Face au changement climatique, à la déconsommation de vin et à la pénurie croissante de main d’œuvre, la viticulture doit accélérer sa transformation. Parmi les leviers, l’intelligence artificielle s’impose comme un outil.« 77 % des agriculteurs considèrent les outils numériques comme une opportunité d’amélioration de la performance et 60 % des producteurs en cultures spécialisées, dont les viticulteurs, aiment tester des approches innovantes », affirme Charles Pain, président de la commission technique Interloire et vigneron à Chinon, citant l’Observatoire de l’innovation agricole, lors d’une matinée organisée fin janvier par InterLoire, consacrée aux perspectives de l’IA dans la viticulture.
La filière est donc prête à condition que les solutions soient utiles, compréhensibles et adaptées au terrain. Les intervenants ont d’ailleurs rappelé que l’IA ne devait pas être vue comme un gadget, ni comme un risque mais comme un moyen d’éclairer la décision, de la vigne au chai, sans remplacer l’humain.
Observer la vigne autrement
L’une des applications les plus prometteuses concernerait la surveillance des maladies, enjeu majeur avec le réchauffement climatique. La plateforme PlantNet, qui revendique 25 millions de visiteurs, pour la reconnaissance des plantes grâce à l’IA et aux contributions citoyennes, est en cours d’extension pour identifier les maladies et stress végétaux. « Plus les viticulteurs partageront d’images, plus l’outil gagnera en précision », s’exprime Lydia Bousset-Vaslin, chercheuse en épidémiologie des pathogènes végétaux à l’INRAE de Rennes.
En Champagne, le projet DASY développe la détection automatisée de la flavescence dorée, une maladie incurable de la vigne qui gagne du terrain dans tout l'Hexagone, grâce à l’imagerie et au deep learning. 15 000 images ont ainsi été prises entre 2021-2025. Les premiers résultats affichent 92 % de détection sur images tests à l’issue de ces cinq années de travaux, contre un taux de détection manuelle d'environ 50%. Ce qui ouvre la voie à une prospection plus rapide. « C’est très prometteur ! », lâche Mathieu Liébart, chef de projet à l'interprofession des vins de Champagne.