Grand emprunt : de la difficulté de concilier "excellence" internationale et visibilité des territoires

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Les appels à projet du grand emprunt, qui ont fait le choix de récompenser l'excellence de l'enseignement supérieur et de la recherche, posent la question de la place des territoires. Ceux-ci doivent tirer parti de niches.

Y a-t-il une vie en dehors de l'excellence ? C'est l'une des principales questions que posent les investissements d'avenir : quel avenir pour les laboratoires et les universités non sélectionnés ? Le choix de l'excellence peut-il bénéficier à l'ensemble des territoires ? Depuis des mois déjà, les critiques s'élèvent contre le risque de voir se créer des déserts universitaires. Les publications de résultats d'appels à projet qui se succèdent depuis janvier les ont conforté. A maintes reprises, le président de la conférence des présidents d'université (CPU), Louis Vogel, a pointé le manque des premiers laboratoires d'excellence (cent "labex" sélectionnés pour la première vague), d'équipements d'excellence (52 lauréats), d'initiatives d'excellence (sept présélectionnées) et autres instituts hospitalo-universitaires (six choisis) dans l'Ouest et le Nord de la France. Les laboratoires et les universités moyennes de province en viennent à s'inquiéter pour leur avenir à long terme...

Ambiguïté

"C'est toute l'ambiguïté du grand emprunt : il visait à lancer une nouvelle dynamique et non à photographier les forces existantes. Or les jurys ont finalement fait confiance à ce qui existait", déplore Yves Lecointe, le président de l'université de Nantes, rappelant que son établissement n'a que cinquante ans. "Nous sommes pluridisciplinaire et sur un territoire peu visible : difficile de pointer un domaine d'excellence. Notre stratégie consiste à nous allier avec des universités parisiennes et à investir dans des niches. La condition nécessaire à notre insertion locale est notre excellence, qui accroît fortement la notoriété de nos diplômes pour nos étudiants du 93", explique Jean-Loup Salzmann, président de Paris 13 qui participe à sept "labex" lauréats

Potentiel territorial

Ces critiques, le commissaire général à l'investissement (CGI), René Ricol, les balaye : "attendons donc d'avoir une carte complète ! Nous avons décidé de procéder aux sélections par vagues. Nous avons aussi demandé aux préfets de région de nous informer de toutes les initiatives locales porteuses d'avenir. Nous ferons le point à l'issue de la première vague, fin juin début juillet. Nous disposerons alors d'une bonne photographie générale et procèderons le cas échéant à des ajustement." (La Tribune du 15 avril 2011). Mais son objectif reste bien l'excellence, et non l'aménagement du territoire. Cela dit, certains appels à projets telles les sociétés d'accélération du transfert de technologie (SATT) où le maillage territorial est privilégier pour soutenir "le potentiel territorial de toutes les régions".

Nantes compte par exemple sur son institut de recherche technologique (IRT) pour stimuler son territoire. "Cela répond à un enjeu industriel important mais je ne voudrais pas que l'université, qui est pluridisciplinaire et qui dispose de bon laboratoire de recherche fondamentale, soit cataloguée technologique", nuance Yves Lecointe.

Là est toute la difficulté pour les territoires : préserver pour ceux qui le souhaite la pluridisciplinarité de leurs université tout en investissant des niches d'excellence via le transfert technologique, les pôles de compétitivité voire les IRT. En recevant les présidents d'université au début du mois, le chef de l'Etat leur a réaffirmé que "l'excellence est partout" et qu'il convenait de combiner les pôles à visibilité internationales avec les autres, plus modestes. 

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25 mai 2011 : 11h30-13h. Grand débat : Investissements d'avenir : le "choix de l'excellence" peut-il dynamiser l'ensemble de l'enseignement supérieur, de la recherche et des territoires ? Rencontres Universités Entreprises (RUE), 25 et 26 mai, CNIT Paris La Défense, www.rue2011.com

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