Le géant IBM paie cash son retard dans la nouvelle bataille de l'IA

Le groupe table désormais sur des revenus de 17,2 milliards de dollars entre avril et juin, soit une progression limitée à 1% sur un an.
CP/JS - REUTERS - CHARLES PLATIAU

Le groupe table désormais sur des revenus de 17,2 milliards de dollars entre avril et juin, soit une progression limitée à 1% sur un an.
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IBM a subi une véritable sanction des marchés mardi. Le géant américain de l’informatique a vu son action plonger de plus de 25 % à Wall Street après avoir prévenu que ses résultats du deuxième trimestre seraient nettement inférieurs aux attentes, conséquence d’un basculement des dépenses des entreprises vers les infrastructures indispensables à l’intelligence artificielle. À la clôture de la Bourse de New York, le titre s’est effondré de 25,21 %, à 217,07 dollars, après un avertissement sur ses perspectives de chiffre d’affaires.
Le groupe table désormais sur des revenus de 17,2 milliards de dollars entre avril et juin, soit une progression limitée à 1 % sur un an. Un niveau très inférieur aux anticipations des analystes, qui misaient sur un chiffre proche de 18 milliards de dollars.
Le directeur général d’IBM, Arvind Krishna, a reconnu les erreurs du groupe. « Nous avons failli à notre tâche. Nous ne nous sommes pas adaptés et n’avons pas agi assez rapidement, et de nombreuses transactions importantes n’ont pas pu être conclues dans les délais prévus, ce qui explique en grande partie notre déficit », a-t-il déclaré dans un communiqué adressé aux investisseurs.
Le patron d’IBM décrit un changement brutal dans les priorités des entreprises. À l’approche de la fin du trimestre, de nombreux clients ont préféré consacrer leurs investissements à l’achat de serveurs, de capacités de stockage et de mémoire, des composants devenus stratégiques avec l’explosion de l’IA générative.
« Au cours des dernières semaines de juin, nous avons constaté que nos clients réorientaient leurs dépenses d’investissement trimestrielles vers l’achat de serveurs, de solutions de stockage et de mémoire afin de s’assurer de disposer des infrastructures dont l’offre est limitée, en prévision des hausses de prix attendues », a expliqué Arvind Krishna.
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IBM est relativement peu exposé à ce marché en forte croissance. Le groupe a donc pâti d’un désintérêt pour plusieurs de ses activités historiques, notamment les logiciels et les ordinateurs centraux (mainframes), utilisés par les grandes entreprises.
L’essor de l’intelligence artificielle ne constitue pas le seul facteur de ce ralentissement. IBM souligne également que les inquiétudes croissantes autour de la cybersécurité ont poussé les entreprises à réallouer une partie de leurs budgets.
Le déploiement du modèle d’IA Mythos, développé par Anthropic et capable d’identifier rapidement des failles logicielles, a accentué les craintes d’une multiplication des cyberattaques. Résultat, les entreprises ont renforcé leurs investissements dans la protection informatique au détriment d’autres projets technologiques.
Cette tendance a bénéficié aux spécialistes du secteur. À Wall Street, CrowdStrike a bondi de 12 %, tandis qu’Okta et Netskope ont gagné près de 11 %.
L’avertissement d’IBM illustre les profondes transformations provoquées par la course mondiale à l’IA. Les fabricants de mémoire profitent d’une demande exceptionnelle alimentée par la construction de centres de données, faisant grimper les prix et les bénéfices de groupes comme SK hynix ou Samsung Electronics. Aucune accalmie n’est attendue à court terme, les capacités de production restant limitées alors que la construction de nouvelles usines nécessite plusieurs années.
Les perspectives sont plus contrastées pour les autres segments du secteur. Selon les dernières estimations d’Intel, les revenus de son activité Infrastructures, qui comprend notamment les ordinateurs centraux, devraient reculer d’environ 7 %, tandis que les logiciels ne progresseraient que de 5 %, un rythme inférieur aux attentes du marché.
Les difficultés d’IBM ont enfin pesé sur l’ensemble du compartiment des logiciels à Wall Street. Plusieurs valeurs, dont Adobe et Intuit, ont terminé la séance en net repli, les investisseurs craignant que le recentrage des entreprises sur les infrastructures de l’IA ne pénalise durablement les éditeurs de logiciels.