Dans la torpeur de l'été, le 14 août dernier, le numéro de François Bayrou s'affiche sur le téléphone de François Hollande, qui vient tout juste de fêter son anniversaire en Corrèze. Un entretien de courtoisie entre les deux hommes mais, à aucun moment de la discussion, le Béarnais ne dévoile ses intentions réelles pour la rentrée.
« Je prendrai des contacts avec les socialistes avant la fin de l'été », conclut simplement le Premier ministre. Alors, quand l'ancien président écoute le centriste annoncer, lundi à la télévision, qu'il sollicitera le 8 septembre la confiance de l'Assemblée nationale, il tombe de sa chaise. Il avait noué avec lui un lien particulier. En janvier, François Hollande avait œuvré en coulisses à ce que les socialistes ne censurent pas le nouveau chef du gouvernement, lui offrant là une survie de quelques mois.
Lundi, lors de la conférence de presse de François Bayrou, le ministre de l'Économie, Éric Lombard, est assis au premier rang. Lui aussi avait joué un rôle crucial l'hiver dernier, menant personnellement les négociations entre le PS et le gouvernement. Pendant l'allocution du Premier ministre, Éric Lombard reçoit plusieurs SMS de socialistes, qui lui disent leur surprise.
En quelques secondes, l'agenda du locataire de Bercy a volé en éclats. Ami de longue date du premier secrétaire du PS, Olivier Faure, il avait calé plusieurs entretiens avec les socialistes durant la deuxième quinzaine de septembre pour négocier ce qui était acceptable pour eux et ce qui ne l'était pas. Fin juillet, il avait appelé directement le chef de file des députés PS, Boris Vallaud, pour lui donner rendez-vous après les journées parlementaires du parti à la rose, prévues du 9 au 11 septembre.