nécessaire pour l’exercer », a-t-elle déclaré.
Selon elle, l’indépendance monétaire « s’est de facto détériorée dans près de la moitié des banques centrales représentant environ 75 % du PIB mondial ». Un avertissement qui reflète l’inquiétude grandissante des grands argentiers face au retour des interventions politiques dans la conduite de la politique monétaire.
Le cas Jerome Powell
La question s’impose d’autant plus que les banques centrales évoluent désormais dans un environnement économique moins favorable qu’au cours de la décennie post-crise financière. Le retour durable de l’inflation, conjugué à des niveaux records de dette publique, accroît les pressions sur les institutions chargées de relever ou maintenir des taux d’intérêt élevés, au risque de freiner la croissance et d’alourdir le coût de financement des États.
Cette évolution nourrit des critiques de plus en plus directes à l’égard des banquiers centraux. Lundi déjà, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, qui quittera ses fonctions en juin au profit d’Emmanuel Moulin, estimait que « le principal défi pour les banques centrales aujourd’hui — la menace croissante pesant sur leur indépendance — était à peine pensable il y a dix ans ».
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Les tensions observées aux États-Unis illustrent, selon Christine Lagarde, ce changement d’époque. Elle a évoqué les attaques répétées de Donald Trump contre l’ancien président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, accusé de ne pas avoir abaissé suffisamment rapidement les taux d’intérêt pour soutenir l’économie américaine. Face à ces critiques, Jerome Powell avait « publiquement défendu l’indépendance de l’institution » en s’appuyant sur « le soutien public construit au fil des années grâce à ses décisions indépendantes », a rappelé Christine Lagarde.
Logique de crédibilité
Mais la nomination de son successeur, Kevin Warsh, a ravivé les interrogations. Son serment prêté à la Maison-Blanche devant Donald Trump — une première depuis l’ère Ronald Reagan — a été perçu par certains observateurs comme un symbole du rapprochement entre pouvoir exécutif et banque centrale.
Pour Christine Lagarde, la crédibilité des banques centrales devient désormais leur principal rempart. « C’est précisément lorsque les décisions de politique monétaire sont politiquement sensibles et économiquement coûteuses que la crédibilité est la plus nécessaire – et aussi la plus difficile à préserver », a-t-elle averti.
Le débat a ainsi changé de nature. « La question n’est plus simplement de savoir comment garantir l’indépendance » mais « comment la protéger lorsqu’elle est mise à l’épreuve », a insisté la présidente de la BCE, rappelant qu’ »il faut du temps pour construire la confiance, mais un instant suffit pour la perdre ».