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Créer des emplois d'avenir en Antarctique, c'est possible !

Mika Mered*

Publié le 18 juin 2013 à 07:30

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Pour notre contributeur Mika Mered, la France doit élargir son champ de vision temporel et géographique pour espérer sortir de la crise. Et pour lui, il reste à l'Hexagone une carte maîtresse à jouer: le développement des iles subantarctiques françaises, qui pourrait générer des emplois, augmenter ses ressources, et asseoir sa puissance diplomatique.

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Arraché par le tandem Hawke-Rocard en 1991, le Protocole de Madrid protège en théorie l'Antarctique des velléités d'exploitation commerciale jusqu'en 2048. Cependant, toutes les grandes puissances prennent actuellement les devants en développant des plans antarctiques pluri-décennaux aux ambitions d'exploitation commerciale.
Avec la Russie et la Chine, fossoyeurs du Protocole de Madrid, l'exploitation sera une réalité bien avant 2048 comme le démontre notamment Anne-Marie Brady, professeur à l'Université de Canterbury (Nouvelle-Zélande), depuis plusieurs années. Dès lors, devant ce scénario se pose une question légitime : pourquoi la France devrait-elle une nouvelle fois être spectatrice de son futur ?

KERGUELEN, L'ATOUT-MAÎTRE

La France a une carte maîtresse à jouer dans la course à l'Antarctique avec ressources, croissance, et puissance diplomatique accrue à la clé : le développement de Port-aux-Français aux Îles Kerguelen. Abritée et viable toute l'année, peuplée d'une centaine d'âmes passionnées, Port-aux-Français est aujourd'hui la plus grande base polaire française (9.000m2). Elle fut dans les années 50 l'objet d'une étude visionnaire pour l'implantation d'un terrain d'aviation qui, malgré sa faisabilité alors prouvée, n'a jamais été réalisé.

Aujourd'hui, faire de Port-aux-Français le premier hub polaire à l'horizon 2050 est plus qu'un objectif réalisable, c'est un projet de développement prometteur à bien des égards.
Située à quasi équidistance entre Afrique et Australie, à la limite des océans Indien et Austral, Port-aux-Français jouit de la proximité du continent Antarctique sans en partager la rigueur du climat. Ile volcanique subpolaire, asismique, aux températures rarement négatives, grande comme six fois la Martinique, Grande-Terre est l'Islande du grand sud : isolée, lunaire, mais aisément colonisable, elle est la porte d'entrée du cercle polaire Antarctique et l'avenir de la mission polaire française.

Projet d'envergure historique, ce hub polaire serait une vitrine du génie français du XXIè siècle au même titre que le Concorde, Kourou, ou encore la filière nucléaire au siècle précédent. Port-aux-Français pour faire rêver la planète et prouver aux puissants que le Made in France est le plus beau joyau de notre couronne républicaine. Attractive de par sa plateforme multimodale révolutionnaire, Port-aux-Français serait, comme l'Islande, exclusivement alimentée par des sources d'énergie renouvelable, permettant ainsi enfin l'éclosion d'une filière cleantechs d'envergure mondiale en métropole mais surtout à La Réunion. L'administration des Terres Australes et Antarctiques Françaises étant implantée à Saint-Denis, voilà de nouvelles perspectives concrètes de développement industriel et universitaire durables pour l'île ?perspectives dont sa voisine Mayotte profiterait également à terme.

UN PONT ENTRE NATIONS ENGAGEES
De plus, en amont d'un tel outil, ne pourrait-on pas rêver d'une Agence Antarctique Européenne sur le modèle de l'Agence Spatiale Européenne ? La France doit être capable de développer le même type d'alliance vertueuse avec ses voisins européens, Norvège, Italie et Belgique en tête. Dans la course polaire, Japon, Corée du Sud, Inde, Chine et Russie dépendent d'Etats riverains de l'Antarctique alliés dans certains cas, mais ayant tous des intérêts directs divergents à long terme. Face à cette limite technique à leurs aspirations, ces acteurs majeurs sont demandeurs d'une nouvelle offre de sécurité politique dans leur logistique polaire pour assurer leurs futures stratégies d'exploitation.

Or, grâce à la centralité de Port-aux-Français pour les clientèles européennes et asiatiques, moteurs premiers du futur marché Antarctique, la facilité de liaison avec Dubaï, futur numéro un mondial de la logistique, et des infrastructures multimodales révolutionnaires ils pourraient trouver en la France un partenaire polaire idéal. De surcroît, ils pourrait être assurés d'une convergence des intérêts stratégiques car la France pourrait profiter d'assumer le leadership logistique des BRIC, pour durablement se poser comme l'intermédiaire privilégié du dialogue Nord-Sud, renforçant ainsi sa place sur la scène mondiale et son attractivité politico-économique chez les émergents. A ces titres, Port-aux-Français jouirait à long terme d'une attractivité supérieure à ses concurrents directs, Port Stanley (Malouines, R-U) et Hobart (Tasmanie, Australie), desquels les émergents cherchent à se passer. En somme, les externalités positives d'un tel projet sont potentiellement innombrables sur le papier.

La crise est une chance!

Après avoir raté le train de 2000-2020, la relance de notre modèle social et économique passe aujourd'hui par la préparation des enjeux de milieu de siècle. Au-lieu de chercher à s'adapter au présent avec des contrats de génération sans lendemain, et un endettement sans retours sur investissement, accordons-nous le temps de retrouver une envie d'avenir, un projet national.

La crise nous impose de jouer aux Jules Verne et imaginer l'avenir. A cet égard, Port-aux-Français offre à la France bien plus que la possibilité déjà enviable de rebattre les cartes du jeu Antarctique. Dès lors, en faire une vitrine logistique d'envergure mondiale, voilà un des enjeux premiers de la politique polaire française de ce siècle !

Mika Mered*

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