Marché auto français : malgré le recul des ventes, les électriques sauvent la mise
latribune.fr
Malgré le repli global, les véhicules 100 % électriques atteignent un niveau inédit de 26 % du marché mensuel, dopés par le "leasing social" et les obligations pour les flottes d'entreprises. Les constructeurs affichent des fortunes diverses :...
Martrou T/Andia.fr
Le marché français des voitures particulières neuves a enregistré une légère contraction de 0,3 % en novembre, prolongeant une année 2025 maussade et restant 23 % sous le niveau de 2019. La Plateforme automobile (PFA) attribue cette prudence à l'attentisme des consommateurs face aux incertitudes politiques et fiscales, notamment autour du projet de loi de finances 2026.
Le marché automobile français traverse une zone de fortes turbulences. Les chiffres livrés par la Plateforme automobile (PFA) confirment une tendance lourde et pessimiste, caractérisée par une contraction des immatriculations. En novembre, le recul est de 0,3 % sur un an, un signal qui prolonge une année 2025 maussade. Le malaise est d’autant plus préoccupant que ce niveau de mises en circulation, soit 132 927 voitures particulières neuves le mois dernier, stagne à l’équivalent de novembre 2022.
Surtout, la PFA souligne que le marché évolue toujours 23 % sous son niveau de novembre 2019, marquant l’incapacité du secteur à se remettre véritablement de la crise sanitaire. Sur les onze premiers mois de l’année, la contraction atteint 4,9 % par rapport à la même période de 2024.
L’électrique s’impose, dopé par le « leasing social »
L’analyse de la PFA met en lumière les facteurs qui exacerbent la déprime du marché. La cause principale réside dans un attentisme marqué des consommateurs et des entreprises. Cet immobilisme est directement attribué aux « incertitudes politiques et économiques ». Le flou qui entoure l’avenir du projet de loi de finances 2026 au Parlement est notamment cité comme un facteur majeur contribuant à cette prudence. L’absence de visibilité claire sur l’environnement réglementaire et fiscal décourage l’acte d’achat, notamment pour les flottes d’entreprises et les renouvellements de parc, dans un contexte économique global déjà tendu.
Si le marché global est en recul, une dynamique spectaculaire se joue en arrière-plan : la montée en puissance des voitures 100 % électriques. En novembre, ces véhicules ont conquis 26 % du marché, un niveau mensuel inédit pour la France. Ce succès fulgurant est attribué par la PFA à la relance du « leasing social » en octobre. Ce dispositif de location avec option d’achat, destiné aux ménages modestes avec une aide de l’État, s’est révélé « assez porteur sur les ventes de véhicules » zéro émission. En outre, le cadre réglementaire français obligeant les entreprises à intégrer au moins 20 % de véhicules électriques dans leurs flottes vient amplifier cette tendance de fond.
Ce dynamisme a permis aux véhicules électriques de s’assurer une immatriculation française sur cinq depuis le début de l’année 2025, établissant un nouveau record après les 17 % observés sur l’ensemble des années 2023 et 2024. Néanmoins, ce sont les voitures hybrides (incluant les rechargeables) qui dominent toujours le marché, représentant 50,4 % des immatriculations depuis janvier, soit une progression de 8,6 points sur un an. Les motorisations historiques suivent une trajectoire inverse : l’essence chute à 21,6 % (contre 30,2 % un an plus tôt), tandis que le diesel ne représente plus qu’une immatriculation sur 20 depuis le début de 2025, dix ans après le « dieselgate ».
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Les stratégies des groupes face à la crise
L’environnement de marché actuel expose des fortunes diverses chez les constructeurs majeurs en France.
Le groupe Stellantis (Fiat, Peugeot, Citroën, Opel, Jeep...) a vu ses immatriculations reculer de 5,5 % sur un an en novembre. Bien qu’il conserve une part de marché de 23 %, le groupe est devancé par son rival Renault (incluant Dacia), qui règne sur 26,6 % du marché grâce à une progression de 4 %. Cette avance de Renault est notamment portée par le développement de sa gamme électrique, avec la R5 citée en exemple.
Sur les onze premiers mois de l’année, les deux géants sont au coude-à-coude : Renault devance Stellantis de seulement 0,2 point, à 26,7 % de part de marché. Cependant, la dynamique de fond est plus favorable au groupe au losange, dont les immatriculations ont augmenté de 2,6 % depuis le début de l’année, contrastant fortement avec le recul de 8 % pour Stellantis sur la même période. La R5 est d’ailleurs la voiture électrique la plus vendue en France depuis le début de l’année, se positionnant même à la neuvième place du classement général, derrière les inébranlables Renault Clio, Peugeot 208 et Dacia Sandero.
Des risques liés à l’horizon 2035
La pénétration croissante de l’électrique en France se déroule dans un contexte de vifs débats européens. L’interdiction de la vente de voitures thermiques à l’horizon 2035 est remise en question. Le chancelier allemand Friedrich Merz a récemment annoncé son intention de demander à la Commission européenne de revoir cette réglementation. Cette position est directement liée au retard de l’industrie automobile allemande dans la technologie électrique face à la « Chine conquérante ».
Cette demande trouve un écho chez Stellantis. Le PDG du groupe, Antonio Filosa, a salué « le soutien apporté par le gouvernement allemand à la révision des réglementations européennes ». Selon lui, il s’agit d’une « excellente occasion de repenser les règles et de concilier les trois objectifs clés de l’Europe : la décarbonation, la résilience industrielle qui protège les emplois et l’autonomie stratégique, et l’accessibilité financière ». Cette situation introduit un risque réglementaire pour le secteur : une potentielle révision des objectifs de décarbonation pourrait impacter les stratégies d’investissement massives déjà engagées par les constructeurs pour l’électrification de leurs gammes.
Face à ce climat, l’attente est désormais tournée vers le 10 décembre, date à laquelle la Commission européenne est prévue pour annoncer des mesures visant à soulager le secteur automobile et à l’accompagner dans sa transition vers la décarbonation. Les décisions prises à Bruxelles seront cruciales pour définir l’environnement opérationnel et concurrentiel des prochaines années.