Fin de Windows 10 : jusqu’à 400 millions d’ordinateurs exposés à un plus grand risque de cyberattaques

Le système d’exploitation de Microsoft Windows 10 est apparu en 2015.
RG/JK/ - REUTERS - Robert Galbraith

Le système d’exploitation de Microsoft Windows 10 est apparu en 2015.
RG/JK/ - REUTERS - Robert Galbraith
Avis à tous les internautes dont l’ordinateur fonctionne sous le système d’exploitation Windows 10. À partir du 14 octobre prochain, ces appareils ne recevront plus les mises à jour de la part du développeur, Microsoft. « Les mises à jour de fonctionnalités et les mises à jour de sécurité ne seront plus disponibles » ni même « l’assistance technique », détaille le géant américain dans une récente note en ligne, près de deux ans après avoir officialisé la nouvelle.
En pratique, les ordinateurs marcheront toujours. Mais « en ne recevant plus les mises à jour, vous n’êtes plus protégés contre les menaces cyber les plus récentes », avertit Martin Kraemer, spécialiste de la sensibilisation à la sécurité au sein de l’entreprise américaine KnowBe4, auprès de l’AFP. Ce qu’assume d’ailleurs pleinement Microsoft. « Sans mises à jour logicielles et de sécurité continues, votre PC sera plus exposé aux virus et aux logiciels malveillants », reconnaît l’entreprise.
Microsoft a refusé d’indiquer à l’AFP combien d’ordinateurs utilisent aujourd’hui Windows 10. Sur son site Internet, l’entreprise se targue que Windows est « le système d’exploitation le plus utilisé, équipant plus de 1,4 milliard d’appareils actifs ». Sur ce total, près de 45,6 % fonctionneraient sous Windows 10, d’après le chiffrage d’août 2025 du site Statcounter, ce qui représenterait 638,4 millions d’ordinateurs.
Parmi eux, « on estime qu’entre 200 millions et 400 millions » ne peuvent pas être mis à niveau vers Windows 11, indique l’association américaine de consommateurs Consumer Reports, dans une lettre ouverte adressée mi-septembre au directeur général de Microsoft, Satya Nadella. « Il s’agit d’un nombre incroyablement élevé de machines Windows 10 bloquées », déplore-t-elle.
Microsoft se veut rassurant. « Si vous possédez des appareils sous Windows 10, nous vous recommandons de les mettre à niveau vers Windows 11 » avec à la clé « une expérience informatique plus moderne, plus sécurisée et plus performante ».
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Voilà pour les éléments de langage. Car, dans les faits, tous les ordinateurs ne remplissent pas l’ensemble des conditions requises afin de pouvoir installer ce système d’exploitation et le faire fonctionner. Ainsi, « seuls les PC Windows 10 exécutant Windows 10 version 22H2 et répondant aux spécifications matérielles minimales pourront bénéficier de la mise à niveau », précise la firme américaine.
Pour les autres, il n’existe pas pléthore d’alternatives. Microsoft leur propose une formule de mises à jour étendues, au tarif de 30 dollars hors taxe (environ 26 euros) par appareil et… pour un an, ce qui revient finalement à seulement repousser l’échéance. Autre solution préconisée par l’entreprise : changer tout bonnement d’ordinateur.
Des experts du secteur avancent une autre piste : garder son appareil et y installer un autre système d’exploitation libre, comme celui de Linux par exemple. « Tant que vos applications supportent ce système d’exploitation et que vos outils de gestion et de sécurité le prennent en charge, c’est un bon choix », affirme à l’AFP Paddy Harrington, analyste au sein du cabinet américain Forrester. Il ne faut en tout cas pas compter uniquement sur son logiciel antivirus pour assurer ses arrières, selon cet expert. « Il y a une limite à la protection qu’ils peuvent offrir (…). C’est bien mieux que de ne rien faire, mais cela devrait être une solution temporaire, le temps de trouver une solution permanente ».
Plusieurs associations de consommateurs, outre Consumer Reports, ont récemment dénoncé ce qu’elles appellent un « passage en force » du géant américain. « Microsoft nous pousse à payer un abonnement pour garder l’usage de l’appareil en toute sécurité ou bien à racheter un ordinateur plus récent. Aucune de ces options n’est satisfaisante », fustige la coalition « Non à la Taxe Windows », composée d’associations, d’organisations et d’entreprises. À l’origine d’une pétition en ligne rassemblant à date plus de 37 000 signatures, le collectif réclame le « maintien des mises à jour non payantes et sans contrepartie de Windows 10 jusqu’en 2030 ».
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Si Microsoft maintient sa position, les conséquences économiques seraient élevées pour les internautes concernés. « Cela pourrait engendrer a minima 10 milliards d’euros de frais supplémentaires pour les utilisateur·ices (sic) », avance la coalition. Le coût serait aussi écologique. « Si les 400 millions d’ordinateurs concernés sont renouvelés, cela supposerait l’émission de plus de 70 millions de tonnes de gaz à effet de serre, et l’extraction de l’équivalent en poids de 32 000 tours Eiffel en matières premières », affirme-t-elle. Reste que le géant américain ne semble, pour l’heure, pas disposé à revoir sa copie.