Les jeunes privilégient-ils la Bourse pour financer leur retraite ?

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4% seulement des moins de 35 ans considèrent que les actions représentent le meilleur produit d’épargne, leur préférant les livrets bancaires (38%), les PEL et CEL (Plan épargne logement et Compte épargne logement, 30%), ou encore l’assurance-vie (22%).
4% seulement des moins de 35 ans considèrent que les actions représentent le meilleur produit d’épargne, leur préférant les livrets bancaires (38%), les PEL et CEL (Plan épargne logement et Compte épargne logement, 30%), ou encore l’assurance-vie (22%). (Crédits : Reuters)
La perte de confiance des Français de moins de 35 ans dans le système actuel de retraite par répartition est devenue telle qu’ils privilégient désormais des stratégies individuelles comme l’épargne pour financer leur retraite. En revanche, comme leurs aînés, ils sont réticents à investir dans des actifs risqués comme les actions.

De quoi rêve-t-on à 30 ans, en principe ? De créer sa startup, d'acheter son premier appartement, de se marier, de faire un bébé... Mais certainement pas de préparer sa retraite. Et pourtant ! D'après un sondage réalisé par l'institut CSA auprès de 1.007 Français âgés de 18 ans au moins, et publié le 7 avril, 57% des moins de 35 ans estiment que les retraites constituent un sujet de financement prioritaire. Cette proportion, qui n'était encore que de 49% un an plus tôt, rejoint ainsi la moyenne de la population, 61% des Français considérant la retraite comme un sujet de financement crucial, devant l'assurance-maladie (36%), les complémentaires santé (22%), l'aide au logement (16%) et les allocations chômage (13%).

Pourquoi cette propension soudaine des jeunes à se préoccuper de leur retraite ? « Au cours des douze derniers mois, il ne s'est pas produit d'événement particulier susceptible d'expliquer cette évolution. Mais, à force d'entendre dire que le système actuel de retraite par répartition ne fonctionnera plus, les jeunes ont intégré cette nouvelle donne », analyse Estelle Thomas, de l'institut CSA. De fait, les jeunes d'aujourd'hui seront des retraités moins bien lotis que leurs parents et grands-parents. Et ce, en raison des réformes qui ont successivement repoussé l'âge légal de départ à la retraite à 62 ans, aligné le calcul des pensions non plus sur les 10 mais sur les 25 meilleures années de vie active, ou encore augmenté le nombre de trimestres nécessaires à l'obtention du taux plein.

Les jeunes privilégient désormais des stratégies individuelles pour financer leur retraite

Conséquence, les moins de 35 ans ne se font plus guère d'illusions : seulement 43% d'entre eux estiment qu'ils disposeront de ressources suffisantes pour vivre correctement, une fois à la retraite. Ce score fait de cette tranche d'âge la plus pessimiste quant à l'évolution de son pouvoir d'achat lorsque ses vieux jours seront arrivés. La perte de confiance des jeunes dans le système de retraite par répartition - selon lequel les cotisations des actifs financent les pensions de ceux qui ne travaillent plus - est devenue telle qu'ils privilégient désormais des stratégies individuelles pour financer leur retraite. « Il s'agit là d'un comportement nouveau », souligne l'institut CSA. En effet, pour les trentenaires, mettre régulièrement de l'argent de côté représente le moyen le plus sûr de maintenir le montant des retraites, alors que la population française dans son ensemble privilégie une solution collective, à savoir un nouveau recul de l'âge légal de départ à la retraite.

Plus de la moitié (53%) des Français âgés de moins de 35 ans ont ainsi l'intention d'épargner davantage dès cette année, contre 45% seulement un an plus tôt. « De plus en plus confrontés au chômage, de surcroît au chômage de longue durée, les jeunes ne peuvent pas être réceptifs à la solution du recul de l'âge légal de départ à la retraite. Qui peut en effet leur assurer qu'ils auront encore un travail, à 60 ans passés ? Ils se disent par conséquent qu'il leur faut préparer eux-mêmes leur retraite, et rien que pour eux. D'où une augmentation de leur volonté d'épargner, ce qui pourra par ailleurs les aider à faire face à des périodes de chômage », décrypte l'économiste Jean-Paul Betbeze, président du Cercle des épargnants, pour le compte duquel le CSA a réalisé le sondage.

La fiscalité française favorise les placements liquides sans risque et de court terme

Et s'il y a une classe d'actifs sur laquelle les jeunes devraient investir, c'est bien celle des actions, selon Jean-Paul Betbeze. Ce qui n'est pas gagné, les trentenaires n'aimant pas davantage le risque que leurs aînés : 4% seulement des moins de 35 ans considèrent que les actions représentent le meilleur produit d'épargne, leur préférant les livrets bancaires (38%), les PEL et CEL (Plan épargne logement et Compte épargne logement, 30%), ou encore l'assurance-vie (22%). « Pourtant, quand on a moins de 35 ans, il faudrait se rendre compte que les actions représentent le meilleur placement de long terme, avec une surperformance de 5% environ par rapport aux placements sans risque », insiste Jean-Paul Betbeze.

Ce manque d'intérêt des Français en général, et des jeunes en particulier, pour les actions, Stellane Cohen, membre de la direction de l'assureur Generali France, l'explique par « un déficit de culture financière », auquel la fiscalité n'est pas étrangère, selon elle. De fait, il y a belle lurette que la fiscalité française favorise les placements liquides sans risque et de court terme, au détriment de l'épargne longue et à risque. Encore plus depuis la grande réforme de 2012 décidée par François Hollande pour aligner la fiscalité du capital sur celle du travail. Pour Jean-Paul Betbeze, il n'y a pas de secret, « aider au placement en actions implique de revoir leur fiscalité, notamment en taxant moins les dividendes. » Histoire de donner aux de 35 ans le goût du risque en matière d'épargne, une caractéristique a priori de leur âge.

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Commentaires
a écrit le 12/04/2016 à 23:11 :
Cela n'est pas nouveau. La Fontaine l'avait déjà dit dans la cigale et la fourmi. On sait cela à 14 ans. Donc on prend les mesures nécessaires, placement en retraite complémentaire privée, en immobilier, en assurance vie ou dans le bas de laine "pour les vieux jours"
Nous avons tous fait cela, même si notre génération a travaillé donc cotisé pendant 50 ans donc approvisionné les caisses en conséquence.
C'est étonnement, cette crainte pour les revenus pendant la retraite sont vraiment inquiétants. Immaturité?
a écrit le 12/04/2016 à 21:41 :
Aura-t-on en matière de retraite, existe-t-il un Tea Party de type Etat général des filières pour ou une Pinard Party diplômé, une compensation aux actifs pour des échelons sans critère de mérite et qui pénalise nombre de diplômés en découennage boomster ?
Comment permettre et mettre en concurrence en affaires sociales, à la fois l’égalité réelle ou le libéralisme à 25% de PO malgré les institutions ?
Une entreprise en compensation aux diplômés pour déconsidération, comment faire fortune à ne rien faire?
a écrit le 12/04/2016 à 21:13 :
Difficile de se contenter de pensions tardives et minorées sous divers prétextes pour sa retraite. Il est obligatoire de mettre de côté comme le faisait les anciens.
a écrit le 12/04/2016 à 21:12 :
Si les français ont une retraite, est-ce une bouderie au sommet de l’Anapurna ? Une entreprise sociale type démocratie directe avec une carte de crédit virtuelle permettrait-elle d’établir des e-citoyens et e-démocratie par une virtualisation de la société ? Ou bien est-ce la la retraite de la Bérézina économique ou bien Trafalgar ? Existe-t-il des robots en recherche d’emploi précaire et assistance juridique pour tous, pour préserver les salariés de l’arbitraire si on compte 19 millions qui souhaiteraient des emplois indépendants à défaut d’emploi adéquat ou d’indemnités en qualifications perdues ?
a écrit le 12/04/2016 à 20:54 :
1) Prévoir ce qui va passer dans 35 ans relève de la farce quand on est incapable de prévoir à 6 mois. 2) Le système de répartition est un jeu de mots politique pour faire aux gogos que le problème n'est pas l'incurie du système, mais la faute des babyboomers. Il faut tout de même savoir que les gens touchent une prestation (dans le privé du moins) correspondant à leurs cotisations passées et pas aux cotisations actuelles ou futures de leurs enfants. Il faut aussi rappeler que les babyboomers se sont appuyés, notamment, la vignette auto pour payer les retraites de leurs parents en plus de leurs cotisations personnelles pour leur proper retraite. 3) Bien entendu que l'approche populiste est de dire qu'il faut que chacun se replie sur soi-même, mais il faut aussi qu'on explique que, par exemple, une assurance individuelle est plus chère qu'une assurance de groupe. Il en ira de même pour les placements en bourse qui, de plus, présentent le danger d'être le domaine d'initiés. Je n'ai aucun doute que certains "experts" vont promettre des merveilles et que des gogos se laisseront prendre au piège, mais il va falloir réfléchir avant de faire n'importe quoi. 4) Il est certain que ceux qui n'ont jamais cotisé ne devraient rien recevoir, ce qui est le cas de certains étrangers, car le système est obligatoire pour les Français :-)
a écrit le 12/04/2016 à 20:41 :
A quoi ça sert au lièvre de courir si on sait que la tortue va gagner, ne devrait-il courir avec l'assurance de finir la course ? Pour piquer des actions, une entreprise label, qui peut dire c’est pas juste ceci ou cela, fait-elle à des enfants de 7 ans PDG de multinationale avec quelques milliards en quelques minutes ? Un produit élevé jouerait contre un produit de consommation courante en bataille de mots et permettrait de faire du bénéfice sur des produits à succès en devenant actionnaire ? Nombre de diplômés ne sont-ils pas injustement traités alors qu’il existe une crise en 2000 et en 2008, ne fait-on pas des diplômés d’Etat en emploi alimentaire ou précaire sans bénéficier de rente ou de défiscalisation, ou en emploi rendu très dur, en exploitation excessive ou en talent gâché ? L'actionnaire populaire d’un produit à fort potentiel de manière provisoire serait pour des diplômés en réseau sans réseau à devoir affronter les problèmes de l’expérience ? Une course d’escargots truqués par les spectateurs qui changeraient de place pour une place gratuite et plus chère au spectacle, n’est-ce pas très drôle de manière à se payer un resto 3 étoiles gratuit et payé par les autres spectateurs, étant soi-même actionnaire d’une corde, on est en tant que pdg connaisseur des escargots donnés gagnants, une ruée vers l’or vendrait des pioches… en faisant cotiser largement sur des petites causes et en bénéficiant d’une bourse sans régulateur et d’une entreprise sans comptes pour acheter une voiture sans payer en faisant gagner quelques voitures, en prime à la casse, n’est-ce pas très drôle ? Ne fait-on pas des diplômés méritoires sans défiscalisation victime de fusions ou de pré-retraite ?
a écrit le 12/04/2016 à 16:06 :
"ils privilégient désormais des stratégies individuelles comme l’épargne pour financer leur retraite. "
Totalement d'accord. Quand est ce qu'on nous rembourse nos cotisations et qu'on arrête d'abonder à ce système, afin de pouvoir définir individuellement le meilleur système d'assurance retraite en fonction de moyens et de nos besoins ?

Quant aux retraités actuels, qu'ils se demmerdent. Ils ont voulu maintenir un système qui était à bout de souffle, ils en assument les conséquences, pas nous.
a écrit le 12/04/2016 à 13:49 :
"aligné le calcul des pensions non plus sur les 10 mais sur les 25 meilleures années de vie active".

Mesure qui ne date pas d'aujourd'hui sans oublier le reste:

La réforme Balladur de 1993 a allongé la durée de cotisation nécessaire pour liquider sa retraite à taux plein de 37,5 ans à 40 ans dans le privé ; elle a également, toujours dans le privé, fait passer de 10 à 25 le nombre d'années de salaire prises en compte pour le calcul de la pension de retraite.
Une troisième mesure a eu un impact très important sur le niveau des pensions de retraite : c'est le passage d'une indexation sur les salaires à une indexation sur les prix pour le calcul des pensions et leur réévaluation annuelle dans le régime général.
a écrit le 12/04/2016 à 13:18 :
Les économistes font une erreur en considérant le principe de la répartition comme la répartition des salaires alors qu'il s'agit de la répartition de l'ensemble des richesses produites, c'est à dire, de tous les termes du PIB, le travail, le capital et l'énergie. Il faut associer l'énergie au financement des retraites.
a écrit le 12/04/2016 à 12:47 :
Si l'on peut plus faire confiance a la mutualisation, on ne risque pas de faire confiance a l'individualité géré par des tiers!
a écrit le 12/04/2016 à 12:06 :
L'épargne, c'est ce qui reste après avoir payé l'État glouton socialiste ou de droite. Donc, en principe, les épargnants ne devraient pas payer d'impôt. Ce n'est pas la logique de Hollande qui
fait payer une deuxième fois et en plus au niveau de taxation du travail.
Pas étonnant que les français se détournent des actions. Pourtant le capital risque finance
l'avenir. Les socialistes préfèrent endetter le pays et privilégient l'assistanat plutôt que le travail.
a écrit le 12/04/2016 à 11:02 :
Rares sont les jeunes qui ont aujourd'hui les moyens d'épargner, et ceux qui le peuvent sont suffisamment intelligent pour investir ailleurs qu'au casino boursier. Avec les successions de "crises" (hold-up), il faut que le petit porteur croie encore au père noël pour investir en bourse. Les investisseurs institutionnels disposent de sources d'informations et d'une réactivité que les petits porteur n'ont pas (flash-trading). Il est cité qu'on superforme à 5% sur le long terme, mais il n'est jamais fait mansion des frais de courtage et de gestion de comptes qui sont loin d'être négligeables en rendent l'investissement nettement moins alléchant. Si investir en bourse était si rentable, on aurait pas besoin d'en faire constamment la publicité.
a écrit le 12/04/2016 à 10:18 :
"57% des moins de 35 ans estiment que les retraites constituent un sujet de financement prioritaire" Alors la France est foutue :(
a écrit le 12/04/2016 à 10:01 :
il est vrai que papa Hollande et ses sbires ont tellement vilipendé les vilains spéculateurs qu'ils ont disparu au profit des travailleurs sans risques - les fonctionnaires - et des professionnels de l'élection. Bah: nos entreprises seront bientôt toutes aux mains d'actionnaires étrangers et nos syndicats devront se mettre à l'heure étrangère. Quant à nos retraités - dont je suis (pas pensionné) - , souhaitons que Dieu existe!
a écrit le 12/04/2016 à 9:10 :
Les jeunes comme les actifs ont un grand intérêt à envisager au plus vite d'autres financements de leur retraite que les caisses officielles qui sont exsangues et ne finiront plus que par assurer des minima sociaux.
Réponse de le 12/04/2016 à 13:51 :
D'autant que les cadres de la génération baby-boom en particulier ceux nés entre 42 et 55 sont en train de pomper tout ce qui reste.

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