Avant le grand saut vers le Tour de France, Paul Seixas chute sur le Tour Auvergne-Rhône-Alpes
La nouvelle star française a surmonté une chute sévère dans la 7e étape du Tour Aura. Un apprentissage dans la souffrance au bout d’une semaine joyeuse en terrain conquis.
La mort dans l’âme, on allait écrire avec certitude que Paul Seixas ne gagnerait pas le Tour Auvergne-Rhône-Alpes (Aura). Et même que sa première participation au Tour de France, à partir du 4 juillet, pourrait s’en trouver assombrie. L’humeur a duré moins d’une heure. Le temps qu’ont mis le leader de l’équipe Decathlon CMA CGM et ses lieutenants pour boucher quatre minutes de retard sur la route du Grand Colombier. Un débours consécutif à « un vol plané à 70 km/h » en descente, au 32e kilomètre. Maillot blanc du meilleur jeune déchiré, genou ensanglanté, il a serré les dents, limité la casse et assumé son « erreur ».
Courageux, il a fini 7e de l’étape, à 1’21’’ du vainqueur Isaac Del Toro (UAE Team Emirates - XRG) et a même gagné une place au général – 6e à 1’54’’ du maillot jaune, Luke Tuckwell (Red Bull - Bora-Hansgrohe). Un morceau de bravoure et de résilience. Sur le coup, il était « vraiment défoncé ». À l’arrivée, il s’est écroulé dans les bras de son père. Deux cols hors catégorie sont au programme de la dernière étape aujourd’hui. Même s’il sera très compliqué de succéder à Christophe Moreau au palmarès de la deuxième grande épreuve française, Paul Seixas a encore impressionné.
Quand il chute, il se relève. S’il appuie sur les pédales, la concurrence rétrograde. C’est arrivé vendredi juin, sur la route de Crest-Voland : à part Del Toro, autre golden-boy du cyclisme mondial, personne n’a suivi. Pour le directeur sportif Julien Jurdie, cette semaine de juin est « une belle répétition du Tour de France ». Même dans la douleur. Même privé depuis le premier jour de l’Américain Matthew Riccitello, son meilleur équipier pour la montagne, Paul Seixas a assumé son nouveau rang, continué de marquer les esprits et pris date pour le mois prochain.
« Je le voyais plus grand »
Jusqu’à présent, peu l’avaient vu mais tous en avaient entendu parler. L’autre matin, devant le bus de l’équipe française, deux retraités se tordaient le cou pour apercevoir le gamin. « Je le voyais plus grand », assurait le premier ; « Il est affûté de chez affûté », répondait le second. Attentif, le vainqueur de la Flèche wallonne s’est armé pour affronter la popularité : d’un feutre, qu’il range dans la poche arrière de son maillot, prêt à signer tout ce qu’on lui tend – drapeaux, maillots, coques de téléphone.
Quand il accorde cinq minutes aux chasseurs d’autographe, il en faudrait le triple pour les contenter tous. Sa garde rapprochée sermonne gentiment les râleurs : « Il ne descend pas du bus tous les jours, vous savez… » Au même instant, les autres équipes boivent le café en toute tranquillité, spectateurs de l’attraction grandissante qui, chaque jour de la semaine, a attiré quelques centaines de curieux sur le parking des équipes.
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Pour nous aussi, c’est une éclosion à ne pas rater
La chaîne danoise TV 2, à propos de Seixas
Dans le peloton français, chacun a une attention pour le minot. Geoffrey Bouchard lui donne une tape amicale ; Jordan Jegat lui glisse quelques mots pendant le départ fictif. Mais la France n’a pas le monopole de l’intérêt. « Pour nous aussi, c’est une éclosion à ne pas rater, souffle un confrère de la chaîne danoise TV 2. Il est détendu, content de s’exprimer en anglais et, de notre point de vue, il pourrait vite faire de la concurrence à Jonas Vingegaard. » Le double vainqueur du Tour vient d’ajouter le Giro à son immense palmarès. Pour certains, il n’y aurait que Tadej Pogacar pour se mettre en travers de ses très grands desseins. Est-ce bien raisonnable ?
À l’antenne de France Télévisions, le très lucide sélectionneur Thomas Voeckler s’est étonné qu’on ait peu parlé de Seixas en début de semaine, alors que la route était plate. Cela a plutôt fait sourire Julien Jurdie : « On apprécie quand on laisse Paul tranquille car l’effervescence médiatique et populaire est déjà soutenue. » Le responsable de la stratégie sportive a vu « beaucoup plus de monde » au bord des routes que lors des éditions précédentes.
Aucun doute pour lui : cela tient entièrement à la présence du médaillé de bronze des championnats d’Europe 2025. Il a d’ailleurs été l’un des plus encouragés, au même niveau de décibels que Wout Van Aert (Visma Lease a Bike), Pavel Sivakov (UAE Team Emirates - XRG) et Alex Baudin (EF Education - Easypost) pendant ses cinq jours en jaune.
Les yeux brillants du président
Le Tour de France sera incomparable. En passant près de la maison familiale jeudi, le régional a reçu un accueil particulièrement bienveillant. « Adolescent, il a beaucoup roulé dans le Beaujolais, mais on ne se l’approprie pas pour autant », nuance Daniel Pomeret, maire d’Anse, la commune du Rhône où vit depuis des années la famille Seixas. En janvier, l’élu a remis la médaille de la ville à sa mère. Lui se trouvait en stage en Espagne mais avait envoyé quelques mots de remerciement en vidéo. Devant sa télévision, Gérard Fillon a beaucoup pensé à la précocité du Lyonnais.
« Je suis agréablement surpris que Paul Seixas ait la sagesse de ne pas négliger des courses comme le Tour de l’avenir, qu’il a gagné l’an dernier, ou le Tour Auvergne-Rhône-Alpes », explique l’octogénaire, auteur du Livre d’or du cyclisme en Rhône-Alpes. La mémoire régionale se demande s’il serait juste de « brider le potentiel d’un jeune coureur » pour éviter le risque d’usure au milieu de la vingtaine. Des cas de figure qu’il a déjà vus. Reste que Seixas, avec ses résultats ébouriffants depuis un an, aurait déjà droit à une place d’honneur si Gérard Fillon mettait à jour son ouvrage de référence.
C’est Paul, avec ses résultats, qui nous fait rêver
Michel Callot, président de la FFC
Ces derniers jours, le président de la Fédération française de cyclisme (FFC), Michel Callot, a coiffé sa casquette d’organisateur des Championnats du monde 2027 en Haute-Savoie. À cette perspective, ses yeux brillent déjà. « C’est Paul, avec ses résultats, qui nous fait rêver », affirme le dirigeant, qui admire « son autorité » et « sa façon de responsabiliser toute son équipe ». Avec de telles qualités, il se fait « un devoir » de considérer le Lyonnais comme un futur candidat au podium de la course en ligne.
Lors de l’attribution par l’UCI en 2022, la terrible côte de Domancy-route Bernard Hinault (2,5 kilomètres à 8,6 % de moyenne) apparaissait comme un obstacle à une victoire française. Quatre ans plus tard, « la donne a complètement changé », salive Michel Callot, heureux d’énumérer les noms – Valentin Paret-Peintre, Lenny Martinez ou Kévin Vauquelin – que Thomas Voeckler pourra réunir sous le maillot bleu. Surtout, bien sûr, celui de Paul Seixas, « un leader extraordinaire ». Et qui le deviendra un peu plus à chaque grande victoire. Ou à chaque manifestation de courage, comme samedi 13 juin, ce qui lui a au moins valu le prix du combatif.