G7, les désaccords d’Évian. L’édito de Bruno Jeudy

Découvrez l'édito de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

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Pour la deuxième fois en dix ans, Emmanuel Macron accueille les grands de ce monde dans un écrin Belle Époque aussi enchanteur qu’apaisant. En choisissant cette ville thermale lovée au bord du lac Léman, le président de la République mise sans doute sur la vertu des eaux pour guérir les maux d’un monde en souffrance. Sept ans après Biarritz, c’est moins une célébration de la diplomatie française qu’un test de sa résistance au chaos ambiant.
Pour l’hôte de l’Élysée – le plus ancien des chefs d’État ou de gouvernement encore en exercice au sein de ce club fermé –, l’enjeu est de taille : réaffirmer la place et le rôle de la France, se présenter comme le dernier Européen à prétendre parler d’égal à égal à Donald Trump, avec cette franchise virile qui définit leur relation singulière, contribuer enfin à la résolution des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. Rude tâche, for sure !
La venue de l’impétueux locataire de la Maison-Blanche en Haute-Savoie constitue d’ailleurs en soi un succès pour l’Élysée – quand on sait qu’il a fait de son 80e anniversaire la priorité absolue de son agenda. Une fête aussi extravagante qu’incongrue, avec l’organisation d’un combat de MMA dans le jardin présidentiel. Néron avait ses gladiateurs, Donald Trump a ses lutteurs. Cela en dit long sur l’état du monde.
Même si l’homme à la casquette rouge goûte peu les rendez-vous du multilatéralisme, il fera le déplacement en France avec l’espoir de voir scellé un accord de paix avec l’Iran. Mais Emmanuel Macron attend aussi de ce G7 qu’il rappelle les convergences autour du soutien à l’Ukraine et la nécessité de l’appui américain face à l’agresseur russe. Une gageure, si l’on considère les marques de déférence adressées à Vladimir Poutine lors de sa rencontre avec Trump en Alaska au mois d’août.
Profitant de la présence de ce dernier en France, le président français le recevra le 17 juin au soir, au château de Versailles. L’occasion de rappeler l’Histoire à l’Américain et de célébrer les 250 ans des États-Unis en s’appuyant sur le soutien décisif apporté par Louis XVI – la cession de la Louisiane, la signature du traité d’indépendance à Versailles – à la naissance de la jeune République américaine. L’Histoire comme argument diplomatique, c’est du Macron pur jus.
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Mais le vrai sujet d’Évian est économique. La réforme du financement du développement, la création de nouveaux partenariats mutuellement bénéfiques figurent au menu des discussions. La Chine, bien qu’absente, sera dans toutes les têtes : comment échapper à son emprise et au chantage qu’elle exerce dans les échanges commerciaux ? La fermeture du détroit d’Ormuz, la flambée des prix de l’énergie, le trafic maritime paralysé alimenteront des débats visant à conjurer une crise financière aux effets potentiellement dévastateurs.
Évian ne répondra pas à toutes les questions. Les sommets ne font jamais de miracles : ils font des communiqués… quand ils en font. Mais ils révèlent les équilibres du monde, ou leur absence. Et ce G7-là, plus que tout autre, révèle une vérité simple et dure : le multilatéralisme occidental survit sous perfusion, à condition que l’imprévisible y consente. C’est peu. C’est tout ce qu’on a.