À l’occasion du salon Computex à Taipei, Nvidia a dévoilé « RTX Spark », sa toute première gamme de processeurs pour ordinateurs de bureau et ordinateurs portables fonctionnant sous Windows. Derrière cette annonce technique se cache une offensive industrielle : la volonté de briser le vieux duopole d’Intel et d’AMD en déplaçant la puissance de calcul de l’intelligence artificielle directement sur nos postes de travail.« Microsoft et Nvidia vont réinventer le PC, ce sera le nouveau PC », a lancé avec assurance Jensen Huang, le patron de Nvidia, lors de sa conférence au Computex. Pour le dirigeant du groupe, la puce RTX Spark qu'il vient de présenter inaugure tout simplement « la première gamme de PC entièrement repensée et réinventée depuis quarante ans », une rupture majeure qu’il compare à la transformation du téléphone portable traditionnel en smartphone.
À partir de cet automne, cette puce d'un nouveau genre doit équiper les machines de grandes marques comme Dell et Lenovo, sous le système d'exploitation Windows. L'objectif affiché est de changer radicalement notre rapport à l'informatique : l’ordinateur ne sera plus un simple terminal d'affichage dépendant d'une connexion Internet et de serveurs à distance (le cloud), mais un nœud de calcul autonome, capable de faire fonctionner en local des grands modèles de langage et des assistants d'intelligence artificielle sophistiqués.
Une « superpuce » pour faire descendre l’IA des serveurs géants
Pour comprendre la prouesse, il faut regarder le fonctionnement interne d'un ordinateur. Techniquement, RTX Spark reprend l'architecture des mini-supercalculateurs professionnels de la marque. Elle combine trois éléments majeurs sur un seul et même bloc de silicium : un processeur central (CPU) de 20 cœurs pour les tâches courantes, un processeur graphique (GPU) de dernière génération doté de milliers de cœurs pour exécuter les calculs mathématiques lourds de l'IA, et surtout, un réservoir de mémoire unifiée allant jusqu’à 128 gigaoctets (Go).
C’est cette architecture de mémoire unifiée qui change la donne. Popularisée par Apple avec ses puces « M », elle permet au processeur central et au processeur graphique de piocher instantanément dans le même espace d'informations. Sur les ordinateurs traditionnels, la mémoire vive du système et la mémoire vidéo dédiée aux graphismes restent strictement séparées, ce qui crée des goulets d'étranglement et ralentit le traitement des données nécessaires aux intelligences artificielles.