Impact des entreprises : changer les règles pour changer les modèles

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Les entreprises pourraient y voir une occasion de s’affranchir de leurs engagements, d’autant que les contraintes réglementaires en matière d’extra-financier leur ont inspiré de nombreuses critiques. Pourtant, Pascal Demurger, directeur général de la MAIF et co-président du mouvement Impact France, se montre moins sévère à l’égard des sociétés. Et tourne plutôt son regard vers le politique, pour amplifier l’impact positif des entreprises.
Le changement de ton est notable : l’environnement, le social, ne semblent guère plus des priorités, alors que les relations internationales et la situation économique se tendent. Faut-il y voir la fin d’une ère ? « L’arrivée de Trump au pouvoir aux Etats-Unis et la recherche de simplification réglementaire en Europe ont, il est vrai, créé un certain recul sur les thématiques d’impact et de transformation des entreprises. Pour avoir échangé avec les sociétés, notamment celles exposées au marché américain, il s’agit cependant plus d’un repli dans le discours que dans l’action » observe Pascal Demurger, qui dirige la MAIF et copréside le Mouvement Impact France. En clair, les entreprises auraient cessé de mettre en avant certaines de leurs initiatives, en particulier en matière de diversité et d’inclusion, mais n’auraient pas pour autant renoncé à agir. Le coup de frein sur les questions d’ESG (environnement, social et gouvernance) serait plus conjoncturel que structurel, de l’avis du dirigeant engagé. Il n’en reste pas moins que les enjeux de transformation demeurent colossaux. Sur le seul volet environnemental, l’Union européenne a pour ambition d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Or, d’après la Commission, les investissements annuels dans le système énergétique devront augmenter de 350 milliards d’euros au cours de la décennie 2021 et 2030, par rapport à la période 2011-2020[1]. Impossible donc de se passer des efforts des acteurs privés.
« Le contexte géopolitique crée en effet des situations d’urgence et « d’exceptionnalité », qui peuvent amener des logiques de réallocations, comme on a pu le voir avec la défense, explique Richard Hall, Partner, Insurance Lead, chez IBM Consulting. Ces urgences mobilisent également des acteurs du secteur privé, mais nous observons que les assureurs restent mobilisés sur leurs engagements ESG. Ils conservent un rôle essentiel face aux ambitions d’investissement des grands pays européens, dont la France, pour limiter l’impact environnemental. »
Pour embarquer les sociétés sur les initiatives à impact, le premier pas consiste sans doute à les convaincre que, derrière les investissements et les contraintes, ces stratégies sont source de performance. « Depuis 5 ans, la MAIF a une vigueur de développement qu’elle n’avait jamais atteint auparavant », confirme Pascal Demurger, dont l’entreprise se distingue régulièrement par ses politiques engagées. Le groupe mutualiste consacre notamment 10 % de son résultat annuel à un dividende écologique. Il sert à financer des actions en faveur de la biodiversité, mais aussi plus directement en faveur des assurés : diagnostic de risque d’inondation, voire financement de travaux. De quoi réduire les montants des dommages sur du plus long terme, et donc de participer à l’équilibre financier de l’assureur. « Cela nourrit également notre marque, notre image, elle-même source de performance. Nous remarquons que notre engagement contribue à l’attachement de nos collaborateurs et à la puissance de notre marque commerciale. »
Le mécanisme fonctionne également en sens inverse, tient à rappeler Richard Hall, d’IBM Consulting, prenant exemple sur l’américain Tesla. « Le constructeur a vu ses immatriculations chuter de plus de 60% en Allemagne et en France sur le début d’année (données à fin janvier 2025), et ce dans un marché de la voiture électrique qui se porte bien. Cela résulte des controverses autour du dirigeant, qui ont affecté la perception de la marque. »
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L’impact, un atout financier et stratégique… mais à condition sans doute que tout le monde joue à armes égales. Ces politiques ont un coût, et donc des répercussions non négligeables en pleine guerre commerciale. La solution n’est alors plus tant à chercher au niveau des entreprises que des politiques européennes. « Nous ne pouvons pas imposer de normes environnementales, sociales, sanitaires en Europe si elles ne sont pas assorties d’exigences similaires au niveau des importations. Sinon, cela crée une concurrence inéquitable. Je crois beaucoup aux mécanismes de protection. » Pascal Demurger plaide ainsi pour un élargissement de la taxe carbone aux frontières, afin d’y inclure les produits transformés. « Il faudrait ensuite aller plus loin, en imaginant un mécanisme permettant de compenser les différences de régimes sociaux, autrement il sera toujours plus intéressant pour les industries de produire loin de l’Europe. »
Si l’impact des entreprises repose en partie entre les mains de Bruxelles, l’Etat français dispose également de moyens d’action. Et l’on en revient à la question de la performance : pourquoi ne pas inciter les sociétés à avoir un impact positif en leur procurant des avantages en contrepartie ? L’idée séduit le directeur général de la MAIF : « près de 210 milliards d’euros d’aides ont été distribués aux entreprises françaises en 2024, selon un rapport sénatorial. A l’heure où il est si difficile de boucler un budget, ces aides pourraient être conditionnées à l’engagement des sociétés sur des sujets environnementaux et sociétaux. »
A la question de savoir comment évaluer les entreprises pour estimer le montant des aides, le dirigeant a bien une réponse : « La directive CSRD est un outil puissant. Il permet de comprendre la trajectoire des entreprises et apporte des données objectives. Cela permettrait à l’Etat français de disposer des informations nécessaires pour piloter les grandes transformations en cours. » En faisant porter CSRD sur un nombre plus restreint d’entreprises et en reculant sur la loi sur le devoir de vigilance, la France se priverait donc d’un outil de pilotage précieux.
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[1] Source : Commission européenne, https://ec.europa.eu/commission/presscorner/api/files/document/print/fr/qanda_20_1598/QANDA_20_1598_FR.pdf
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