À l’heure des coupes budgétaires, la décision de Christelle Morançais, la présidente de la région Pays de la Loire de liquider l’agence de développement économique Solutions&Co suscite de vives tensions et de nombreuses interrogations quant aux conséquences pour l’attractivité du territoire.
Dans les Pays de la Loire, l’exécutif régional assume une mesure inscrite dans le vaste plan de 100 millions d’euros d’économies engagé depuis deux ans : la suppression de l’agence de développement économique Solutions&Co.
Créée il y a dix-sept ans, elle constituait jusqu’ici le bras armé de la région en matière d’attractivité, d’innovation, d’implantation d’entreprises et d’accompagnement des filières. Sa liquidation se traduira par64 licenciements et le transfert de 39 postes au sein des services régionaux.
Pour la présidente Christelle Morançais, cette restructuration est nécessaire. « Soyons réalistes, la région n’a plus les moyens de conserver une agence économique », s’est-elle exprimée lors de la première session du conseil régional, le 5 mars dernier. D’autant que l’agence présente un déficit cumulé d’1,6 million d’euros et des perspectives financières négatives.
« Nous devons apprendre à faire mieux avec moins », a-t-elle martelé en session plénière, inscrivant la suppression dans « l’ère de l’exigence » où « chaque euro public doit être un euro utile ».
Une décision prise dans un contexte économique dégradé
Mais le calendrier choisi fait bondir l’opposition. Les Pays de la Loire traversent en effet une période économique particulièrement tendue, marquée par une hausse de plus de 20 % des défaillances d’entreprises en 2025, contre seulement 3 % au niveau national. La Loire-Atlantique (+64 %) et le Maine-et-Loire (+55 %) ont connu des records inquiétants. « C’est une hérésie de supprimer un outil anticrise précisément au moment où les entreprises ont le plus besoin d’un accompagnement de proximité », dénonce le député et conseiller régional Guillaume Garot.
Il voit dans la disparition de Solutions&Co « une rupture stratégique » qui fragilisera les territoires les plus vulnérables, rappelant que les Pays de la Loire sont « la troisième région la plus touchée par les défaillances », selon les données de la Banque de France et d’Altares.
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Même son de cloche du côté d’élus dénonçant une « casse sociale évitable » et une perte de compétences que la région « ne pourra pas compenser ». Plusieurs d’entre eux regrettent la méthode : une annonce jugée brutale, « sans concertation », un audit non transmis dans son intégralité et un conseil d’administration mis devant le fait accompli. Le conseiller régional Dominique Deniaud renchérit : « On nous présente un seul scénario, pas l’ensemble des options étudiées. Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage. » Il note par ailleurs un paradoxe budgétaire : « Un déficit de 1,6 million d’euros cumulé et vous engagez 10 millions d’euros de dépenses pour fermer l’agence : où est la cohérence ? »
Un pari solitaire alors que les autres régions renforcent leurs agences
Autre argument avancé par les opposants : le contraste avec les régions voisines. Bretagne Next, Dev’Up Centre-Val de Loire ou AD’OCC en Occitanie ont, ces dernières années, été consolidées pour accompagner les transitions économiques et renforcer l’attractivité. Les Pays de la Loire deviennent ainsi la seule région française à supprimer complètement son agence économique, au lieu de la transformer.
Ce choix interroge alors que ces structures jouent un rôle crucial dans la compétition interrégionale pour attirer investissements, talents et projets industriels. Plusieurs élus craignent un « trou d’air »opérationnel, un affaiblissement du réseau relationnel patiemment construit et une perte de lisibilité du territoire à l’international. La question de l’équité territoriale revient comme un leitmotiv. « Votre décision va accélérer les inégalités de développement et les territoires ruraux seront les premiers abandonnés », affirme Guillaume Garot.
Une majorité qui assume
Face à ces critiques, la majorité régionale rappelle que l’essentiel des missions opérationnelles sera réinternalisé, avec vingt postes supplémentaires créés au sein de la région. Elle assure que les équipes régionales sont prêtes et que la réorganisation renforcera la cohérence entre les politiques publiques. Christelle Morançais estime d'ailleurs que les missions seront « mieux intégrées et plus lisibles » une fois internalisées.
La présidente régionale assume pleinement un choix présenté comme courageux : « Je refuse de subir. Nous sommes dans l’ère des choix. » Elle invite à juger la majorité « sur les résultats ». Quant aux accusations de casse sociale, elle affirme avoir mis en place « l’un des PSE les plus protecteurs », chiffré à 6,8 millions d’euros.
Reste que ce pari comporte des risques. Sans agence dédiée, la rapidité de réponse, déterminante dans la prospection et l’implantation, pourrait s’en trouver affectée, estime l'opposition.
La région mise sur une internalisation efficace et une sobriété budgétaire assumée. L’opposition agite, elle, le spectre d’un recul de l’attractivité ligérienne. Les mois à venir diront si la suppression de Solutions&Co était un choix raisonnable ou une prise de risque mal calibrée.