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L'esprit "positif" du temps ou l'art du verre plein

Photo de Robert Jules

Sophie Péters

Publié le 16 septembre 2013 à 08:21

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Nous avons, selon nos dispositions personnelles, deux façons de regarder les choses : il y a ceux qui regardent toujours le verre vide en se lamentant qu'il ne soit pas plus plein. Et ceux qui considèrent le verre plein tentant de chercher comment le remplir. Appliquons cette méthode à divers domaines de nos vies.

Le management à la française, à l'instar de notre parcours éducatif, a la fâcheuse tendance à plutôt considérer le verre vide, partant du postulat que l'être humain ne donne de son mieux que lorsqu'il y est contraint et soumis à la loi de la carotte et du bâton. La psychologie aussi a pendant longtemps travaillé à étudier les imperfections de l'homme et ses maladies, s'attachant à trouver ce dont il pouvait bien manquer.

La tendance générale depuis des décennies a été de focaliser notre attention sur ce qui ne va pas au lieu de nous intéresser à ce qui va bien. Or, aujourd'hui, il semblerait qu'un mouvement se dessine au profit des tenants du "verre plein". A l'école, on commence à réaliser qu'encourager un élève dans les succès qu'il rencontre profite à l'amélioration de ses résultats.

Développer le potentiel

Après des décennies à analyser les imperfections de l'être humain, la science de la psychologie opère un large virage vers l'étude de ce qui permet à l'individu, au collectif et aux institutions de développer leur potentiel. On doit désormais à Martin Seligman, psychologue américain qui a débuté sa carrière dans les années 1960, l'émergence d'une nouvelle recherche scientifique centrée sur la psychologie dite "positive". Soit l'étude scientifique des conditions et processus qui contribuent au fonctionnement optimal des individus, des groupes et des institutions. Son ambition est d'identifier les facteurs qui permettent aux personnes et aux communautés de s'épanouir, de prospérer et de rester en bonne santé.

Le champ des applications est vaste : amélioration de l'éducation scolaire en utilisant plus largement la motivation, les affects positifs et la créativité ; amélioration de la psychothérapie en développant des approches qui mettent l'accent sur l'espoir et le sens ; amélioration de la vie familiale grâce à une meilleure compréhension des dynamiques de l'amour, de l'engagement ; amélioration de la satisfaction au travail tout au long de la vie en aidant les gens à mettre en œuvre un engagement authentique, à vivre des expériences optimales et à avoir le sentiment d'apporter une réelle contribution à la vie de la collectivité ; amélioration des institutions et des organisations en découvrant les conditions qui favorisent la confiance, la communication et l'altruisme entre les personnes.

Fonctionner autrement

Comme le souligne Thierry Janssen, auteur du "défi positif" aux Editions des Liens qui Libèrent : " La psychologie positive nous montre, preuves scientifiques à l'appui, que nous avons en nous la possibilité de fonctionner autrement, plus positivement. Son projet n'est donc pas seulement orienté vers l'épanouissement personnel, c'est aussi un projet social, voire politique."

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François Hollande a bien tenté cet été de rassurer les Français avec des discours aux accents d'optimisme. Le magazine Marianne a de son côté annoncé avant l'été son intention d'être plus "positif" dans son traitement de l'information.

Bref, nous ne sommes pas condamnés à broyer du noir. Ni à l'inverse à repeindre nos vies en rose. Référons nous au "Zeitgeist" hégélien, cet esprit du temps qui, bien que d'apparence maussade, contient des germes plus heureux, pour autant qu'on veuille bien les considérer. Comme Hegel le montre, personne, ni rien, ne peut échapper au Zeitgeist quand il existe. C'est l'ambiance, l'atmosphère ou encore ce que l'on pourrait qualifier de climat. L'entreprise et tous ceux qui y travaillent ne sauraient s'en abstraire. Or que nous dit le Zeitgeist aujourd'hui ?

En France, on se méfie de l'esprit "bisounours"

L'impérieuse nécessité de traiter et de trouver une solution aux problèmes en tous genres nous a jusqu'à présent privé de chercher des ressources dans le positif, c'est-à-dire dans ce qui fonctionne bien. C'est connu : en France, on se méfie de l'esprit "bisounours". Habitués à utiliser nos facultés intellectuelles pour résoudre une difficulté et pallier aux défaillances, nous omettons de considérer les qualités et les ressources des individus et des systèmes.

Pire : l'approche traditionnelle du changement dans les entreprises se focalise essentiellement sur les problèmes à résoudre, réduisant du même coup le champ des perspectives aux erreurs survenues dans le passé. Corollaire managérial : on recherche les coupables et les mauvais élèves de la classe. Loin de vouloir de faire de l'optimisme une posture, le contexte de plus en plus oppressant de mal-être au travail impose de reconsidérer le rapport entre les individus dans l'entreprise. Il est temps de s'intéresser à ce qui fonctionne bien, à chercher de la ressource dans nos forces plutôt que de disséquer nos faiblesses, pour envisager l'avenir de façon plus constructive et créer du sens.

Sortir de l'espace rébarbatif attaché au travail

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"Si donc il convient de faire de la climatologie, il s'agit de mettre en accord la gestion des biens et celle des gens", soutient le sociologue Michel Maffesoli. Mais la logique du changement a de tout temps généré ses propres résistances. Des esprits chagrins aux pourvoyeurs de mauvaises nouvelles, nombreux sont les sceptiques. Pour avancer et dépasser la morosité des déficits et des sombres coupes dans les budgets, sans doute faut-il sortir de l'espace rébarbatif attaché au travail. Et considérer le verre plein plutôt que le verre vide. "Notre vie est ce qu'en font nos pensées", disait Marc Aurèle. "L'économie la plus avisée est celle qui saura précisément associer la flexibilité à la capacité d'intégrer des paramètres qualitatifs", en conclut Michel Maffesoli. On ne saurait mieux dire.

Sophie Péters

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