Assurance : comment Allianz France adapte son modèle face à la montée des risques

Benoit Courmont et Pierre Vaysse
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Benoit Courmont et Pierre Vaysse
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Dans un contexte de multiplication des risques, comment le modèle assurantiel peut-il rester soutenable dans les années à venir ?
Pierre Vaysse : Notre secteur est effectivement confronté à une accumulation de risques d’une intensité inédite. Le dérèglement climatique menace directement les habitats et les infrastructures, avec des incendies et inondations plus fréquents et plus violents. Parallèlement, les attaques cyber se multiplient, tandis que le vieillissement de la population bouscule nos schémas traditionnels. Cette situation remet non seulement en question la soutenabilité même du modèle assurantiel, mais elle entraîne surtout une hausse des tarifs. Il devient donc indispensable d’imaginer de nouveaux mécanismes de partage des risques. Entre assureurs, nous envisageons par exemple une répartition des risques par zones géographiques ou par secteurs d’activité afin qu’un événement majeur ne fragilise pas un acteur de manière disproportionnée. Compte tenu de la gravité croissante des risques, le partage avec l’État reste également essentiel : le secteur privé ne pourra pas assumer seul ces chocs systémiques.
Quelles sont les principales pressions qui pèsent aujourd’hui sur l’assurance santé ?
Benoit Courmont : Dans le domaine de la couverture santé, le désengagement progressif de l’État combiné au vieillissement de la population se traduit par une augmentation continue des frais de santé, et donc du coût des assurances complémentaires, avec un reste à charge qui augmente inévitablement. Pour y répondre, nous agissons sur deux leviers : la prévention, essentielle pour améliorer la durée de vie en bonne santé, et de potentielles nouvelles solutions de financement. Par exemple, la prise en charge de la dépendance des personnes âgées particulièrement coûteuse pourrait être financée en monétisant tout ou partie de la valeur du patrimoine immobilier. Ces dispositifs restent encore méconnus ou peu utilisés, mais ils constituent des pistes intéressantes pour l’avenir.
En quoi la prévention peut-elle constituer un levier majeur pour contenir les coûts et mieux protéger les assurés ?
Pierre Vaysse : La prévention est absolument essentielle, surtout pour des risques encore mal compris, comme ceux liés à la sécheresse. Beaucoup d’assurés ne mesurent pas la gravité des phénomènes ou n’en comprennent pas l’impact potentiel, rendant difficile la compréhension du retour sur investissement d’une assurance. Chez Allianz France, nous encourageons activement les comportements préventifs, en informant nos assurés et en récompensant ceux qui mettent en place des mesures de protection avec des réduction de franchise — Nous voudrions aller plus loin avec des réductions de prime, mais pour cela il nous faudrait une base de données un peu à l’image de la conduite accompagnée. Idéalement, nous aimerions également ajuster les primes en fonction de la résilience des constructions, mais cela nécessiterait d’avoir accès à des bases de données plus complètes, qui n’existent pas encore dans le bâtiment. Il faudrait aussi inciter les acquéreurs de biens immobiliers à évaluer précisément les risques d’inondation ou de sécheresse avant d’acheter, ce qui n’est pas encore un réflexe.
Benoit Courmont : En santé aussi, la prévention est cruciale et la réduction des maladies à prendre en charge est un objectif partagé entre assureurs et pouvoirs publics. Pourtant, la coordination public/privé reste insuffisante. Nous gagnerions collectivement à mieux dialoguer pour agir plus tôt et plus efficacement, tant en santé, qu’en prévoyance.
Comment les données et les technologies transforment elles les modèles d’assurance ?
Pierre Vaysse : L’IA nous rend plus exigeants sur l’identification de certains risques, tout en nous apportant davantage de finesse, de sérénité et de réactivité dans les réponses apportées. L’IA générative joue aussi un rôle pédagogique précieux : elle peut par exemple créer des images illustrant concrètement la montée des eaux dans une habitation, ce qui aide les assurés à saisir la réalité du danger, ce qu’ils ont tendance à minimiser, même après une inondation récente. Elle permet également des calculs de marges plus personnalisés et une meilleure granularité dans l’analyse des risques.
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Benoit Courmont : Les cas d’usage de l’IA sont nombreux, même si le véritable « game-changer » reste à identifier. Pour l’instant, l’IA accélère nos processus et prend en charge des tâches à faible valeur ajoutée, libérant du temps pour nos collaborateurs et leur permettant de se concentrer sur leur cœur de métier. Nous suivons également de très près les technologies appliquées à la prévention des risques de santé mentale. C’est un sujet majeur, encore largement sous-estimé. On peut imaginer qu’à terme, des personnes en souffrance psychologique puissent dialoguer immédiatement avec une IA générative disponible 24h/24, capable de gérer l’urgence avant de les orienter vers des psychologues ou des psychiatres. Les évolutions sont rapides, très rapides…