D'une ville à l'autre. Le Sommet Afrique-France initialement prévu à Bordeaux en 2020 puis 2021 se tiendra finalement dans une autre ville dirigée par une majorité de gauche et écologiste : Montpellier. Un manque à gagner certain pour le secteur girondin de l'évènementiel et de l'hôtellerie qui a déjà un genou à terre."Dans ce contexte morose, c'est une excellente nouvelle pour notre économie, en particulier le secteur de l'hôtellerie-restauration, et c'est un signal fort qui contribuera au rayonnement de Montpellier et à fonder des relations entre la France et le continent africain !"Michaël Delafosse, le maire de Montpellier à la tête d'une majorité PS-EELV-PCF, ne cache pas sa satisfaction après avoir ravi à Bordeaux l'accueil du Sommet Afrique-France en juillet 2021, comme l'a annoncé Emmanuel Macron au magazine Jeune Afrique.
Pourtant, ce devait être avec la Robocup l'un des évènements majeurs de l'été 2020 à Bordeaux : un sommet réunissant 500 exposants français et africains, une cinquantaine de chefs d'Etat et plus de 15.000 visiteurs sur 50.000 m2 d'espaces d'exposition. Mais la pandémie de Covid-19, qui a entraîné un report sine die de cet évènement XXL, puis le second tour des élections municipales, portant à la mairie une majorité de gauche menée par l'écologiste Pierre Hurmic, sont passés par là.
"Nous ne voulions pas reproduire ce qui se fait depuis 30 ans"
Les discussions entre le palais Rohan et le palais de l'Elysée, engagées l'été dernier, ont visiblement été compliquées et n'ont pas abouti malgré la venue à Bordeaux en septembre d'une représentante spéciale du chef de l'Etat pour évoquer le sujet avec la mairie et la Région.
"Nous avons été écouté par l'Elysée. Nous ne voulions pas d'un sommet de chefs d'Etat et nous voulions casser les vieux réseaux de la Françafrique, dont certains élus locaux se sont fait les champions", avance Pierre Hurmic, le maire EELV de Bordeaux. "Nous avons développé un partenariat avec Sciences Po Bordeaux et son Centre Afrique pour préparer le sommet que nous voulions à Bordeaux. Et c'était très bien. Nous voulions un sommet qui s'intéresse aux enjeux culturels, universitaires, à la résilience. Nous ne voulions absolument pas reproduire ce qui se fait depuis trente ans. Je rajouterais que certains élus locaux ont fait tout ce qu'ils ont pu pour faire échouer notre démarche !"
"Le maire n'a pas été à la hauteur"
Une version très différente de celle de Pierre de Gaétan Njikam, ancien adjoint au maire de Bordeaux désormais dans l'opposition qui était également co-président du comité national d'organisation du Sommet. "J'ai beaucoup de tristesse et de désolation pour les très nombreux acteurs et structures partenaires qui se sont mobilisés sur cet évènement depuis plusieurs mois (1). J"ai contribué à la passation avec la nouvelle majorité dès le mois de juillet et le format sans chefs d'Etat et avec plus de société civile a été proposé par l'Elysée dès le 9 septembre. Je regrette vraiment la posture idéologique de Pierre Hurmic et sa volonté de régler des comptes avec l'ancienne majorité en utilisant des sujets qui dépassent les désaccords politiques puisqu'Alain Rousset et Alain Anziani (présidents PS de la Région et de la Métropole -NDLR) étaient favorables au projet ! Le maire n'a pas été à la hauteur."
Pierre Cheminade avec Jean-Philippe Dejean et Cécile Chaigneau