Un kilo d'or pour un bitcoin, que vaut la comparaison des deux actifs ?

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(Crédits : LT)
FOCUS DATA. Avec des niveaux de valorisation records atteints à la mi-mars, la cryptomonnaie, qui coûtait 0,001 dollar lors de sa création en 2009, a dépassé le trillion de capitalisation boursière. Après un pic à plus de 61.000 dollars l'unité, elle vaut aujourd'hui le prix d'un kilo d'or. Une comparaison qui ne fait toutefois pas consensus chez les professionnels du trading.

Le cours de l'or n'échappe pas aux aléas de la crise Covid. Le 12 mars, chahuté par la hausse des taux sur le marché obligataire, puisque le métal précieux n'offre aucun rendement aux investisseurs qui s'en séparent, il atteignait son plus bas depuis neuf mois atteint, à 1.676,89 dollars l'once. De quoi contraster avec un autre cours, lui, en pleine forme, celui du bitcoin, comparé par ses adeptes à de « l'or numérique ». Présenté comme une valeur refuge face aux soubresauts boursiers du Covid entretenus par les banques centrales, ce crypto-actif s'est affiché jusqu'à plus de 61.000 dollars l'unité le 13 mars 2021. A tel point que, depuis, le prix d'un bitcoin a dépassé celui d'un kilo d'or. Mais la comparaison entre ces deux actifs est-elle valable ?

Lequel des deux serait un meilleur pare-feu, face au risque d'une inflation que certains économistes redoutent, nourrie par les plans de relance massifs et des conditions monétaires ultra favorables ? Jeudi 18 mars, le métal jaune s'est ainsi hissé à son plus haut depuis trois semaines à 1.755,50 dollars au lendemain la réunion de la Banque centrale américaine. « L'or commence à défendre son statut de valeur anti-inflation par excellence, qu'il semblait avoir perdu ces derniers mois », commentent déjà les analystes de Saxo Bank.

Qu'en est-il du bitcoin, l'actif numérique hors de tout système monétaire ? Le parallèle nourrit en tout cas les débats. Sur Twitter, on trouve pas moins d'une vingtaine de comptes d'utilisateurs spécialisés sur cette comparaison, entre la monnaie développée sur une blockchain publique décentralisée versus le métal jaune. Un petit programme automatique est même chargé quotidiennement de diffuser leur capitalisation boursière respective.

Le bitcoin face aux politiques des bulles

Pour les défenseurs de la première heure du bitcoin, la comparaison entre la doyenne des cryptomonnaies et l'or ne fait aucun doute.

« Ils possèdent tous deux une offre limitée et prévisible : l'or a un processus d'extraction coûteux (environ 2.000 à 3.000 tonnes par an) qui nécessite des investissements importants. Pour le bitcoin, le fonctionnement est similaire, c'est pour cette raison que l'on parle de 'mineurs'. Les pools investissent dans des ordinateurs spécialisés, ils consomment beaucoup d'électricité et ils sont récompensés de deux manières : par la création de nouveaux bitcoins et par les frais de transaction. L'offre de bitcoin est donc parfaitement prévisible, encore plus que pour l'or puisqu'elle provient d'un algorithme et, on le sait, elle tendra vers zéro lorsqu'on se rapprochera des 21 millions d'unités. Pour l'or, les prévisions sont plus difficiles, on ne sait pas si le pic de production a été atteint, bien que la production demeure relativement stable sur les dernières décennies », détaille Philippe Herlin, économiste et auteur de "La révolution du bitcoin".

Sa valeur serait donc à la fois mathématique mais aussi historique. « La fin de la convertibilité entre le dollar et l'or annoncée par Nixon en 1971 nous a fait basculer dans le règne des monnaies-papier et cela ne s'était jamais produit avec autant d'ampleur et de durée dans l'histoire. Depuis cette date, la dette, publique mais aussi privée, ne cesse d'augmenter, de créer des bulles (actions, immobilier...), des krachs, de fragiliser le système bancaire, et d'atteindre la confiance même dans la monnaie, avec le risque d'inflation et d'hyperinflation qui s'y rattache. Les banques centrales interviennent de plus en plus, elles font exploser leur bilan, la situation semble leur échapper », ajoute Philippe Herlin.

Même son de cloche du côté de l'entreprise parisienne Coinhouse : « Le bitcoin de la même façon que l'or n'a pas d'entité centrale qui est capable de le contrôler. De plus, il n'a pas d'utilité intrinsèque et, même si cela est moins quantifiable pour l'or, sa production est limitée », explique à La Tribune Romain Saguy, Chief Revenue Officer au sein de la plateforme d'échange de cryptomonnaies.

De fait, la monnaie numérique s'échange de pair à pair (ou de bloc à bloc), via un immense registre de comptes certifiés, rendant ce système de validation des transactions totalement décentralisé.

Autre point commun, à sa création en 2009, le nombre maximal de bitcoins en circulation a été fixé à 21 millions par son fondateur - l'anonyme Satoshi Nakamoto. Dès lors, sa production (le « minage » ou preuve de travail réalisé par les ordinateurs en réseau ndlr) s'arrêtera aux alentours de l'an 2140, estime Coinhouse. « Pour modifier le nombre de bitcoins, il faudrait un consensus de toute la communauté bitcoin : il n'y a donc aucune chance que cela arrive », précise Romain Saguy.

Lire aussi : Bitcoin à 30.000 dollars ou pourquoi "l'or des fous" crée la surprise

Le marché de l'or dix fois plus important que celui du bitcoin

Pourtant, malgré ces points communs, les divergences demeurent. D'abord, la capitalisation du bitcoin est encore bien loin de celle de l'or. Bien que la valorisation du marché de la cryptomonnaie ait atteint 1 trillion de dollars (1.000 milliards de dollars), celle de l'or est, elle, estimée entre 10.000 et 11.000 milliards de dollars, selon les données du site Gold.org, soit dix fois plus que celle du bitcoin.

« L'or a une valeur intrinsèque, celle qui lui permet d'être vendu et acheté dans l'industrie. Le bitcoin n'en a aucune. L'or est une valeur refuge de par sa valeur intrinsèque, mais aussi parce qu'il est échangeable universellement et assez librement sur des marchés organisés et des marchés physiques, » oppose Didier Julienne, spécialiste des marchés des matières premières.

Et de reconnaître : « Le Bitcoin partage cette liberté d'échange du moins tant qu'il y a des acheteurs et des vendeurs, mais en outre il a une liberté supérieure que n'a pas l'or, car il n'est pas régulé. »

Même son de cloche du côté de l'activité de trading de l'or.

« Il y a une vraie différence. L'or est admis comme une monnaie depuis des siècles avec une production qui s'auto-régule et qui n'est pas dépendante d'une personne. L'or est reconnu comme une monnaie de réserve des banques centrales. Elle a l'avantage de ne pas correspondre à la dette de quelqu'un. Vous ne pouvez pas créer de l'or ex-nihilo », affirme Benjamin Louvet, gérant de portefeuilles matières premières chez OFI Asset management.

Pour ce professionnel, hors de question d'échanger ses quelques onces d'or achetées contre des bitcoins. « Je ne le conseille pas. Les crypto-monnaies vont finir pas être interdites ou sinon taxées par les Etats. Cela va finir très mal, même si entre temps, le bitcoin peut atteindre 100.000 euros. Ce n'est pas de l'investissement c'est du jeu. (...) Néanmoins, je pense que les crypto-monnaies d'Etat sont, elles, vouées à se développer. Ce sont les Etats qui ont le droit de battre monnaie. Ils ont la capacité de lever l'impôt ; c'est ce qui le rend solvables. »

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Made with Flourish

NB : Une once d'or équivaut à 0.031104 kilo d'or. L'once est l'unité utilisée pour la cotation des métaux précieux comme l'or, l'argent, le platine et le palladium. L'évolution du cours de l'or depuis le début de la crise du Covid montre la notion de valeur refuge de l'or.

Autre différence notable, la volatilité du bitcoin est bien plus importante que celle de l'or. Bien plus que la stabilité comme avec le cours de l'or, celui du bitcoin comporte une part de risque.

« Cette volatilité est liée au fait que la valorisation totale du bitcoin reste relativement faible. Plus la capitalisation du bitcoin sera importante, moins sa volatilité sera forte », estime Romain Saguy.

Néanmoins, le cours de la cryptomonnaie reste aujourd'hui encore fragile. Tout en étant adoubé par plus entreprises privées, il a en effet reculé ces derniers jours à la suite de critiques de la part de la secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen, et d'un message pessimiste d'Elon Musk.

La différence avec l'or ne fait pas non plus de doute pour l'ancien banquier central de la BCE Jean-Claude Trichet : « Ce n'est pas tout à fait pareil. Il y a une certaine régulation, il y a une consommation industrielle de l'or. Dans une perspective stratégique, dans le cadre d'une guerre mondiale, la liquidité suprême demeure l'or. C'est une bulle qui ressemble à celles des tulipes néerlandaises. C'est un peu désolant et c'est la marque d'une évolution mondiale très inquiétante », répondait-il à La Tribune.

Lire aussi : Jean-Claude Trichet : « La bulle des crypto-actifs ressemble à celle des tulipes néerlandaises »

Malgré cette chute et les critiques qui fusent de la part des administrations, le prix du bitcoin reste encore deux fois plus élevé qu'il y a deux mois, porté par l'intérêt de plus en plus marqué des investisseurs institutionnels.

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Commentaires
a écrit le 22/03/2021 à 15:18 :
dans 500 ans l or aura toujours de la valeur. Le bitcoin aura disparu (il n y aura plus de mineurs car tous les bitcoins auront ete attribué).
En plus contrairement a l or, le gros des bitcoins appartient a quelques personnes.
Le suel point positif du bitcoin, c est que ca permet de stocker l argent injecte par les banques centrales et qu il sera facile d annuler un jour car le bitcoin ne vaut ... rien, il est purement virtuel
Réponse de le 22/03/2021 à 22:57 :
Dans 500 ans on aura investi Mars et ses mines d'or, dans 500 ans il n'y aura toujours que 21.000.000 de Bitcoin. He oui il n'y a pas de bitcoin sur Mars.
a écrit le 22/03/2021 à 13:30 :
En lui-même l'or a peu d'intérêt sauf que c'est aussi un métal industriel mais qu'il en est perdu, donc les mines seront de moins en moins capables d'absorber la perte, on va redescendre à des pépites plus petites qu'un grain de sable avec de nouvelles technologie d'extraction.
Donc l'or va garder sa valeur et sans doute augmenter de 1% par an.

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