Paramount Skydance surenchérit pour torpiller la fusion Netflix-Warner Bros Discovery
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Les studios Warner Bros. à Burbank, en Californie.
MB/ - REUTERS - Mike Blake
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Les studios Warner Bros. à Burbank, en Californie.
MB/ - REUTERS - Mike Blake
Trois jours seulement après l’annonce de l’accord de rachat partiel entre Netflix et Warner Bros. Discovery (WBD), le groupe de télévision et cinéma Paramount Skydance a présenté, lundi 8 décembre 2025, une contre-offre qui valorise l’ensemble de WBD à 108,4 milliards de dollars, une somme légèrement supérieure aux 103 milliards de dollars de l'offre de Netflix, (83 milliards de dollars hors dette). Le montant de l’opération Netflix valorisait l’entreprise acquise à 72 milliards de dollars hors dette, offrant 27,75 dollars par action aux actionnaires de WBD. Paramount Skydance grimpe à 30 dollars l'action, soit le prix souhaité initialement par les actionnaires de WBD. Ce différentiel souligne l’urgence pour Netflix de consolider sa position face à une concurrence qui utilise désormais des moyens financiers supérieurs pour court-circuiter sa stratégie.
L’enjeu de cette bataille ne se résume pas à un chèque plus conséquent ; il porte sur l’orientation stratégique future de WBD. L’accord de rachat conclu par Netflix ne portait que sur les actifs jugés essentiels à sa stratégie de streaming : le studio Warner Bros. et la plateforme HBO Max. Il s’agissait d’une acquisition ciblée visant à absorber la puissance de production et le catalogue d’une des principales maisons de contenus.
À l’inverse, l’offre de Paramount Skydance est une OPA hostile totale. Elle cherche à acquérir l’intégralité de Warner Bros Discovery, y compris son portefeuille de chaînes de télévision. Cette approche, qui intègre les actifs linéaires traditionnels, témoigne d’une volonté de contrôle total sur l’ensemble de la chaîne de valeur médiatique. Cette vision d’intégration est aux antipodes du démantèlement sélectif favorisé par Netflix. Paramount Skydance, qui avait déjà été devancé par Netflix lors du long processus d’enchères initial, reprend l’ascendant en jouant la carte de l’acquisition complète, un mouvement qui place Netflix dans une position délicate.
Avant même cette contre-offre, la tentative de Netflix de créer un « super-acteur » du streaming était déjà devenue une affaire politique au sommet de l’État, une affaire qui pèse lourdement sur la validité réglementaire de toute fusion.
Le dimanche 7 décembre 2025, le président américain Donald Trump a exposé ses réserves de manière catégorique. Lors d’une cérémonie publique à Washington, le chef de l’exécutif a exprimé de vifs doutes sur la légitimité concurrentielle de l’opération à 83 milliards de dollars. Trump a rappelé que Netflix détenait déjà « une très grosse part de marché » et a asséné : « Cela pourrait être un problème ». L’intervention est décisive : le président a promis qu’il serait « impliqué dans [la] décision » des régulateurs.
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Cette déclaration, faite par le président des États-Unis, place d’emblée la Federal Trade Commission (FTC), l’autorité de la concurrence, sous une pression politique maximale. L’issue de cette bataille antitrust est désormais hautement politique, redéfinissant l’équilibre mondial du secteur SVOD.
L’imbrication entre la politique et ce dossier économique majeur est flagrante. David Ellison, le patron de Paramount Skydance, est un proche du président Trump. L’offre à 108,4 milliards de dollars intervient donc dans un climat où les liens entre les acteurs industriels et l’exécutif sont scrutés.
Même Netflix a tenté de séduire Washington : le coprésident Ted Sarandos a été reçu à la Maison-Blanche, soulignant la dimension hautement stratégique et politique de l’opération pour le géant du streaming. Cependant, l’intervention publique de Trump a clairement ciblé la fusion Netflix-WBD, un signal que le régulateur ne peut ignorer.
L’inquiétude de l’exécutif américain se fonde sur les chiffres massifs qui définissent le nouvel ensemble. Si la fusion Netflix-WBD était validée, elle agrégerait le numéro 1 et le numéro 3 mondial de la Vidéo à la demande sur abonnement (SVOD).
Netflix est la première plateforme mondiale avec 301 millions d’abonnés. HBO Max est la troisième, forte de 125 millions d’abonnés. L’entité fusionnée cumulerait plus de 426 millions d’abonnés, dépassant le challenger direct, Disney+ et ses 128 millions d’abonnés, par une marge écrasante.
L’émergence de ce « super-acteur » soulève des risques concrets sur la concurrence et le marché.
Le scénario le plus redouté par les autorités est la fermeture de HBO Max et l’intégration de son contenu sur Netflix. Un tel monopole de fait permettrait d’augmenter drastiquement les prix de l’abonnement, réduisant significativement le choix des consommateurs.
Une autre stratégie de domination serait de maintenir les deux marques mais de créer une offre groupée à un tarif très agressif. Une telle initiative, adossée à une base de 426 millions d’abonnés, rendrait la concurrence quasiment impossible pour les rivaux moins bien dotés en capital et en contenus.
Au-delà des prix, la concentration des studios Warner Bros. et de la plateforme HBO Max offrirait un catalogue sans équivalent. Combiné à l’investissement annuel de Netflix de plus de 17 milliards de dollars dans ses contenus originaux, cette puissance financière pourrait inciter l’entité à moins investir dans de nouvelles productions, au détriment de la diversité créative. Pourtant, leur puissance créative combinée est déjà effective : aux derniers Emmy Awards, Netflix et HBO Max ont raflé 60 statuettes à eux deux.
L’acquisition des studios de cinéma Warner Bros. est le point de friction le plus sensible pour l’industrie traditionnelle, et un enjeu majeur pour l’arbitrage de la FTC sous pression présidentielle. Netflix est connu pour son hostilité au modèle de sortie en salles.
Le coprésident de Netflix, Ted Sarandos, a déjà exprimé son souhait de limiter les sorties de films en salles à une période de 10 jours, afin de les rendre éligibles aux Oscars. Cette posture a immédiatement alarmé le septième art, qui perçoit cette manœuvre comme une menace directe à son modèle économique historique.
L’opposition s’est structurée. Des réalisateurs de renom, à l’image de James Cameron, ont qualifié ce rachat de « catastrophe », allant jusqu’à alerter le Congrès sur le danger pour le cinéma si Netflix prend le contrôle de l’un de ses plus gros contributeurs historiques. La Director Guild of America (DGA), le syndicat des réalisateurs américains, plaide pour une « industrie compétitive et vibrante » garantissant la « liberté artistique et sécurité de l’emploi des cinéastes et de leurs équipes ».
Face à l’obstacle de la FTC, accentué par l’intervention présidentielle et désormais par la contre-offre de son concurrent, Netflix tente de minimiser son impact. La stratégie vise à détourner l’attention du seul marché de la SVOD pour s’ancrer dans le marché global de l’audiovisuel.
L’entreprise s’appuie sur la jauge mensuelle Nielsen d’octobre 2025. Ces données indiquent que, si le streaming représente 46 % du temps passé devant la télévision aux États-Unis, la part d’usage des acteurs est moins favorable à la thèse monopolistique. YouTube est le numéro 1 du streaming en usage avec 13 %. Netflix n’est que le numéro 2 avec 8 % de l’usage. HBO Max n’est que neuvième avec 1,5 % du temps passé.
Cette argumentation permet à Netflix de soutenir que la consolidation n’aurait qu’un impact marginal sur la concurrence globale du marché audiovisuel. Pour apaiser les craintes de Hollywood, l’entreprise a promis de maintenir les activités actuelles de Warner Bros., y compris les sorties en salles, et d’assurer que « les fenêtres évolueront pour être beaucoup plus ’consumer friendly’, afin de pouvoir atteindre le public là où il se trouve plus rapidement ». Une tentative de réassurance qui n’a fait qu’intensifier la méfiance des professionnels du cinéma.
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