Face aux ambitions d'unification de Pékin, Taïwan oppose son modèle démocratique et sa position centrale dans l'industrie mondiale des semi-conducteurs. Valérie Niquet, spécialiste de l'Asie à la Fondation pour la recherche stratégique, décrypte les forces militaires, les dépendances économiques et le rôle clé de l'allié américain dans le maintien du statu quo.Taïwan est au cœur des rivalités sino-américaines. Avec une industrie florissante dans l'électronique et en particulier les semi-conducteurs, l'île occupe une place stratégique au cœur des chaînes mondiales d'approvisionnement. Une place de plus en plus cruciale avec le développement de l'intelligence artificielle. Mais Pékin convoite l'État insulaire qu'il considère comme faisant partie de son territoire. De l'autre côté, les États-Unis participent à la défense de l'île en lui fournissant des armes mais maintiennent une position de statu quo concernant la question de leur souveraineté. Décryptage avec Valérie Niquet, spécialiste de l'Asie à la Fondation pour la recherche stratégique et auteure de « Taïwan face à la Chine : Vers la guerre ? Les clés pour comprendre » (éditions Tallandier).
LA TRIBUNE. Pourquoi la Chine veut-elle autant mettre la main sur Taïwan ?
VALERIE NIQUET. Pour Pékin, la question de Taïwan est d'abord liée à l'histoire de la guerre civile chinoise. En 1949, lorsque les communistes prennent le pouvoir sur le continent, le gouvernement nationaliste de la République de Chine se replie sur l'île de Taïwan. Depuis, le régime communiste considère que réunifier Taïwan, c’est parachever le récit de la guerre civile.
Pendant longtemps, cet objectif est resté largement théorique, notamment parce que la Chine ne disposait pas des moyens militaires nécessaires pour s'emparer de l'île. Avec les réformes économiques et la modernisation de son armée, Pékin s'est progressivement doté de capacités beaucoup plus importantes.
Depuis l'arrivée de Xi Jinping au pouvoir, la question taïwanaise a également pris une dimension personnelle. Pour lui, parvenir à réunifier la Chine lui permettrait de laisser une trace dans l'histoire, au même titre que Mao Zedong ou Deng Xiaoping. Cela renforcerait aussi la légitimité du Parti communiste, qui présente la réunification comme le sens naturel de l'histoire chinoise.