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Patron, un vrai métier !

Sophie Péters

Publié le 18 mars 2011 à 18:21

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Bavure chez Renault, erreur de management chez France Telecom,... De plus en plus de dirigeants d'entreprise oublient leurs fondamentaux : autorité, légitimité, éthique...

«Restaurer l'image de Renault et la confiance dans l'entreprise et ses dirigeants. » Voilà l'une des mesures présentées par Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan, en début de semaine au conseil d'administration extraordinaire convoqué à sa demande. Mais le fait de renoncer, avec son numéro deux Patrick Pélata et l'ensemble des cadres dirigeants, à la part variable de leur rémunération pour l'année 2010 et à leurs stock-options pour 2011 suffira-t-il à redonner la confiance ? À rassurer des salariés déboussolés par cette escroquerie et touchés au coeur par l'immense bourde de leurs dirigeants ? Une farce qui met en lumière des comportements patronaux inadaptés. Tout comme « la mode des suicides » lâchée par Didier Lombard en pleine conférence de presse lors des événements dramatiques chez France Télécom. À croire que, à l'instar des leaders des pays arabes, certains ont perdu le sens des réalités.

Pourquoi les patrons ne peuvent plus échapper à l'extension du principe démocratique

« Ils n'ont malheureusement plus qu'une volonté, servir leurs actionnaires. Leur sens de l'humain ne s'exerce plus qu'auprès de leur famille. Et encore. Ils sont désormais clivés, voire satellisés sur une autre planète, celle des affaires, bien loin de leurs équipes », relève Emmanuel Toniutti, conseil de dirigeants et patron d'Ethics Consulting Group. Ce docteur en philosophie voit dans la révolte des pays les plus pauvres une onde de choc qui renforce la crise des élites. « Probablement, de plus en plus, des voix se feront entendre qui dénonceront les écarts, au risque de créer de nouvelles crises insoupçonnables et insoupçonnées. Car au fond, celui qui aujourd'hui en Europe gagne entre 1.200 euros et 1.500 euros par mois, a-t-il encore quelque chose à perdre ? Ne lui reste-t-il plus qu'à se révolter pour donner un nouveau sens à sa vie ? » lâche-t-il. Chaque crise successive tend à révéler combien « le roi est nu ». Partout. Les entreprises ne peuvent plus encore très longtemps échapper à l'extension du principe démocratique dont certaines se croyaient jusqu'à présent exemptées.

"Ne pas se fier à sa cour et son service de communication"

Le métier de patron doit renouer avec les fondamentaux. Ses trois piliers sont connus : autorité, légitimité, éthique. « Mais l'autorité ne peut plus se réclamer aussi aisément de l'héritage ou de l'expérience, ni la légitimité se fonder sur les compétences. Elles se trouvent sans cesse questionnées par les différents interlocuteurs du dirigeant », constate Catherine Blondel, coach de dirigeants. Et de rappeler que Lacan liait précisément autorité et autorisation. « Les dirigeants doivent faire l'expérience de ce qu'ils ont justement à s'autoriser à agir, sans les artefacts d'antan, étant entendu qu'ils devront, plus que d'autres, répondre de leurs actes. La capacité à faire référence et à s'autoriser à dire et/ou à faire, sans beaucoup de garanties, fera la différence. » Mais aussi le fait de cultiver une certaine indépendance vis-à-vis du métier, ne pas se fier à sa cour et son service de communication, et se méfier de la complaisance à soi.

Le pouvoir peut tordre les meilleurs esprits

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On minimise trop souvent la capacité de nuisance considérable de l'orgueil. On croit être arrivé là par ses seuls mérites, on est fils de ses oeuvres et parfois de ses intrigues et on finit par s'aimer, vanter ses défauts, être odieux aux autres. La flatterie douce est la pire des corruptions du patron et le pouvoir peut tordre les meilleurs esprits. Résister suppose quelque lucidité et une certaine habitude de l'examen de conscience. Devenir dirigeant, et le rester, impose alors de travailler son ego et d'apprendre l'humilité. Bannir l'orgueil pour ne garder que la fierté. Au risque, sinon, de se voir un jour asséner un « dégage » ou de devoir répondre à l'apostrophe de la jeunesse d'aujourd'hui : « T'es qui toi pour m'parler comme ça ? »

Sophie Péters

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