Du bois pour se chauffer, pour construire des logements ou pour faire voler des avions ? L'accès à la ressource va être de plus en plus disputé entre tous ces secteurs. Si une hiérarchie des usages n'est pas établie, les territoires forestiers pourraient en être privés.Un arbre a deux vies. Dans la première, il est un bout de forêt. Dans l'autre, il devient bois. Mais pour quoi faire ? Bâtiment, isolant, combustible, carburant : avec la transition énergétique, les débouchés s'empilent. Depuis Limoges, à l'orée d'une des forêts feuillues parmi les plus denses de France, Cédric Bénesteau s'en inquiète. « Certains secteurs comme celui des carburants durables pourraient être prêts à payer plus cher le bois. Ce qui ne laisserait pas de ressource aux autres domaines pour accomplir la transition énergétique », calcule le coordinateur régional de Collectivités forestières en Nouvelle-Aquitaine.
Ce réseau national fédère quelque 6.000 collectivités à la tête d'un patrimoine forestier public ou accueillant des activités sylvicoles privées. Des territoires riches d'une biomasse de choix pour opérer la transition énergétique. Grâce au bois, elles peuvent pêle-mêle isoler leurs bâtiments publics, construire du logement bas carbone ou faire tourner des chaufferies. Si le marché ne les en empêche pas. « On va prioriser la ressource, avec des centaines de milliers de tonnes par an, pour faire voler des avions au-delà de la fin du pétrole, dénonce Cédric Bénesteau. En faisant ça, on risque de mettre l'industrie forestière par terre. On n'aura plus de scieries, plus de construction... »
La région forestière carbure
En dépit du partage nécessaire de la ressource, l'aéronautique s'est mise en marche pour bâtir sa chaîne de fabrication du si convoité carburant durable. Spécifiquement en Nouvelle-Aquitaine, où les unités de production pour l'aviation mais aussi pour l'automobile fleurissent dans la première région forestière d'Europe avec 2,8 millions d'hectares de forêts. À Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques, l'arrivée d'Elyse Energy est contestée par une quarantaine d'associations. L'entreprise veut capter 300.000 tonnes de bois par an pour produire du bio-kérosène. Mais promet d'être attentive : « L'utilisation de biomasse forestière (même limitée en proportion) et d'eau font l'objet d'une forte vigilance », écrit-elle.