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Devenir directeur général : la tendance est aux parcours opérationnels

Sophie Girardeau - Monster pour La Tribune

Publié le 13 octobre 2014 à 12:53 - Mis à jour le 03 février 2015 à 14:23

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De nombreuses sociétés offrent aujourd’hui des parcours opérationnels généralistes qui préparent mieux à la direction générale que les métiers fonctionnels et spécialisés, et ce, tous secteurs confondus.

« En ce moment, le cursus opérationnel - patron de pays, patron de BU (ndlr : business unit), responsable d'une ligne, directeur de zone, responsable de marché - est devenu un meilleur tremplin que les profils fonctionnels tels que DAF, directeur marketing ou directeur d'usine », observe Thierry Grimaux, associé chez Valtus. La tendance est valable pour l'ensemble des secteurs mais la nuance est de mise selon le type d'entreprise.

Christophe Dulhoste, principal associate chez Hays Executive, vient par exemple de recruter pour un acteur du contrôle technique, le directeur général (DG) de sa plus grosse entité. Il précise : « Le profil choisi est celui d'un ingénieur ayant un parcours très opérationnel, ayant évolué vers le management d'équipe et la direction régionale. De même dans l'agro alimentaire, un profil ingénieur ayant eu notamment un parcours en production a été retenu. »

« Plus il y a de process, plus la société est structurée, moins la provenance du candidat a de l'importance »

En France, les diplômes des écoles de rang A jouent toujours un rôle prépondérant dans les groupes du CAC 40. Mais les ingénieurs ne sont plus les seuls à atteindre le Graal de la direction générale. « Depuis les années 90, la tendance s'est largement atténuée. Actuellement, il y a plus d'HEC et d'ESSEC à la tête du CAC 40 et du SBF 120, chose inimaginable dans les années 80 », poursuit Thierry Grimaux. « Plus il y a de process, plus la société est structurée, moins la provenance du candidat a de l'importance. L'entreprise positionne dans ce cas le DG à un endroit où les process sont déjà en place et il les applique, il intervient au niveau de la politique interne », note pour sa part Laurent Hürstel, directeur associé chez Robert Walters. En PME, on privilégie en revanche le secteur d'activité et la capacité à développer. Le directeur général est donc plus une personne qui vient du commerce ou du marketing car les PME ont besoin de croître.

Le commercial, voie royale dans un contexte nord-américain

L'expérience commerciale est « fondamentale » pour Vincent Belliveau, DG EMEA chez CornerStone OnDemand, il constate qu'une très grande majorité de DG ont eu des postes dans cette fonction. Son parcours est cependant international, dans un environnement anglo-saxon qui valorise fortement le talent commercial. En France, « la voie commerciale n'est pas celle à laquelle on fait le plus confiance », tempère dans un euphémisme Christophe Dulhoste. Ou bien on envisage le commercial au sens large.
« Vendre ne concerne pas que les commerciaux, le marketing est aussi un bon passage à condition de ne pas encore y être à 40 ans », remarque Thierry Grimaux.

« On a pris conscience qu'avant de piloter financièrement, il faut faire venir le business »

Depuis quatre, cinq ans, depuis le renversement du marché, on voit des directeurs généraux plus commerciaux, un peu marketeurs et aussi ingénieurs. « On a pris conscience qu'avant de piloter financièrement, il faut faire venir le business. Dans un contexte de faible reprise, il y a une course à la différenciation par la technologie et donc un besoin de personnes qui sont dans l'innovation et/ou la technologie, d'où plus d'ingénieurs à ce poste », explique Christophe Dulhoste. Des cursus plus axés sur le commerce pur et l'entrepreneuriat créés dans les écoles d'ingénieurs témoignent d'ailleurs de l'ouverture à cette réalité. La France reste marquée par la filière finance et le prestige du diplôme, oui, mais "le DAF devient DG quand ça ne va pas, pour réaliser des économies, et il ne reste pas longtemps à ce poste", note Thierry Grimaux.

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Savoir prendre le risque d'expériences diverses

Il n'y a plus aujourd'hui de chemin prédéterminé pour devenir directeur général, les parcours sont beaucoup plus variés. « J'encourage toute personne à développer des expériences diverses », souligne Vincent Belliveau. Lui-même a débuté dans le conseil chez McKinsey au Canada, qu'il a quitté pour une startup aux États-Unis, pour ensuite déménager afin d'installer l'Europe. Il a vécu l'expérience du rachat de cette startup, Trigo Technologies, par IBM. « Ceux qui avaient investi dans Trigo ont ensuite investi dans CornerStone, ils me connaissaient et m'ont recommandé », raconte-t-il. Le conseil stratégique ou en organisation, l'audit en début de carrière peuvent donc aussi être de bons tremplins car ils offrent l'opportunité de voir plusieurs industries et leurs enjeux stratégiques. L'expérience internationale permet quant à elle de s'affranchir de certains modèles et modes de réflexion. « Elle rend plus ouvert, on comprend mieux les autres cultures, on est en mesure de maximiser la contribution de chacun », ajoute-t-il.

« Une course d'obstacles qu'il faut démarrer tôt »

On est d'habitude rarement embauché en externe pour devenir directeur général. « Un groupe ne va pas chercher un DAF par exemple pour en faire un DG, il cherche quelqu'un qui l'est déjà. Donc, quand on n'a pas encore atteint ce niveau de responsabilité, le meilleur moyen d'atteindre la direction générale est de rester dans son entreprise », explique Laurent Hürstel. Si l'on est directeur général, c'est qu'on a été choisi. « Le devenir est une course d'obstacles, il faut la commencer plus tôt que les autres pour se donner les chances d'y arriver. Si à 40 ans dans un groupe on n'a pas été testé en tant que DG d'une entité, les chances sont faibles. Dans une PME ou une ETI, on a de la marge jusqu'à 50 ans », indique Thierry Grimaux. Un des meilleurs moyens est de choisir une locomotive et de la suivre, un mentor, un N+2 ou un N+3 qui emmène et conseille. « Cela fonctionne dans plein d'environnements, à partir d'entreprises de plus de 500 personnes. C'est nécessaire dans une structure où l'on est plusieurs en concurrence. Et ce n'est pas de la politique, c'est du marketing de soi interne, du réseau », complète-t-il.

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Enfin, depuis 10 ans, le vivier du nombre de personnes qui ont le titre de DG a augmenté. Cela peut fausser la perception de la mission ou de l'envergure du poste. « On voit notamment des expériences courtes dans la fonction car le marché s'est cassé, et des profils très jeunes avec l'avènement des startups web », pointe Laurent Hürstel. Ce qui rappelle non seulement qu'une autre façon de devenir DG est de créer sa propre entreprise, mais aussi que personne ne parvient à cette position sans résultats, que l'objectif du DG est de créer de la valeur. « Il faut travailler à 100% sur ses résultats et après, travailler son réseau et sa visibilité », conclut Vincent Belliveau.

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Sophie Girardeau - Monster pour La Tribune

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