L’activiste américaine Erin Brockovich, rendue célèbre par l’affaire de contamination de Hinkley et popularisée par le film de Steven Soderbergh avec Julia Roberts, lance un observatoire citoyen des centres de données pour documenter l’essor de ces infrastructures.
L’activiste américaine Erin Brockovich, devenue une figure mondiale de la lutte contre les pollutions industrielles après avoir contribué à révéler un scandale de contamination de l’eau à Hinkley (Californie), relance une nouvelle bataille — cette fois contre l’empreinte environnementale des centres de données.
Dans les années 1990, cette assistante juridique sans formation universitaire en droit s’était imposée au cœur d’un dossier explosif impliquant l’énergéticien Pacific Gas and Electric Company. L’affaire avait débouché sur une action de groupe et un accord amiable de 333 millions de dollars versés aux plaignants, consacrant l’un des cas les plus emblématiques du contentieux environnemental américain.
Son histoire avait ensuite été portée à l’écran par Steven Soderbergh dans le film Erin Brockovich (2000), avec Julia Roberts dans le rôle principal, qui lui vaudra un Oscar. Une médiatisation qui a transformé cette ancienne enquêtrice de terrain en symbole durable de la vigilance citoyenne face aux dérives industrielles.
L’infrastructure numérique, nouvel objet de mobilisation
Aujourd’hui âgée de 65 ans, Erin Brockovich déplace son champ d’action vers un autre sujet de tension croissante : les centres de données, ces bâtiments massifs qui hébergent serveurs, puces et capacités de calcul à distance, piliers invisibles du cloud et de l’économie numérique.
Déjà en forte expansion avec la généralisation d’internet et des services dématérialisés, ces infrastructures connaissent une accélération supplémentaire avec l’essor de l’intelligence artificielle (IA) générative, dont les besoins en puissance de calcul redessinent les équilibres énergétiques et industriels.
Newsletter
Tech & IA
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité tech.
Dans plusieurs villes et régions des États-Unis, collectivités locales et élus tentent désormais d’encadrer, limiter voire bloquer leur implantation. Les inquiétudes se multiplient : pression sur les réseaux électriques, recours aux énergies fossiles, consommation massive d’eau pour le refroidissement, nuisances sonores et production de déchets techniques. À cela s’ajoute une interrogation politique plus large : l’opportunité d’accélérer l’IA sans mesurer pleinement ses effets sur l’emploi et les territoires.
Une plateforme d’alerte et de cartographie citoyenne
C’est dans ce contexte qu’Erin Brockovich a lancé un nouvel outil numérique, brockovichdatacenter.com, présenté comme un observatoire citoyen des centres de données.
La plateforme propose une carte actualisée des sites existants, en projet ou en construction aux États-Unis. Elle agrège des signalements de particuliers, des articles de presse et des contributions ouvertes, avec l’ambition de rendre visibles des projets souvent fragmentés et difficiles à suivre à l’échelle locale.
Une carte collaborative, disponible sur le site Brockovichdatacenter.com, des sites et des projets de centres de données aux Etats-Unis. (Crédits : Brockovichdatacenter.com)
En l’état, quelques dizaines de sites y sont répertoriés, alors que plusieurs estimations évoquent plusieurs centaines de projets en développement sur le territoire américain. Le site intègre également des contenus sur des initiatives citoyennes visant à encadrer le développement de l’IA, dans une logique de mise en réseau des mobilisations locales.
La démarche ne se veut pas militante au sens strict. Elle ne revendique ni moratoire ni interdiction des centres de données, mais appelle à une régulation plus fine de leur développement. Sur son site, Erin Brockovich écrit : « Je vous observe, vous les collectivités qui se rassemblent et donnent de la voix »
La plateforme insiste surtout sur la nécessité de standards industriels plus exigeants, en particulier sur les plans énergétique et environnemental. Elle défend ainsi « le besoin de pratiques durables, sûres et efficaces pour les centres de données IA ».
Derrière cette initiative, c’est une mutation plus large qui se dessine : les infrastructures du numérique, longtemps perçues comme invisibles, deviennent des objets de contestation économique et politique à part entière.