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Entreprises & FinanceBanques / Finance

Comment la finance devient notre meilleure amie

Photo de Antoine Patinet

Christine Lejoux

Publié le 06 février 2015 à 11:30 - Mis à jour le 06 février 2015 à 11:39

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18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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En moins de trois ans, l'attitude des pouvoirs politiques français - et européens - à l'égard de la finance a considérablement changé. Loin de la vilipender comme au temps de la crise de 2008, et de la campagne présidentielle de 2012, le gouvernement français semble avoir découvert ses vertus. Les dirigeants sont bien conscients que la finance est le carburant indispensable à une reprise qui tarde à se manifester. Et que, dans le contexte actuel de désintermédiation du financement de l'économie...

Les investisseurs financiers sont réputés prompts à brûler ce qu'ils adoraient quelques mois plus tôt, et inversement. Il en va de même pour les politiques. Le 22 janvier 2012 au Bourget, dans le cadre du discours fondateur de sa campagne présidentielle, François Hollande faisait du « monde de la finance » son « véritable adversaire ».

Trois ans plus tard, le ton a radicalement changé, Michel Sapin ayant élevé la finance au rang d'« amie du gouvernement », le 6 juillet 2014, lors des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence. Depuis, le ministre des Finances ne perd plus une occasion de dire son « amitié pour la bonne finance », que ce soit lors de la dernière édition, en juillet 2014, des Rencontres financières internationales de Paris Europlace, l'association chargée de promouvoir la place financière de Paris, ou dans le cadre de la conférence annuelle du marché boursier organisée par Euronext, le gestionnaire de la Bourse de Paris, où Michel Sapin s'est dit « très impressionné d'être dans l'un des temples de la bonne finance, celle que j'aime ».

« La bonne finance » réhabilitée

Pourquoi ces soudaines déclarations d'amour pour un secteur d'activité que les différents gouvernements - en France et à l'étranger - n'ont cessé de conspuer depuis la crise financière de 2008, le soumettant à un arsenal réglementaire sans précédent ? La réponse réside dans la croissance, ou plutôt dans le manque de croissance économique. Après trois ans d'atonie, l'économie française devrait progresser de 1% cette année, selon le gouvernement. Voire davantage, a espéré François Hollande le 5 janvier, sur France Inter. Le président de la République le sait, la croissance doit dépasser 1% pour que la France se remettre à créer durablement des emplois. Encore faut-il que l'économie dispose du carburant nécessaire pour repartir.

Et ce carburant, c'est la finance, « la bonne finance », comme l'appelle Michel Sapin, celle « qui aide les entreprises françaises à se financer », par opposition à « la mauvaise finance [...], qui veut gagner beaucoup d'argent en très peu de temps sur le dos des autres ».

En effet, la finance, ce ne sont pas que des banquiers qui spéculent pour leur propre compte ou des opérateurs qui s'entendent pour manipuler le marché des changes. La finance, ce sont également des banques qui prêtent de l'argent aux ménages et aux entreprises, afin de les aider à financer leurs dépenses de consommation et leurs investissements. Cette « bonne finance », au service de l'économie réelle, est aujourd'hui absolument nécessaire aux entreprises, la dégradation de leur rentabilité, crise oblige, réduisant leur capacité d'autofinancement.

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«L'économie a redémarré en France et en Europe, mais à un rythme largement insuffisant. Nous devons créer les conditions de l'accélération de la reprise économique. Aussi avons-nous plus que jamais besoin d'un système financier qui accompagne les entreprises et les ménages dans leurs projets »,avait ainsi affirmé Michel Sapin, lors des rencontres de Paris Europlace, le 9 juillet dernier.

Au-delà de la France, c'est toute la zone euro qui est empêtrée dans la stagnation économique. Une situation qui conduit Bruxelles, également, à se montrer aujourd'hui plus amène à l'égard de la finance.

«Je ne suis pas là pour annoncer que les réglementations existantes vont être jetées dans un feu de joie au nom de la croissance... Mais le bon sens veut que l'on fasse un pas en arrière après cinq années de travail législatif très actif, et que l'on se pose la question : avons-nous toujours trouvé le bon équilibre entre la réduction des risques et l'encouragement à la croissance ? »,s'est interrogé Jonathan Hill, le nouveau commissaire européen aux Services financiers, le 6 novembre.

De fait, si la réglementation internationale dite de Bâle III, adoptée dans le sillage de la crise financière de 2008, a pour louable but de renforcer la solidité des banques, elle a cependant pour inconvénient de brider leur capacité à prêter. Bâle III impose en effet aux banques de détenir davantage de fonds propres qu'avant en face de leurs engagements jugés les plus risqués par les régulateurs, ce qui renchérit leur activité de crédit. Et notamment lorsqu'il s'agit de prêter à des PME et à des ETI, certes plus risquées que de grandes entreprises, mais autrement plus dynamiques sur le front de l'emploi.

Encourager le processus de désintermédiation

Pour le moment, les effets de Bâle III se font encore peu sentir. En particulier en France, où les crédits bancaires continuent à progresser de 1% à 2%, bon an mal an. Normal, les incertitudes macroéconomiques n'encouragent guère les entreprises à investir, si bien que leurs besoins de financement demeurent modestes. Mais quid de demain, lorsque la croissance aura enfin pointé le bout de son nez ?

«Lorsque nous aurons 1,5 point de croissance, la problématique du financement des entreprises se posera »,a reconnu Thibault Lanxade, président du pôle entrepreneuriat et croissance des TPE-PME du Medef, lors d'une conférence de presse, le 26 novembre dernier.

Un problème qui se posera avec d'autant plus d'acuité que l'économie européenne en général, et l'économie française en particulier, sont très dépendantes du financement bancaire. Dans les grandes lignes, les entreprises du Vieux Continent financent leur dette à hauteur de 70 % auprès des banques, et à concurrence de 30 % sur les marchés financiers. Les proportions sont exactement inverses aux États-Unis, où le financement de l'économie est dit « désintermédié », le rôle des banques comme intermédiaires financiers étant beaucoup moins prépondérant qu'en Europe. Mais le Vieux Continent est en train d'évoluer vers ce modèle de désintermédiation, les marchés devant prendre le relais d'un financement bancaire appelé à diminuer. La preuve, les crédits bancaires se sont déjà contractés de 270 milliards d'euros environ dans la zone euro, de janvier 2009 à février 2014, alors que l'endettement de marché a progressé de 430 milliards d'euros dans le même intervalle, d'après une étude de la Société générale.

Encourager ce processus de désintermédiation, c'est tout l'objet du projet européen d'union des marchés de capitaux esquissé par le commissaire Hill à l'automne dernier, et qui vise à rendre les entreprises moins dépendantes des crédits bancaires. Notamment les PME, dont le financement provient à près de 100 % des banques. La France poursuit le même objectif :

«Le financement des entreprises par les marchés est un sujet de plus en plus important car notre modèle de financement, qui était basé sur les banques, est en pleine mutation »,avait reconnu Michel Sapin, lors de la conférence annuelle du marché boursier organisée par Euronext, le 3 décembre.

La place financière de Paris encore en recul

Mais qui dit marchés dit investisseurs, particuliers et institutionnels. Certes, les Français sont de véritables écureuils, avec une épargne qui représente près de 16% de leur revenu brut disponible. Mais ce confortable bas de laine est très peu investi en actions : les épargnants français, qui ne brillent pas par leur appétit pour les actifs risqués, et qui n'y sont pas non plus encouragés par la fiscalité, préfèrent de loin investir dans l'assurancevie et l'immobilier. Un tempérament de bon père de famille encore accentué par les crises boursières de 2000, après l'éclatement de la bulle Internet, et de 2008-2009, qui ont fini de fâcher les Français avec l'investissement en actions : depuis son pic historique de 2003, à 7,1 millions, le nombre d'actionnaires individuels a été divisé par près de deux.

Du côté des investisseurs institutionnels, la situation n'est pas non plus des plus brillantes, avec une place financière de Paris dont la compétitivité se dégrade, en raison, notamment, d'une fiscalité jugée excessive et instable par ses acteurs. La capitale française n'est plus que la huitième place financière mondiale, selon l'indice Xinhua Dow Jones, alors qu'elle était encore cinquième en 2010. Pis, elle a encore perdu sept places dans le classement bisannuel Global Financial Centres Index, publié en mars 2014, qui relègue Paris en 26e position mondiale (sur un total de 80), entre Kuala Lumpur et Melbourne, alors que Londres, New York, Hong Kong et Singapour continuent de caracoler en tête.

«Nous, entreprises industrielles, avons besoin d'une place financière forte. Le mode de financement des entreprises évolue, avec un financement par les marchés qui sera très majoritaire à la fin de la décennie. Nous avons donc besoin d'avoir accès au financement obligataire et au marché des actions dans des conditions compétitives »,avait martelé Gérard Mestrallet, le 16 juin 2014, lors d'une conférence de presse.

Et le patron de GDF Suez, également président de Paris Europlace, de s'inquiéter : « Le secteur financier sera-t-il en mesure de répondre à nos besoins ? »

Ces besoins de financement des entreprises françaises devraient augmenter de 100 milliards d'euros par an d'ici à 2020, selon Paris Europlace, ceux des seules PME devant passer de 10 milliards d'euros en 2014 à 20 milliards en 2020. C'est d'ailleurs surtout pour celles-ci que se pose le problème de l'accès aux marchés financiers. Bien moins pour les grandes entreprises, qui disposent des moyens financiers et techniques pour répondre aux exigences de transparence des investisseurs.

Mettre "la finance au service de l'économie"

Le financement des entreprises - et en particulier des PME et des ETI, donc - est un enjeu majeur du redressement de l'économie, le gouvernement l'a bien compris. Aussi les pouvoirs politiques multiplient-ils les initiatives en faveur de la (bonne) finance. À commencer par leur implication dans l'introduction en Bourse d'Euronext, implication qui a été décisive pour permettre au gestionnaire des places boursières de Paris, Bruxelles, Amsterdam et Lisbonne de renouer avec sa vocation initiale de financement des entreprises européennes, en reprenant son autonomie vis-à-vis de l'américain ICE.

Surtout, Michel Sapin a installé le comité « Place de Paris 2020 », le 16 juin dernier, afin de mettre « la finance au service de l'économie ». Composé de représentants du Trésor, de la Banque de France, de l'Autorité des marchés financiers (AMF), de la Caisse des dépôts, des collectivités territoriales, de banques, d'assureurs, de sociétés de gestion et d'entreprises, ce comité a pour mission de plancher sur le financement de l'économie réelle. Une réflexion qui a d'ores et déjà débouché sur l'annonce de la non-rétroactivité fiscale pour les entreprises, afin de renforcer l'attractivité de la place financière de Paris.

L'année 2014 a également vu l'apparition d'outils destinés à mieux orienter l'épargne des Français vers le financement de l'économie productive, avec le lancement du PEA-PME, le 5 mars, ou encore l'entrée en vigueur, le 1er octobre, d'une réglementation du financement participatif destinée à favoriser l'essor de ce nouveau moyen de financement, qui met en relation quasi directe des start-up en quête d'argent avec des épargnants désireux de diversifier leurs placements. Sans oublier les nouveaux contrats Eurocroissance et Viegénération, qui permettent aux assureurs d'investir dans des actifs plus risqués, comme les actions. Dans cette même optique de diversification des sources de financement des entreprises, la Caisse des dépôts et consignations - bras armé de l'État - avait lancé le premier fonds de prêt à l'économie (FPE), à l'été 2013, dans la foulée d'une modification du Code des assurances autorisant les assureurs à financer les PME de croissance et les entreprises familiales non cotées. C'est également fin 2014 que devait être effective la modification des règles d'investissement de l'Erapf, le fonds de retraite de la fonction publique, dont le plafond d'investissement en actions devait être porté de 25% à 40%, afin d'être en mesure d'investir en actions 5 milliards d'euros supplémentaires d'ici à 2020.

D'autres mesures à venir en 2015

Le gouvernement n'entend pas s'arrêter en si bon chemin. Parmi les mesures à venir figurent l'extension de l'épargne salariale aux PME, et la création d'un label de place afin d'encourager l'investissement socialement responsable (ISR). Le début de l'année 2015 a d'ores et déjà vu le lancement de contrats standardisés destinés à accélérer le développement du marché des Euro PP (Euro Private Placement), lequel doit permettre aux ETI et aux PME d'émettre des obligations ou des prêts auprès d'un nombre limité d'investisseurs (voir l'encadré ci-contre).

Enfin, s'il est un projet qui illustre le retour en grâce de la finance auprès des autorités politiques et réglementaires, c'est bien celui de la relance de la titrisation. Cette technique - qui consiste, pour les banques, à transformer des créances en titres cédés sur les marchés à des investisseurs - est accusée d'avoir provoqué la crise des subprimes (crédits hypothécaires américains risqués), en 2007. Mais la titrisation, lorsqu'elle est « claire, simple et sûre » comme l'entend Michel Sapin, est également un très bon outil de financement des PME et des ETI, puisqu'elle permet aux banques de récupérer des fonds susceptibles d'être utilisés sous la forme de nouveaux prêts.

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Le 15 septembre, lors des Assises du financement de l'investissement et de l'innovation organisées à l'Élysée, François Hollande avait ainsi annoncé le lancement, par Bpifrance, d'une expérimentation de titrisation de crédits aux PME et aux ETI. Un projet qui avait suivi la création, en avril 2014, d'une société de titrisation de créances aux PME par cinq banques françaises, sous l'égide de la Banque de France. Mais toutes ces initiatives de désintermédiation du financement de l'économie, qui offrent à des acteurs non bancaires la capacité de prêter, devront être surveillées de près afin de ne pas alimenter le shadow banking, cette finance de l'ombre qui pèse 75000 milliards dans le monde et qui suscite l'inquiétude du Fonds monétaire international (FMI).

Histoire que la finance ne redevienne pas l'ennemie jurée des gouvernements et des autorités de régulation.

Christine Lejoux

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