Se déplacer dans un monde de chocs climatiques

Train a grande vitesse en Suède
Kasper Dudzik - © ALSTOM SA 2023. Kasper Dudzik
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Train a grande vitesse en Suède
Kasper Dudzik - © ALSTOM SA 2023. Kasper Dudzik
« Le dérèglement climatique n’est pas une projection lointaine, nous faisons face à des événements plus violents, qui surviennent à des moments parfois décalés dans l’année », constate Véronique Andriès, vice-présidente Sustainability & CSR chez Alstom. Présent à l’international, le groupe doit répondre aux températures caniculaires aussi bien qu’aux tempêtes de neige, mais aussi et surtout anticiper les futures évolutions climatiques pour ajuster la résilience de ses trains, métros, trams... « Nos études démontrent que près de 70 % des dirigeants publics estiment que les chocs sont susceptibles d’augmenter en intensité et en impact à l’avenir », appuie Laurence Bernet-Garin, en charge du secteur Industrial et Sustainability chez IBM Consulting.
Pour son travail d’anticipation et de prévision, la multinationale s’appuie sur les travaux du GIEC et de partenaires spécialisés, tels AXA Climate. « Les Etats sont également des partenaires indispensables, car nous devons nous accorder avec leurs propres prévisions et leur plan climat ». Tel celui de la France, qui table sur un réchauffement de 4 °C d’ici à 2100. « Il faut aussi parfois être prescripteur auprès des Etats en leur proposant des solutions. L’objectif est de nous assurer que les besoins d’adaptation des réseaux soient bien intégrés dans les plans d’investissement prévus pour les transports », appuie Véronique Andriès. Ce travail d’influence s’exerce également dans les instances de réglementation : Alstom entend contribuer à faire évoluer les standards techniques et promeut des normes en adéquation avec les futures conditions d’opération des systèmes de transport.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’adaptation aux chocs climatiques des systèmes existants n’implique pas forcément d’innovation de rupture. « Nos efforts portent davantage sur le renforcement de la robustesse des systèmes que sur l’innovation radicale. Les trains, par exemple, sont déjà conçus pour fonctionner dans des conditions climatiques contrastées, avec des températures allant de – 25 °C à + 45 °C. » Alstom capitalise sur sa présence dans des régions géographiques diversifiées pour tester et déployer des systèmes capables de résister à des conditions extrêmes, sans dégrader les conditions de sécurité. Il parvient ainsi à faire progresser des trains dans les tempêtes de neige au cœur des plaines de Suède, tout comme à opérer le métro de Riyad, en Arabie Saoudite, où la chaleur peut atteindre 58 °C.
Son expérience dans les zones tropicales humides ou soumises à des inondations à répétition inspire également des solutions déjà déployées dans notre quotidien. A Bordeaux, pour garantir le fonctionnement du tramway en cas d’inondations temporaires, Alstom a ainsi renforcé l’étanchéité des équipements, notamment les boîtiers situés sous le troisième rail qui alimentent le tram en énergie sur les portions de ligne sans les traditionnels caténaires.
Face aux événements climatiques, les solutions ne concernent pas les seules infrastructures. « Cela demande aussi d’adapter la gestion du trafic et des réseaux : savoir ajuster la vitesse et le nombre de rames en service, modifier des itinéraires en temps réel… Il y a derrière cela des technologies que nous maîtrisons déjà, mais que nous utilisons différemment », illustre Véronique Andriès. Réduire la vulnérabilité des transports, c’est par exemple imaginer de nouveaux moyens de communication. « Nous avons développé des solutions dites « train-centriques », qui permettent aux trains de communiquer entre eux et limitent leur dépendance aux équipements de bord de voie, plus sensibles aux inondations. » D’autres leviers existent, comme la duplication des centres opérationnels, et sont définis en fonction de l’état du réseau et des priorités des autorités.
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« La technologie, et notamment l’intelligence artificielle, ont également un rôle à jouer face à l’augmentation des chocs climatiques. Nous interrogeons chaque année un panel de dirigeants mondiaux influents pour notre étude CEO Study. En 2025, il en ressort que 69 % des dirigeants les plus performants anticipent que l’IA aura un impact significatif ou transformationnel sur l’amélioration de la résilience opérationnelle d’ici 2027 », explique Laurence Bernet-Garin.
Qu’il s’agisse de planter des végétaux en bord de voie, comme le fait entre autres la SNCF contre le risque d’inondation, ou d’assurer la circulation d’un train sur des rails enneigés, l’ajustement des transports aux contraintes climatiques demande des investissements majeurs. « Nous souhaitons que les projets ferroviaires et de transports publics puissent bénéficier des nouveaux mécanismes de financement qui se mettent en place, notamment autour des crédits carbone issus de l’accord de Paris », plaide la représentante d’Alstom. Avec un argument phare : le coût de l’inaction sera plus élevé que celui de l’action. Dans cette optique, l’industriel a réduit de 25 % la consommation énergétique de son portefeuille de trains et de systèmes depuis 2014. L’adaptation aux chocs climatiques ne doit pas faire oublier la nécessaire décarbonation du transport.