L’e-santé : le numérique sur ordonnance
Sophie Girardeau - Monster pour La Tribune
Sophie Girardeau - Monster pour La Tribune
Le 27 janvier 2016, un patient éveillé, plongé dans une réalité virtuelle grâce à des lunettes 3D, était opéré d'une tumeur cérébrale au CHU d'Angers dans le cadre du projet de recherche CERVO (Chirurgie Éveillée sous Réalité Virtuelle dans le bloc Opératoire). Le test de champ visuel qui a pu être intégré dans le bloc opératoire a été développé au sein de l'Ecole d'ingénieurs en sciences et technologies du numérique ESIEA. Il a permis au chirurgien de « questionner le patient en temps réel par rapport aux neurones qu'il stimulait », explique Évelyne Klinger, directrice du laboratoire « Interactions Numériques Santé Handicap » et de la mineure Numérique et Santé de l'école.
Développer un tel outil est du ressort de la compétence de l'informaticien. Les étudiants de l'ESIEA qui s'orientent vers le vaste champ de la e-santé apprennent à comprendre comment les technologies du numérique peuvent aider les personnes ayant des déficiences à récupérer des capacités. Ils travaillent sur des projets qui aident les patients à acquérir de l'autonomie et les thérapeutes à soigner. « D'autres écoles d'informatique s'engagent dans cette voie du médical, se spécialisant dans le traitement de l'image, ou encore du signal », poursuit notre interlocutrice.
La collaboration entre les univers informatique et médical n'est pas récente. La tendance actuelle est aux objets connectés « qui permettent au patient, depuis son domicile, d'être alerté, diagnostiqué, d'être en contact avec le médecin ou l'hôpital, d'avoir accès à des banques de données, et au soignant, de mieux le diagnostiquer et le soigner, de mieux le renseigner, de mieux le suivre », précise Emmanuel Stanislas, fondateur du cabinet de recrutement Clémentine, spécialiste des profils des secteurs du digital et de l'IT.
On est sur un marché naissant où des équipes pluridisciplinaires travaillent sur des projets de R&D, des prototypes. Il faudra attendre un ou deux ans pour des recrutements plus soutenus mais d'ores et déjà, les informaticiens doivent savoir que c'est un champ prometteur, à plusieurs titres.
Les professionnels expérimentés du digital ne savent pas assez que leur expertise est recherchée par les startups de l'écosystème e-santé. « Elles manquent d'experts du digital capables de travailler de façon très autonome dans des environnements pluridisciplinaires (médecine, marketing, digital...) », souligne notre interlocuteur. Venant de domaines très différents - software, hardware, sécurité, Internet, données... - ils doivent avoir au moins quatre ans d'expérience sur un sujet précis, comme le cryptage d'informations ultra sensibles ou la sécurisation des données. De plus, « l'univers médical est extrêmement réglementé, travailler sur du développement logiciel par exemple demande de coder avec la plus grande précision, cela tire la qualité vers le haut », ajoute-t-il.
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L'éthique est une autre contrainte avec laquelle composer car on ne conçoit pas une application de santé de la même façon qu'une application de e-commerce. L'informaticien travaille à la conception d'outils qui améliorent le quotidien de malades ou de soignants, ou qui sauvent des vies : rien d'anodin. Les profils qui ont besoin de sens au travail en trouveront dans ce domaine.
Il peut s'agir de conception d'outils mobiles pour du diagnostic, pour des acteurs tels qu'Avalun et son concept LabPad de labo dans la poche, ou Mensia Technologies, startup qui développe des dispositifs médicaux non-invasifs pour le soin personnalisé à domicile du système nerveux central. Les structures de ce marché naissant sont implantées près des centres universitaires et de recherche, notamment à Rennes, Grenoble et en Île-de-France.
« Quand il choisit cette voie, l'étudiant reçoit toute une information sur les aspects sensoriels, cognitifs et comportementaux du fonctionnement humain. L'humain est aussi un système, il intéresse les informaticiens - les algorithmes bio inspirés en sont une illustration », poursuit Évelyne Klinger.
Parmi les élèves de l'ESIEA qui choisissent l'option Santé, il y a des recalés de première année de Médecine. Les journées portes ouvertes de l'école les ont aidés à transformer leur échec en nouvelle motivation, leur ont permis de réaliser qu'ils pouvaient travailler en lien avec leur passion initiale grâce aux métiers de l'informatique. Il y a aussi des étudiants qui s'intéressent plus aux usages qu'à la performance des logiciels. Répondre à un besoin est leur motivation première et les associations d'élèves au sein de l'école leur donnent l'opportunité de la satisfaire. Celle dédiée à la robotique par exemple peut être sollicitée directement par une personne handicapée pour résoudre un problème qu'elle lui soumet.
L'étudiant doit s'ouvrir à la conception participative, comme l'informaticien qui doit travailler avec des thérapeutes. « Un des enjeux pour l'informaticien est d'être capable de s'intégrer dans des environnements pluridisciplinaires, les projets mobilisent des compétences très diverses, c'est une richesse et une exigence en termes d'adaptabilité », conclut Emmanuel Stanislas.
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