Le modèle des aéroports régionaux européens menacé par la flambée des coûts
latribune.fr
Les conséquences du choc pétrolier pourraient être particulièrement sévères pour les aéroports européens de taille intermédiaire ou petite.
NurPhoto via AFP - Michael Nguyen/NurPhoto - MICHAEL NGUYEN
Les aéroports régionaux européens alertent sur une menace existentielle, pris en étau entre la hausse des coûts du carburant et des compagnies aériennes qui privilégient les grandes plateformes.
Les petits aéroports européens tirent la sonnette d’alarme. Le Conseil international des aéroports (ACI) Europe a exprimé mardi ses inquiétudes à l’occasion de sa conférence annuelle à Turin (Italie). L’organisation prévient que la combinaison de coûts élevés du pétrole et d’une demande aérienne plus fragile pourrait fragiliser durablement le tissu aéroportuaire régional du continent.
« Les prix actuels des carburants d’aviation et la perspective d’une nouvelle crise du pouvoir d’achat signifient que beaucoup d’aéroports régionaux de notre continent risquent d’affronter un choc à la fois de demande et d’offre », a expliqué le directeur général, Olivier Jankovec. Selon lui, les conséquences pourraient être particulièrement sévères pour les infrastructures de taille intermédiaire ou petite. « Pour eux, ce n’est rien de moins qu’une menace existentielle », a-t-il affirmé.
Des lignes régionales en première ligne
Au cœur des inquiétudes de l’ACI Europe : les arbitrages des compagnies aériennes. Dans un environnement de coûts élevés, les transporteurs privilégient les lignes les plus rentables, au détriment des dessertes régionales.
D’après l’organisation, « au moment d’examiner où supprimer des capacités, les compagnies aériennes ont plus de chances de le faire sur des lignes desservant des aéroports régionaux, comme l’a démontré la récente décision de Lufthansa de cesser l’activité de sa filiale régionale, CityLine ».
Le groupe allemand, premier transporteur européen, a annoncé le 16 avril la fermeture de cette filiale qui reliait notamment Munich et Francfort à des villes comme Bordeaux, Naples ou Birmingham, illustrant la fragilité de certaines liaisons secondaires.
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Un fossé grandissant
Au-delà des décisions ponctuelles, l’ACI Europe met en évidence une dynamique structurelle de divergence entre grands hubs et plateformes régionales. « Les aéroports régionaux sont les plus exposés aux répercussions de ces ajustements, puisque la demande sur les liaisons qu’ils proposent est généralement plus sensible aux prix et plus variable », souligne l’organisation, ajoutant qu’ils sont « donc moins rentables pour les compagnies aériennes ».
Le contraste est déjà visible dans les chiffres de trafic. Le directeur général de l’ACI Europe évoque « un fossé clair entre les petits aéroports régionaux, dont le trafic passagers reste 30 % inférieur aux niveaux de 2019 (avant la pandémie de Covid, NDLR), et les plus grands, qui ont vu leur trafic augmenter de plus de 16 % ».
Face à ce déséquilibre, l’organisation plaide pour des mesures de soutien ciblées afin d’éviter une fragilisation durable de la connectivité régionale en Europe. Elle appelle notamment à « abolir les taxes nationales sur les billets d’avion » ou à « sauver les aides opérationnelles accordées aux aéroports nationaux avec moins d’un million de passagers par an ».