Santé des jeunes : quand le rêve devient Maison A

Léa Moukanas, fondatrice d'Aïda.
Felicia Sisco

Léa Moukanas, fondatrice d'Aïda.
Felicia Sisco
Rue du Paradis, dans le Xe arrondissement de Paris. Difficile de ne pas y voir un symbole. Ce mardi 16 juin, les portes de Maison A se sont ouvertes pour la première fois. Pour Léa Moukanas, fondatrice d’Aïda, l’émotion est à la hauteur du chemin parcouru. « Le rêve devient réalité », confie-t-elle. Car derrière ce lieu de près de 1 000 m² consacré à l’après-cancer des jeunes se cache une aventure commencée onze ans plus tôt.
Lorsque Léa Moukanas crée Aïda en 2015, son ambition est avant tout de rompre l’isolement des jeunes touchés par le cancer. Son idée : mobiliser d’autres jeunes pour accompagner ceux que la maladie éloigne brutalement de leur quotidien, de leurs études, de leurs amis et parfois de leurs projets. Au fil des années, l’association grandit. Elle intervient dans de nombreux hôpitaux, développe ses programmes et fédère plusieurs milliers de jeunes bénévoles.
Aujourd’hui, plus de 2 500 jeunes sont accompagnés chaque année par Aïda. Mais cette présence de terrain va aussi révéler une autre réalité. À force d’écouter les jeunes malades et leurs familles, Léa et les équipes de l’association constatent que les difficultés ne s’arrêtent pas à la fin des traitements. Pour beaucoup, une autre bataille commence alors : reprendre ses études, retrouver un emploi, reconstruire sa confiance, réapprendre à vivre avec les séquelles physiques ou psychologiques de la maladie. « À partir du moment où on considère qu’ils ont été soignés, on les laisse dans la nature ensuite », observe Léa Moukanas. C’est de ce constat qu’est née Maison A.
Pendant deux ans, les équipes d’Aïda imaginent un lieu capable de prolonger autrement l’accompagnement mené depuis plus d’une décennie. Un lieu situé hors de l’hôpital, où les jeunes pourraient trouver des réponses à des besoins souvent dispersés entre de multiples structures. « Cet enjeu doit être traité en dehors des murs de l’hôpital. On ne peut pas les faire revenir sur le lieu du crime », poursuit-elle.
Les premiers ateliers collectifs y seront proposés dès cet été avant la mise en place progressive des parcours individuels. Santé mentale, activité physique adaptée, accompagnement social, insertion professionnelle ou prévention : Maison A entend réunir sous un même toit ce qui manquait jusqu’ici à de nombreux jeunes. Pour autant, Léa Moukanas refuse de considérer cette ouverture comme un aboutissement.
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« Il va falloir redoubler d’efforts pour y arriver et tenir le cap. » À 26 ans, la jeune femme mesure le chemin parcouru. Ce qui la frappe le plus n’est pas tant l’ouverture du lieu que la capacité d’Aïda à avoir rassemblé autour d’un même projet des mondes qui se côtoient rarement. « Ce qui me surprend le plus, c’est qu’Aïda est capable de rassembler autant de personnes différentes autour de la table pour construire son projet », explique-t-elle. « Ce n’est pas rare chez nous que vous croisiez dans la même soirée des soignants qui ont passé la journée à l’hôpital, Adèle Exarchopoulos ou Benjamin Pavard, des jeunes venus des quatre coins de la France et le dirigeant d’une grande entreprise du CAC 40. » L’association regarde déjà plus loin. Son ambition est désormais de permettre à chaque jeune qui en a besoin d’accéder demain à une Maison A en France puis en Europe.
Au moment où ce premier lieu ouvre ses portes, Léa Moukanas pense au Liban où elle est née. « Le Liban m’a appris que quand un mur tombe, ce n’est jamais seulement de béton ou de pierre dont il est question. Ce sont des repères qui disparaissent et des lieux où l’on pouvait se sentir chez soi qui n’existent plus. » Peut-être est-ce aussi pour cela que l’ouverture de Maison A revêt pour elle une dimension particulière. « La Maison A, c’est aussi un rempart au monde qui va mal », conclut-elle.
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