ENQUÊTE. « On assiste à la convergence des criminalités » : Comment les hackeurs se servent des fuites de données pour cibler le monde de la cryptomonnaie
Des policiers procèdent aux constatations à Saint-Martin-le-Vinoux (Isère) après l'enlèvement d'une jeune femme dans une affaire de demande de rançon en cryptomonnaies.
Victimes de fuites de données, des dizaines d’anonymes détenteurs de cryptoactifs ont été visées par des malfaiteurs souvent jeunes et faisant usage d’une rare violence.
Le sécateur était prêt à lui couper une phalange. Dans la nuit du 18 au 19 décembre dernier, vers 3 heures du matin, un investisseur en cryptomonnaie d’une trentaine d’années est dans son bureau, attaché à sa chaise, et deux ravisseurs le menacent. Dans la pièce d’à côté, sa femme est surveillée par un troisième homme.
Un peu plus tôt, les malfaiteurs cagoulés se sont introduits dans leur maison de Dompierre-sur-Mer près de La Rochelle. Ils ont réveillé le couple à coups de poing en plein visage. Ils leur ont aussi entaillé le dos à l’aide d’un objet tranchant. L’un des agresseurs exige que l’homme effectue des transferts depuis son portefeuille de cryptomonnaies.
Dans un premier temps, la victime refuse, puis finit par s’exécuter alors que le criminel menace de s’en prendre à ses enfants puis de lui couper le doigt. Pendant les deux heures qui suivent, plusieurs virements seront effectués de son portefeuille numérique vers différents comptes.
Vers 5 heures du matin, la jeune femme parvient à tromper la vigilance de l’un de ses geôliers et sort de la maison. Elle arrête une voiture qui circulait dans la rue et prévient la police. Les trois malfaiteurs s’enfuient dans la nuit noire à bord d’une camionnette. En plus du butin déjà transféré, ils se sont emparés d’une clé Ledger, un portefeuille numérique à l’apparence d’une clé USB. Le butin total est faramineux, plus de 8 millions d’euros.
« Particulièrement traumatisés »
Comment ces trois hommes cagoulés ont-ils ciblé ce jeune couple dans la petite ville de Dompierre-sur-Mer ? Contacté, leur avocat, Me Antoine Ory, indique que ses clients sont plusieurs mois après les faits encore « particulièrement traumatisés ». Fait important : au cours de cette nuit d’horreur, les malfaiteurs ont fait mention d’un piratage d’une base de données Waltio et connaissaient le montant exact de la fortune de l’investisseur en crypto.
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