C’est la première fois que l’on voit Roberto Saviano vêtu autrement qu’en habit de combat vert militaire. Mais ce n’est pas parce qu’il a baissé la garde. Le combat contre la mafia ne saurait tolérer le moindre désarmement. « Il ne pouvait pas abandonner, c’était sa vie, lutter contre ces gens était une obsession. » Roberto Saviano sait de quoi il parle quand il prononce ces mots-là devant Gérald Darmanin au sujet de Giovanni Falcone.
L’écrivain a consacré au célèbre juge antimafia un roman puissant*, qu’il a apporté, dûment dédicacé, au ministre de la Justice. En bon admirateur de Saviano, ce dernier l’a déjà lu : « Je n’ai pas pu m’empêcher de voir un peu de vous dans les sentiments que nourrissait Falcone… » Et Darmanin d’interroger son hôte : « Pourquoi, quand il a été lâché par sa hiérarchie et que son existence est devenue un enfer, cet homme qui aimait la vie et qui aimait sa femme ne s’est-il pas sauvé en partant à l’étranger ? »
Roberto Saviano répond en parlant… de lui : « J’ai la sensation qu’à force d’étudier les rouages de la mafia on peut arriver à capter une vérité plus profonde, et on ne peut plus arrêter de vouloir comprendre… » Les deux hommes auraient continué à deviser sur cette obsession si on ne les avait rappelés à l’ordre du jour – les moyens de lutter contre le narcotrafic – de l’entretien que La Tribune Dimanche leur a proposé à tous deux en profitant de la présence en France, comme professeur invité à Assas, de Roberto Saviano.