13 avril 2026 - Tech for Future, remise de prix et tournage au Pathé Palace, à Paris, France. Photo par Jana Call me J/ABACA - 13 avril 2026 - Tech for Future - Jana Call me J - Abaca
PRIX TECH FOR FUTURE 2026. En cartographiant l’atmosphère pour mesurer et prédire en temps réel les turbulences et la couverture nuageuse, Miratlas sécurise et développe un nouveau type de communication par laser entre les satellites et la Terre. La start-up remporte le prix « Tech for Future 2026 » dans la catégorie Data&IA.
Si les États-Unis et la Chine dominent le spatial, la France a quelques atouts à jouer, et Miratlas fait partie de ceux-là. L’histoire de la start-up lauréate de Tech for Future 2026 commence il y a un peu moins de dix ans, en 2018, alors que Frédéric Jadet, spécialiste en télécommunications et astronomie, et Jean-Edouard Communal, physicien et expert en industrie de la photonique, voient émerger des demandes d’optiques adaptables pour l’observation d’étoiles qui, par définition, scintillent à contrario des planètes.
« Pour corriger ces turbulences, il faut mesurer la déformation du front d’onde, l’inverser et alors on retrouve quelque chose de net », explique Jean-Edouard Communal. Pendant qu’aux États-Unis, la société américaine Space X accélère sur la création de constellation de satellites par laser grâce à l’envoi de ses fusées Falcon 9, la deeptech Miratlas s’implante à Pertuis, dans le Vaucluse, pour s’ancrer sur ce segment de recherches innovant.
Car ses deux co-fondateurs ont percé à jour un vide dans le système. Les données, transmises par les satellites en orbite aux stations terrestres, sont conditionnées aux canaux de radiofréquences. Un système par radio « risqué en termes de débit, de confidentialité, et avec une capacité totale limitée », explique le docteur en physique et où toutes les données se trouvent coincées dans ce goulot d’étranglement, à revers de la demande croissante et vive de données aujourd’hui. « L’infrastructure des télécommunications était bloquée par une technologie de radio », résume-t-il. Et Miratlas d’ouvrir la voie à une alternative par la lumière dans le vide et l’atmosphère : la communication optique.
Mais si cette dernière permet de multiplier par 100 à 1000 le volume de données transmis par rapport aux ondes radio, elle est cependant soumise à des phénomènes atmosphériques qui rendent imprévisible la lumière et qui perturbent les liaisons : la couverture nuageuse et les turbulences.
Et c’est bien là que se place Miratlas. Alors que les astronomes n’observent les phénomènes que de nuit et le secteur photovoltaïque que de jour, Miratlas a développé Sky Monitor, un instrument de mesure couplé à des algorithmes d’intelligence artificielle pour cartographier la turbulence et la couverture nuageuse à l’échelle mondiale, de jour comme de nuit.
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Les données, « cohérentes, car du domaine de la physique », permettent à l’IA de s’entraîner et produire des données prévisionnelles basées sur la science. Une sorte de « super météo », donc, permettant de choisir le meilleur chemin pour chaque communication optique, quitte à les dévier vers d’autres data centers pour éviter ces phénomènes atmosphériques.
Déployés sur plus de 60 sites dans vingt pays du monde entier, les systèmes ont permis la création d’un véritable écosystème, dont les données sont gérées directement par Miratlas, stockées dans un cloud français, et accessibles via la plateforme Lamarck.
Ainsi, en échange des droits commerciaux, les clients ont accès aux datas des autres systèmes ce qui en fait un outil précieux tant pour sa qualité que sa quantité. Les clients, qui peuvent aussi bien être des agences spatiales que des équipementiers de stations au sol comme Airbus ou Safran, ou encore des opérateurs, des astronomes, des acteurs de l’énergie, des scientifiques et des chercheurs.
Miratlas déploie donc un « routage dynamique du réseau », résume Jean-Edouard Communal. Une nécessité au vu du réchauffement climatique qui impose des ajustements constants. « Plus l’air se réchauffe, plus il est humide, absorbe et plus les nuages se créent : ça turbule, et ça devient instable. Et ce phénomène affecte la propagation de la lumière », décrypte-t-il.
Chine & États-Unis: la concurrence… stratosphérique
Mais l’autre enjeu pour Miratlas est de s’imposer dans la cour des grands, face aux mastodontes américains et chinois qui dominent le marché des télécommunications. « Pour faire une constellation de télécommunications, il y a besoins de trois éléments », décrit le co-fondateur de la deeptech. D’abord, des milliers de satellites pour pouvoir atteindre le stade de constellation, ce qui nécessite un outil industriel capable de produire un tel volume. Si ce n’est pas le cas de la France, c’est en revanche celui de la Chine qui s’affranchit des problèmes de coûts de production.
Puis, il faut un lanceur lourd et réutilisable afin de diminuer les coûts des satellites en orbite. Alors que les Etats-Unis ont développé deux lanceurs possédant ces doubles caractéristiques (New Glenn et Falcon 9), la France possède un lanceur lourd (Ariane 6) et déploie actuellement un lanceur réutilisable (Maia). Jamais les deux, donc. « Nous ne pouvons pas concurrencer les Etats-Unis qui ont dix ans d’avance », regrette Jean-Edouard Communal.
« C’est la dernière carte à jouer pour la France »
En revanche, c’est bien sur le troisième élément que la France a une carte à jouer : celui du segment sol. Le satellite communique avec le sol au moyen de lasers vers des installations qui y sont implantées, tels que les datacenters. Bien que cher, peu regardé et soumis à une problématique d’acceptabilité, ce segment est peut-être bien, pourtant, l’atout de la France qui peut compter sur l’opérateur de télécommunications mondial Orange, sur son implantation mondiale grâce aux territoires des DOM-TOM, sur un tissu industriel qui pourrait s’orienter dans ce sens.
« La France pourrait se positionner sur ce chemin critique et s’y imposer. C’est la dernière carte qu’il nous reste à jouer », préconise celui qui alterne entre sa casquette de physicien et celle d’entrepreneur soutenant la souveraineté française et européenne.
Après des partenariats majeurs avec l’ESA, le CNES ou encore Honeywell et la participation à des projets européens tels CoOp, TeQuants ou CASAS, Miratlas n’est plus le petit poucet de ses débuts. La startup au 1,6 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2025 (avec 60% de croissance par rapport à 2024) a lancé, en 2025, sa filiale américaine Miratlas Inc. et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. En plus de densifier toujours davantage son réseau, le décrypteur de l’espace souhaite développer ses ventes de données « en tant que service », décorrélées de l’achat d’un instrument. Alors qu’elle a franchi avec succès son break-even point en septembre dernier, Miratlas ambitionne ses premiers bénéfices en 2026.