Manifeste pour un "new deal" convivialiste

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Il y a eu le temps de l'indignation. Voici venu le temps de la mise en action. Deux ans après l'opuscule de Stéphane Hessel "Indignez-vous", le "Manifeste Convivialiste" devrait rencontrer le même accueil. Car c'est exactement celui que nous attendions tous : un petit livre bien troussé qui nous invite à concevoir notre avenir.

Celui-là ne prendra pas de place dans vos bagages de vacances. Mais il pourrait bien devenir le centre de vos discussions en famille et entre amis. Le "Manifeste Convivialiste" qui paraît en cet été 2013 aux éditions "Le Bord de l'Eau" est un joli présage qui invite à s'investir dans ce monde en plein bouleversement.

Aussi enthousiasmant que le "Indignez-vous" de Stéphane Hessel, cet ouvrage est cette fois-ci une oeuvre collective -signe d'un collectif désormais indispensable- dans laquelle une quarantaine d'auteurs issu du champ des sciences sociales et de la philosophie morale et politique, témoignent de nouveaux possibles pour, disent-ils, "s'opposer efficacement aux dérèglements du monde". De Claude Alphandéry à Jean-Baptiste de Foucauld en passant par Roland Gori, Jean-Claude Guillebaud, Vincent de Gauléjac, Dick Howard, Eva Illouz, Elena Lasida, Dominique Méda, Edgar Morin, Patrick Viveret, la liste est trop longue mais chaque auteur témoigne d'un engagement dans la conception d'un monde définitivement différent.

Un art de vivre ensemble qui valorise la relation et la coopération

Le message est clair et le défi est net : "Aucune des promesses du présent ne pourra pleinement advenir si nous ne savons pas faire face aux menaces de tous genres qui nous assaillent". Objectif : "Rassembler et expliciter tous les éléments d'une manière qui soit compréhensible et partageable par tous ceux à travers le monde qui voient leurs espoirs déçus, souffrent des évolutions en cours, ou les redoutent et qui désirent contribuer chacun à son échelle et selon ses moyens au soin et à la sauvegarde du monde et de l'humanité".

Certes, les initiatives existent qui vont toutes dans le sens d'une économie "positive" que l'on pourrait plutôt qualifiée de bienveillante, en ce sens qu'elle cherche à sauvegarder un juste équilibre et un respect de chacun. Mais pour que ces initiatives ne soient pas de simples contestations ou des palliatifs, il est décisif de regrouper leurs forces et leurs énergies. Ce qu'elles ont en commun, selon ces auteurs, c'est justement la recherche d'un "convivialisme", "d'un art de vivre ensemble qui valorise la relation et la coopération et qui permette de s'opposer sans se massacrer, en prenant soin des autres et de la Nature". Essentiel désormais : ne pas nier la nécessité du conflit entre les groupes et les individus mais en faire "une force de vie et non de mort".

Les politiques ne savent proposer que les réponses d'hier

"Toutes les doctrines ont présupposé que le conflit naît de la rareté matérielle et de la difficulté à satisfaire les besoins matériels. Elles pensent les humains comme des êtres de besoin, et non de désir. Elles ont donc placé leurs espoirs dans la perspective d'une croissance économique infinie supposée pouvoir amener la pax sur terre. Or ce postulat n'est pas (ou plus) tenable". Et force est de constater que face à ces problèmes, les politiques ne savent proposer que les réponses d'hier. La vision du "tout économique" nie les régulations sociales et politiques au profit des régulations marchandes.

"Si les hommes ne sont que des hommes économiques, quel autre langage pourraient-ils comprendre en effet que celui de l'intérêt individuel du marchandage, du donnant-donnant et du contrat ? ", interroge ce collectif d'experts qui nous invite à voir dans l'homme autre chose qu'un simple "homo oeconomicus" mais plutôt des êtres humains dont la trame est tissée de leurs relations aux uns et aux autres. Vous l'aurez compris : ce petit livre propose d'inventer un nouvel humanisme pour ..., nous dit-il, "développer de nouvelles humanités".

Jamais nous n'avons eu autant de difficultés à vivre ensemble

La réponse ? "Elle réside dans ce qui permet de comprendre comment maîtriser le conflit, pour éviter qu'il ne dégénère en violence". Or on le constate quotidiennement dans le business ou dans notre vie privée, jamais nous n'avons eu autant de difficultés à vivre ensemble et à faire oeuvre commune. Il serait temps d'admettre que les êtres humains sont des êtres sociaux pour qui la plus grande richesse est celle de leurs rapports sociaux. "La politique bonne est donc celle qui permet aux êtres humains de se différencier en acceptant et en maîtrisant le conflit".

"Concrètement le devoir de chacun est de lutter contre la corruption. Passivement, cela implique de refuser dans sa vie dans son travail ou dans ses activités de faire contre de l'argent (ou du pouvoir, ou du prestige) ce que la conscience réprouve. De se laisser détourner ainsi de ce qu'on croit juste et intrinsèquement désirable. Activement, cela implique de lutter contre la corruption chez les autres. A proportion des moyens et du courage dont on dispose".

Au-delà des considérations, les propositions sont aussi plus concrètes comme celle de créer une Assemblée Mondiale comprenant des représentants de la société civile mondiale associationiste, de la philosophie, des sciences humaines et sociales et des différents courants éthiques, spirituels et religieux qui se reconnaissent dans les principes du "convivialisme". Mais aussi de repenser le travail de façon à résorber le chômage en développant des politiques de retterritorialisation et de lutte contre les défis environnementaux.

Permettre au plus grand nombre de mesurer le gain d'un nouveau convivialisme

Lucide, ce collectif reconnaît que "le plus difficile pour rendre possible le basculement de l'opinion publique est de proposer un ensemble de mesures politiques économiques et sociales qui permettent au plus grand nombre de mesurer ce qu'il a à gagner à une nouvelle donne convivialisme". Nous avons l'été devant nous pour y réfléchir, chacun à la hauteur de nos moyens, et rejoindre dès la rentrée ce grand courant relié par la Toile qui a le désir d'oeuvrer pour un monde meilleur. Le soleil est revenu sur la France. Tentons de nous nourrir de sa chaude lumière pour regarder notre avenir avec plus d'optimisme et d'imaginer des solutions concrètes.


 

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Commentaires
a écrit le 17/07/2013 à 17:45 :
lisez plutôt "l'action humaine" de Von Mises ou alors "la greve" de Ayn Rand pour comprendre ce qui se passe en France (décrit avec 60 ans d'avance)........
a écrit le 17/07/2013 à 17:44 :
on invente des mots (convivialisme) pour cacher le vide des idées. Toujous la même rengaine socialiste et charabia incompréhensible ou chacun croit comprendre ce qu'il veut (Mr Morin est un must dans le genre) qui nous resert toujours la même base de départ : la négation des droits fondamentaux pour aider les pauvres. Enfin, juste pour information, le New Deal a été un formidable échec économique, avéré depuis 85 ans, et personne ne l'enseigne en France.... vraiment curieux cette pensée unique contraire aux faits et à la réalité ...
a écrit le 15/07/2013 à 22:21 :
il est vrai qu'il faudrait un new deal a la fois économique mais aussi social , car comme vous le dites dans l'article , jamais la fracture sociale est aussi béante et le mépris et la jalousie si forts et un peu partout dans le monde , cela menace les sociétés dans leurs ensemble et leur cohésion , les démocraties sont très vulnérables , dans les systèmes dictatoriaux c'est la faim qui pousse a la révolte sociale , enfin je constate que churchill était visionnaire a ce sujet .
a écrit le 15/07/2013 à 18:12 :
Enfin un sujet intéressant et digne d intérêt ......
a écrit le 15/07/2013 à 18:12 :
Enfin un sujet intéressant et digne d intérêt ......
a écrit le 15/07/2013 à 18:12 :
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a écrit le 15/07/2013 à 18:11 :
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