Méthaniers : cet angle mort des politiques climatiques qui pourrait coûter cher

Les transporteurs de gaz naturel liquéfié (GNL) échappent encore en grande partie aux politiques climatiques
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La Tribune Now - Actualités et analyses

Les transporteurs de gaz naturel liquéfié (GNL) échappent encore en grande partie aux politiques climatiques
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Un déséquilibre coûteux sur le plan environnemental et financier, sur lequel l'ONG sud-coréenne Solutions for Our Climate (SFOC) entend alerter les banques mondiales qui financent encore ce modèle.
Au cours des dernières années, les banques ont progressivement durci leurs critères de financement des énergies et infrastructures fossiles. Une stratégie d’exclusion qui, étonnamment, ne s’est pas étendue au transport maritime de gaz naturel liquéfié, qui cause pourtant d’importants dommages environnementaux, explique Rachel Eunbi Shin, chercheuse chez SFOC.
La situation s’explique d'abord une faille réglementaire. Considérés comme des actifs mobiles, les méthaniers ne sont pas soumis aux mêmes évaluations environnementales et sociales que les terminaux ou les gazoducs lors de leur financement. « Certes, ces navires sont mobiles, mais ils empruntent toujours les mêmes routes. Emissions de méthane, bruit sous-marin, rejet d'eaux de ballast qui favorise la dispersion d'espèces invasives, développement d'infrastructures portuaires : ils ont des impacts bien réels sur les écosystèmes traversés et leurs populations », estime Rachel Eunbi Shin. D'après les données présentées par la SFOC, en 2024 les méthaniers ont représenté environ 6 % des émissions mondiales du transport maritime, soit 77 millions de tonnes de gaz à effet de serre. De quoi justifier une action pour modifier les règles de leur financement, comme l’a entrepris la SFOC en avril dernier en saisissant le Point de contact national de l'OCDE.
Le sujet est d’autant plus crucial que le développement des méthaniers constitue également un risque économique. En une décennie, la flotte mondiale a plus que triplé, passant de 325 navires en 2014 à 970 en 2023 (650 en service et 320 en commande). Elle devrait atteindre 1 147 navires en 2026, selon les données compilées par Clarksons et SFOC. Une dynamique loin de refléter les besoins réels du marché. « La croissance de la demande mondiale en GNL ralentit, pourtant le rythme d'expansion de la flotte ne ralentit pas ; au contraire, il augmente. Il existe une déconnexion entre la demande et la consommation. » Rachel Eunbi Shin s’inquiète également du développement des commandes dites spéculatives, passées sans contrat d'affrètement de long terme. Or, un méthanier représente un investissement supérieur à 250 millions de dollars et affiche une durée de vie de plus de 35 ans.
Que deviendront ces futurs navires si le transport du GNL diminue au cours des années ? Une question d’autant importante qu’il est très difficile de reconvertir les méthaniers vers d'autres usages. Leur conception repose sur des cuves cryogéniques permettant de transporter du gaz à environ -162 °C, une technologie dont le français GTT est aujourd'hui le principal fournisseur. Cette ultra-spécialisation accroît fortement leur risque de devenir ce que l’on nomme des actifs échoués, c’est-à-dire inutiles par rapport à une réalité économique.
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Face à ce constat, SFOC cherche à convaincre les établissements financiers de cesser le financement de nouveaux méthaniers. L’ONG semble trouver une oreille plus attentive en Europe, où la prise en compte de critères ESG est avancée. L'organisation est en cours de discussion avec plusieurs banques et agences publiques, afin qu'elles intègrent explicitement les méthaniers dans leurs politiques d'exclusion des énergies fossiles.
Ces discussions seraient relativement avancées avec des acteurs comme la Banque européenne d'investissement, certains établissements bancaires français et des agences de crédit export. « Un méthanier fait partie intégrante de la chaîne de valeur du gaz fossile. Ce sont, en réalité, des pipelines flottants, résume la représentante de SFOC. Il existe des raisons à la fois économiques et environnementales pour que les banques les intègrent pleinement dans leurs politiques climatiques. » L'ONG voit également dans cette sensibilisation des acteurs financiers une occasion de réorienter les investissements vers des infrastructures compatibles avec les objectifs climatiques.