Pour éviter le déclassement, l’Europe doit se constituer en coalition stratégique

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En moins d’une décennie, le cadre intellectuel et opérationnel de l’après-1945 s’est effacé au profit d’une montée en puissance conflictuelle des États-Unis comme de la Chine. Cette compétition s’affiche dans tous les domaines : économique, financier, technologique, militaire, normatif… Ce nouveau paysage émergent, s’inscrit déjà dans nos vies quotidiennes, sans possibilité de retour en arrière. Il touche en premier lieu la vie des entreprises, de toutes les tailles, qui doivent apprendre les règles explicites et implicites d’un nouveau jeu plus agressif, parfois sans règles.
Il faut se garder de toute naïveté ou de toute illusion : les États-Unis et la Chine s’affirment désormais comme les superpuissances appelées à dominer le monde durant la première moitié du 21e siècle et sans doute pour plus longtemps si reste du monde ne parvient pas à s’organiser. C’est vrai de leur domination technologique, de leur capacité à imposer unilatéralement leurs règles, comme leur capacité à financer sans limite leur croissance. Les puissances démocratiques et moyennes doivent ainsi revoir leurs doctrines nationales et d’alliances.
Plus que jamais, l’enjeu est celui de la défense, de la promotion mais aussi de l’actualisation du modèle européen. Nos sociétés sont particulièrement résilientes parce qu’elles sont démocratiques et qu’elles portent des valeurs humanistes qui constituent leur socle. L’Union européenne est sans doute le cas le plus abouti de mise en commun des capacités de puissances moyennes, autour d’un marché, d’une monnaie, de normes, d’une politique commerciale et d’instruments de sanction. Elle reste cependant moins efficace lorsqu’il s’agit de produire rapidement une offre industrielle, financière, technologique ou sécuritaire alternative. La crédibilité stratégique de l’Europe peut être appréciée au moyen de trois tests : Peut-elle financer rapidement une solution de remplacement ? Peut-elle protéger une entreprise qui est la cible d’une coercition étrangère ? Peut-elle mobiliser son marché comme levier de négociation ?
Dans ce contexte, les entreprises européennes doivent se prendre en main. L’heure est une forme de mobilisation générale afin que chacun prenne conscience que la dialectique des superpuissances opposées aux puissances dites moyennes ne nous est pas favorable. Les entreprises sont en réalité les instruments et premières cibles de la puissance, car elles contrôlent des technologies, des données, des infrastructures, des industries, ou encore des réseaux commerciaux dont les États ont besoin. Pour un dirigeant, la mission la plus importante est désormais de savoir identifier les dépendances et l’exposition de son entreprise. En cela, une coalition de puissances moyennes n’aura de réalité que si elle permet aux entreprises de disposer de solutions alternatives assurant la continuité de leurs activités : financement, fournisseurs, marchés, protection juridique, soutien politique.