Chez Econocom Factory, dans l'Hérault, des lignes de reconditionnement de téléphones (photo) ou d'ordinateurs permettent de donner une seconde vie aux équipements numériques.
Econocom Factory qui rachète Back IT, Olinn IT qui s'apprête à s'agrandir, Cykero qui arrive aux portes de Montpellier. Les acteurs du reconditionnement d’équipements numériques poursuivent leurs investissements dans l’Hérault et contribuent à faire du département un territoire de référence de l'économie circulaire sur le segment du numérique.
Le département de l’Hérault se façonne peu à peu une identité dans le reconditionnement de matériels IT (smartphones, ordinateurs, tablettes, écrans, etc.) grâce à l’implantation de plusieurs entreprises. Le secteur s’y consolide, avec le rachat récent de Back IT par Econocom Factory.
Anciennement SOFI Group, installée à Saint-Mathieu-de-Tréviers, au pied du Pic Saint-Loup, cette unité de 3 200 m2, créée en 2011, reconditionne des téléphones et des ordinateurs revendus principalement à des particuliers sous sa marque SMAAART. Elle est passée en 2022 dans le giron d’Econocom, entreprise francilienne de services numériques (ESN, implantée dans seize pays d’Europe et Amérique du Nord, plus de 8 000 salariés), manière pour celle-ci, qui finance des assets digitaux et distribue des équipements informatiques, d’internaliser le processus reconditionnement d’équipements IT.
SOFI Group, devenue Econocom Factory, est aujourd’hui dirigée par Stanislas Husson, ses cinq cofondateurs étant sortis du jeu. Sa stratégie a évolué vers le BtoB, qui représente désormais 70 % de son chiffre d’affaires (professionnels utilisateurs ou revendeurs) contre 30 % pour les particuliers. Stanislas Husson observe que les pays latins comme la France, l’Espagne ou l’Italie ont rattrapé les marchés anglo-saxons, notamment grâce aux politiques publiques favorisant l’économie circulaire.
Econocom Factory, qui emploie 110 salariés et a reconditionné 150 000 produits en 2025 (60 % de smartphones, 40 % d’équipements IT), a réalisé un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros l’an dernier, avec un résultat brut d'exploitation « positif de plus de 10 % », annonce le dirigeant. Qui vise les 200 000 matériels reconditionnés et les 23 millions d’euros en 2026.
Fin février, Econocom Factory a annoncé l’acquisition de Back IT, petite structure basée à Béziers, également positionnée sur le reconditionnement d’équipements IT (environ 20 000 en 2025). Au-delà de l’augmentation des volumes reconditionnés, l’intérêt est ailleurs. Son principal atout dans la stratégie d’Econocom : être une entreprise adaptée, avec une quinzaine de salariés dont douze en situation de handicap.
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« Ce rachat répond à l’engagement RSE d’Econocom, mais aussi à la demande de nos clients sur le recours à une entreprise inclusive afin de répondre à leurs obligations en matière d’emploi de personnes handicapées », explique Stanislas Husson.
Avec un surplus d’activité en vue, les effectifs de Back IT pourraient atteindre une trentaine de personnes en 2027. Une activité qui pourrait aussi alimenter les besoins des administrations, encouragées par la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec), imposant qu’au moins 20 % de leurs achats proviennent de la filière du réemploi ou du reconditionnement.
« Le marché public commence à acquérir cette maturité, et certaines administrations dépassent déjà le minimum imposé en achetant 50 %, voire 100 %, de matériels IT reconditionnés », confirme Stanislas Husson.
Selon le baromètre annuel du marché du mobile d'occasion dans treize pays européens, publié fin février par Recommerce et Kantar, « le marché du reconditionné continue de s'imposer comme une alternative durable et économique » : en France, 22 % des utilisateurs possèdent désormais un smartphone d’occasion, soit plus d’un Français sur cinq, un chiffre qui a triplé en sept ans. Le prix reste le principal levier d'achat (72 %), devant les motivations environnementales (36 %), même si des freins subsistent, notamment sur les garanties (28 %) ou la durée de vie des produits (39 %). Une analyse de Mordor Intelligence estimait quant à elle le marché mondial des téléphones d'occasion et reconditionnés à 59,38 milliards de dollars en 2024, avec une projection à 75,43 milliards d’ici 2029.
Stanislas Husson estime toutefois que certains freins subsistent encore dans les entreprises, entre attentes d’équipements neufs et idées reçues sur le reconditionné : « Il reste beaucoup d’éducation à faire sur le cycle de vie optimal des équipements numériques, mais en général, si on rassemble un DSI (directeur des services d’information, NDLR), un directeur financier et un directeur RSE, on met tout le monde d’accord sur le reconditionné ».
Sur ce marché, où la concurrence française s'appelle ATF Gaïa ou Recyclea, le dirigeant dit se réjouir de la dynamique de l’écosystème héraultais, dopé par la présence d’autres acteurs du reconditionnement. A Lunel, le groupe Crédit Agricole a racheté fin 2021 l’entreprise Olinn IT, créée en 2003 sous le nom de Destock PC, et devenue sa filiale reconditionnement de produits numériques.
Elle aussi est une « entreprise adaptée », avec 63 % de ses 108 collaborateurs qui sont en situation de handicap. Et elle aussi est positionnée sur le segment du BtoB, qui pèse 90 % de son activité et pour lequel elle vient d’investir dans une nouvelle plateforme numérique, opérationnelle depuis la mi-février. L’entreprise s’approvisionne auprès de l’autre filiale du groupe, Olinn Finance (qui propose du leasing de matériels neufs à des entreprises, récupérés en fin de contrat), et dans les parcs d’équipements dormants de grandes entreprises. En 2025, Xavier Berthod-Bono, sonchargé de marketing et communication, revendique « plus de 500 000 produits reconditionnés ou recyclés, 85 % de matériels informatiques, le reste en téléphonie », et confirme l’ambition de monter à un million par an d’ici à 2028.
« En octobre prochain, démarreront les travaux d’une nouvelle usine à Aigues-Vives dans le Gard, qui devrait être livrée à l'été 2028 », ajoute-t-il.
Enfin, l’écosystème héraultais va s’enrichir d’un troisième gros acteur : l’allemand Cykero, créé en 2020 par Bichoi Metias et spécialisé dans le reconditionnement des appareils électroniques haut de gamme des marques Apple et Samsung. L’entreprise va installer ce qu’elle appelle un technocentre 5.0 aux portes de Montpellier. Bichoi Metias déclarait, fin 2024, que « Montpellier est un emplacement stratégique pour adresser le marché européen qui représente 17 milliards d'euros ».
Cykero investit environ 20 millions d'euros dans ce futur centre de 3 800 m2, dont la première pierre a été posée en novembre dernier et qui devrait être livré en partie fin 2026, en totalité en mars 2027. L’unité industrielle devrait générer la création de 160 postes, dont 30 recrutements dès 2026. Dédié au reconditionnement automatisé et robotisé d'appareils électroniques, le futur centre ambitionne de reconditionner 40 000 produits (smartphones, laptops, tablettes) par mois, pour atteindre les 100 millions d'euros de chiffre d’affaires d’ici 2030. La marque vise une double clientèle BtoB et BtoC, et pour cette dernière, elle a lancé son propre site e-commerce CYKERO.com.