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La revanche des RH

Sophie Péters

Publié le 02 juillet 2013 à 08:46

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Après des années de glorification des fonctions communication et marketing, c'est au tour des RH d'occuper le devant de la scène pour témoigner qu'il n'est dans les entreprises de richesse que d'hommes et de femmes.

Le capital humain est décidément une valeur en hausse. La crise a ses bons côtés, elle fait (re)découvrir aux économistes et financiers de tous bords mais aussi aux patrons que, décidément, "il n'y a de richesse que d'hommes". En témoigne le 19 juin dernier la cérémonie de remise des trophées des DRH Entrepreneurs, une manifestation organisée au Medef par le groupe RH&M.

La "beauté" du métier

Plus d'une centaine de personnes étaient présentes en plein après-midi, pour la plupart des DRH de grands groupes venus écouter un débat "Stratégie RH et compétitivité" et assister à la remise des prix. Cérémonie presque émouvante qui tranchait avec l'habituelle succession des trophées en tous genres. Les DRH primés venant tous livrer devant cette salle comble la "beauté" de leur métier; de Robin Sappe, DRH du groupe SOS, défendant "l'amitié entre les hommes et les femmes de l'entreprise et la valeur "plaisir" de travailler ensemble", à Marc-Henri Bernard, DRH Groupe de Christofle, ancien joueur de l'équipe de France de Hand Ball passé chez Essilor et Stanford, et faisant acte de foi de l'importance de la diversité dans l'entreprise.

Tous ont défendu avec conviction la conjugaison du bien-être au travail avec la performance de l'entreprise. Message qui tient à coeur de celui qui pilote depuis 30 ans les réseaux de la fonction RH, Edgard Added, où il cherche à la faire sortir de l'ombre des autres fonctions de l'entreprise derrière lesquelles elle se dissimule parfois. D'où son idée de prix de "DRH Entrepreneur" versus des DRH "entreprenants". Des hommes et des femmes qui n'ont pas froid aux yeux et défendent une certaine idée plus humaine voire humaniste de l'entreprise.

"On est nombreux à chercher la vérité"

"Le parcours a peu d'importance. Ce qui fait la force d'un DRH ce sont ses valeurs et ses convictions", a exprimé un autre lauréat, Christian Mettot, DGA de Radio France, prêt à s'appliquer les principes que l'on demande aux salariés, à commencer par l'adaptabilité. Il a avoué : "Même si sur l'aspect entrepreneur, j'étais perplexe, je constate qu'on est nombreux à chercher la vérité. Un DRH c'est quoi ? C'est qui ? ". Et d'y répondre dans la foulée : "C'est un manager qui doit avoir un devoir d'influence et une capacité de décider. Et ne pas hésiter dès lors d'être le poil à gratter du comité de direction. Donc, faire preuve de courage y compris envers son président et d'assumer au besoin que cela puisse aller jusqu'à la rupture".

Attaché au fait de pouvoir peser sur les évènements de l'entreprise, Christian Mettot, plaide pour un poste dans la durée et une bonne dose de fidélité. Façon de dire qu'il ne s'agit pas de décider des stratégies sans être en mesure d'assumer leur mise en oeuvre. "Faute sinon de ne pas pouvoir mesurer le degré de conviction qu'on y met".

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Pas facile d'être un DRH libéré

Mais pas facile d'être un DRH libéré. "L'image qui me vient est celle d'un funambule, c'est à dire de concilier l'inconciliable", avoue Caroline Jessen, HR Leader France de Cisco Systems. Prix coup de coeur de la salle, cette jeune femme a résumé en quelques mots les difficultés auxquelles sont confrontées la fonction RH. Celle de devoir comprendre les enjeux du business sans jamais trahir ses convictions humaines. Autrement dit, un art abouti du compromis visant à ne léser aucun acteur.

Celle aussi de donner une vision et de rester stable dans sa mission tout en étant un agent du changement. Enfin, celle de concilier exigence et plaisir de travailler. "Je pense aux partenaires sociaux que je pousse à comprendre et à s'intéresser à l'activité de l'entreprise et son environnement pour créer un véritable partenariat social. Car au final notre enjeu est le même : le bien être des salariés".

Peu d'exposition des DRH à la scène médiatique

Alors le DRH la voix du patron ? A les écouter s'exprimer sur leur métier, c'est loin d'être un souhait. C'est peut-être d'ailleurs une des raisons qui expliquerait le peu d'exposition des DRH à la scène médiatique. Dès lors, Edgard Added, qui se dit "militant des RH", n'a de cesse de vouloir les mettre en lumière. "Les DRH ont cette particularité qu'ils ne veulent pas s'exposer. Or plus ils auront d'aura, plus ils auront l'oreille de leur président", estime-t-il.

Fort de 1.200 adhérents, ses 7 réseaux (dont l'Institut du Mieux Vivre en Entreprise et le Cercle de la prospective RH) ne cessent de croître au gré de ses nouvelles idées. Dernière en date : le club Excellence RH, présidé par Stéphane Roussel, président SFR et ex-DRH Vivendi Groupe qui remettra le 3 juillet au soir le prix du "DRH d'Influence". Edgard Added a décidé d'y réunir exclusivement des DRH membres du comité exécutif pour mieux faire rayonner la fonction et sensibiliser parlementaires, PDG mais aussi les étudiants des grandes écoles autour de ces problématiques.

"Sortir la fonction de l'image de fossoyeur"

Bref, "sortir la fonction de l'image de fossoyeur", précise-t-il, déplorant que la France cantonne ces questions à l'univers du social. "Si un DRH n'est pas capable d'expliquer aux salariés de son entreprise qu'ils contribuent aux résultats, c'est qu'il ne sert à rien. C'est à lui d'expliquer les tenants et les aboutissants de la compétitivité et non à son patron". D'où cette notion très nouvelle pour les RH de "DRH d'influence".

Avec son franc parler, l'auteur du "DRH du 3ème millénaire" défend un profil "d'animateur de la stratégie créative de l'entreprise" qui consiste à "créer, identifier, souligner, renforcer et déployer les singularités de l'entreprise en donnant plus de valeurs aux actifs immatériels". "Le salarié qui travaille mieux parce qu'il comprend le sens de son entreprise, consomme une "information porteuse de sens" qui sert au même instant à motiver chez le client un achat de produit plus solidaire et chez le gérant de portefeuille un achat d'actions à la performance durable. C'est cette qualité d'ubiquité des actifs immatériels qui fait que, même s'ils sont difficilement mesurables, ils sont devenus de plus en plus importants dans la valorisation d'une entreprise", écrit-il dans l'ouvrage.

Considérer les RH non comme une ligne de coût mais comme un actif

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L'enjeu est désormais clair : faire du DRH l'un des piliers forts de la gouvernance de l'entreprise, celui des hommes et des organisations, quittant ainsi la fonction de "variable d'ajustement" pour celle de "développeur d'une véritable "écologie de l'homme"". Un dirigeant "pluriel" à une condition : que les RH soient désormais considérées comme un actif et non une ligne de coût. Vaste chantier qui attend plus d'un DRH au tournant. Mais aussi les patrons.

Sophie Péters

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