Merci la batterie Samsung !

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(Crédits : Reuters)
Les multiples explosions de batteries ont conduit la firme sud-coréenne à décider d’arrêter totalement la production de son dernier modèle de téléphone, le Galaxy Note 7. Ce fiasco industriel a plombé son titre en Bourse. C'est le moment opportun pour s'intéresser à la santé financière de ce conglomérat. Par Serge Belinski (L'Investisseur Français).

« Soyez cupides quand la foule est craintive et craintifs quand la foule est cupide. » Warren Buffett l'a dit, et tout le monde le sait : c'est en achetant auprès de vendeurs pressés et paniqués que l'on fait généralement les meilleures affaires, y compris en bourse.

Samsung fait justement la Une des médias à la suite du scandale « Galaxy Note 7 » et le cours de l'action a baissé depuis ses plus hauts annuels (-10% immédiatement après l'annonce et -6% au 19 octobre). Voilà une excellente raison pour regarder s'il est opportun d'y investir au cours actuel.

Nous rappelons, si c'est nécessaire, qu'une action est une part d'entreprise et non un ticket de loterie, et que seule une étude de l'entreprise permet (selon nous) de déterminer si l'action est un achat intéressant au cours proposé sur le marché. Qu'en est-il alors si l'on cesse d'écouter le bruit ambiant et que l'on étudie la situation réelle de l'entreprise Samsung ?

Une entreprise particulièrement solide

Ouvrir le rapport annuel de Samsung ramène immédiatement le lecteur à la réalité : avec près de 180 milliards de dollars de ventes, Samsung ne fabrique pas seulement un téléphone déficient. Il s'agit avant tout du leader mondial de l'électronique grand public.

La téléphonie mobile n'est en effet qu'une division de l'ensemble. Certes, sur ce segment Samsung est le leader mondial avec plus de 20% de parts de marché, un chiffre qui montre combien les produits de l'entreprise sont appréciés dans le monde entier.

Mais Samsung est aussi et surtout le leader mondial sur le marché de la mémoire vive (RAM) avec plus de 40% de parts de marché. Cette division représentait en 2015 près de la moitié du résultat opérationnel de la société. Cerise sur le gâteau, Samsung est aussi le leader mondial des téléviseurs et panneaux lumineux.

Coté santé financière, l'entreprise a largement les moyens de supporter l'incident du Galaxy Note 7 : elle dispose en effet d'une trésorerie nette de dette de plus de 55 milliards de dollars. (1) Ce trésor de guerre ne fait que grossir, témoin d'une génération de cash importante et durable : son montant a été multiplié par 5,5 depuis 2010, tandis que les capitaux propres ont cru de 15% par an sur la même période.

L'étude des états financiers le démontre : Samsung est une entreprise financièrement solide et supérieure à la moyenne.

Solide et bon marché !

Qu'en est-il alors de son prix sur le marché, qui a baissé grâce à l'incident du « Galaxy Note 7 » ? Actuellement, Samsung s'échange à 6 fois ses profits des 12 derniers mois et moins de 10 fois son profit moyen des quatre dernières années. Ces multiples de valorisation sont substantiellement moindres que ceux habituellement constatés sur les marchés actions européens et américains.

Des entreprises très moyennes s'échangent en effet aujourd'hui à des multiples généralement compris entre 15 à 20 fois leurs profits. Samsung est pourtant très supérieure à la moyenne de ces entreprises à la fois en termes de patrimoine et de capacité à générer du cash.

Bien sûr, les profits de 2016 seront altérés par le scandale du Note 7, mais l'entreprise a l'assise financière pour y faire face : à ce jour, les prévisions du groupe ont été revues à la baisse de l'ordre de 33% pour les bénéfices et de 5% pour le chiffre d'affaires.

Si nous intégrons cette baisse des bénéfices de 33% en 2016 par rapport aux chiffres des 12 derniers mois, Samsung se transige toujours à 10 fois ses bénéfices pénalisés par un scandale. Une fois le problème traité, l'entreprise pourrait repartir dans sa dynamique de croissance. Quelle que soit la manière dont on regarde les chiffres à notre disposition, l'action Samsung est peu chère par rapport à la qualité de l'entreprise.

L'investisseur attentif découvrira en plus qu'il est aujourd'hui possible de s'exposer à Samsung pour encore moins cher via son action préférentielle (2) qui décote de 20% par rapport à l'action ordinaire. Pourtant, l'action préférentielle offre un dividende plus important que l'action ordinaire en contrepartie d'une absence de droit de vote, dont les actionnaires minoritaires ne tireraient ici aucun bénéfice (Samsung est en effet une entreprise contrôlée par une famille). Le détenteur d'actions préférentielles bénéficie ainsi d'un double discount !

L'action préférentielle Samsung est aujourd'hui deux fois moins chère que les grandes capitalisations dans le monde alors que l'entreprise n'a strictement rien à leur envier.

Risques potentiels de l'investissement

A date, le risque principal est que le scandale du Galaxy Note 7 se propage à d'autres appareils et entraîne une perte de cash significativement plus importante que celle prévue par l'entreprise. Une amplification du scandale pourrait porter une atteinte sérieuse à l'image de marque de Samsung, freiner ses ventes et diminuer sa capacité à générer du cash.

Toutefois, au cours actuel, on ne peut pas dire qu'une importante croissance soit "pricée" : un simple maintien des bénéfices actuels dans le temps ferait l'immense bonheur des actionnaires de Samsung, et l'assise financière du groupe permet de faire face à de nombreuses difficultés. Il est par ailleurs possible que le potentiel de hausse de l'action soit limité par sa cotation à la bourse de Séoul, dont l'accès est proposé par peu d'intermédiaires financiers.

Le titre est en effet beaucoup moins liquide que celui de sociétés de taille comparable. Cela dit, un investisseur peut acheter des certificats à la bourse de Londres (ticker SMSN pour l'action ordinaire, SMSD pour l'action préférentielle) : deux certificats correspondent à une action Samsung. Cette moindre liquidité ne justifie pas pour autant l'ampleur de la décote par rapport aux sociétés moyennes du Dow Jones et du CAC 40.

Enfin, l'exposition à la devise coréenne pourrait impacter la valeur de la trésorerie de l'entreprise et sa capacité à générer des profits en cas de dépréciation.

Serge Belinski - L'Investisseur Français

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(1) Au 30 juin 2016, Samsung dispose de plus de 65 milliards de dollars de cash et équivalents pour une dette financière de 9 milliards.

(2) Une action préférentielle est une classe spécifique d'actions qui bénéficie de privilèges particuliers par rapport aux actions ordinaires (versement d'un dividende supérieur au dividende normal dans le cas de Samsung). En revanche, l'action préférentielle ne confère aucun droit de vote à son détenteur. La proportion de préférentielles dans le capital de Samsung est de 14%.

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Cette analyse reflète la seule opinion de son auteur : elle n'est pas une recommandation d'achat. L'équipe de l'Investisseur Français décline toute responsabilité concernant les développements (favorables ou défavorables) d'un investissement dans l'entreprise présentée ; chaque lecteur est maître de ses décisions. À date de publication, l'auteur ne possède pas des actions de l'entreprise présentée.

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Commentaires
a écrit le 03/11/2016 à 19:22 :
Samsung est solide en effet je ne m'en fais pas pour eux, puis les coréens sont les maîtres des semis conducteurs qui sont la base des produits de consommation actuels, aucune chance que cette société dévisse.

Et qu'elle aie moins de puissance financière ne peut que l'inciter à plus de dynamisme, de prise de risques et moins de conservatisme, une bonne remise en question ne peut qu'apporter du bon.
a écrit le 03/11/2016 à 18:16 :
Lorsque l'on est l'heureux propriétaire d'un samsung S7 , on ne peut plus embarquer lorsque l'on prend l'avion....sauf à l'abandonner ....(vol AF Paris-miami)....
Réponse de le 07/11/2016 à 8:32 :
Galaxy S7 ou Galaxy Note 7 ? Ou les deux ?

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