La hausse du pétrole et des matières premières fragilise l'industrie

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Convalescent, le secteur manufacturier doit faire face à une pénurie de matières premières et à l'envolée des cours.

Interrompue par la « crise des subprimes » à la fin de l'été 2008, la tendance haussière des cours des matières premières reprend son cours, fragilisant une industrie tricolore qui n'en finit pas de panser ses plaies. Une tendance qui s'explique en grande partie par la forte demande des émergents. Dans ce contexte, comment les entreprises assurent-elles leurs approvisionnements ? « comme les entreprises les plus fragiles n'ont plus les moyens de financer des stocks, faute de trésorerie, elles ont deux options : soit elles acceptent de payer le prix fort, soit elles patientent de plus en plus longtemps avant d'être livrées. Dans l'électronique, les délais sont passés de 10 à 48 semaines. Dans le textile, faute de coton, il faut compter 3 à 5 mois pour être livrés, contre 2 auparavant », déplore Frédéric Grivot, président de l'Union nationale des petites et moyennes industries (UNPMI).

Côté coûts, tout dépend de la taille des entreprises et donc de leur capacité à répercuter les hausses dans leurs prix de vente. Dans la sidérurgie par exemple, les géants du secteur ont imposé en 2010 un mode de fixation des prix trimestriel basé sur l'évolution des prix spots asiatiques en lieu et place les négociations annuelles en pratique jusqu'ici. Dans le transport routier et le secteur aérien, les prestataires ne se privent pas d'ajouter une ligne sur la facture adressée à leurs clients, ligne qui prend en compte la surfacturation liée au renchérissement de l'énergie.

En revanche, celles qui n'ont ni les moyens d'« encaisser » ni de répercuter cette hausse des prix, risquent de voir leur chiffre d'affaires reculer. C'est le cas dans l'électronique qui subit notamment la hausse du cuivre. Même chose dans le textile qui subit un « doublement du prix du coton, un bond de 50 % de la soie, de 16 % de la laine, de 30 à 35 % des fibres issues de la chimie », observe François-Marie Grau, secrétaire général de la Fédération du prêt-à-porter féminin.

Ce scénario n'est pas inédit. Au premier semestre 2008, les entreprises avaient déjà dû faire face à une montée en flèche des cours des matières premières. « Mais à cette époque, les entreprises n'avaient pas encore connu le plus gros choc d'offre observé depuis 1945. La plupart d'entre elles avaient pu rogner sur leurs marges. Ce fut le cas des cimentiers qui ont divisé par trois des marges dont les niveaux étaient très élevés », explique Karine Berger chez Euler Hermes Sfac. « Aujourd'hui, elles n'ont plus les moyens de faire le même sacrifice, sacrifice qui se traduit ensuite par une stagnation des salaires, une suppression des embauches et un arrêt des investissements. »

Cette tendance haussière est sans doute durable et pourrait pousser les industriels à repenser leurs processus de production. Hervé Liévore, chez Axa IM, en est convaincu. « Si un répit peut être espéré au second semestre sur le front de l'inflation par les coûts, il ne saurait être que provisoire et ne doit pas masquer deux autres facteurs clés pour l'évolution de l'inflation : la non-coordination des politiques monétaires et l'inconnue que représente l'évolution des coûts salariaux en Chine ». En attendant la mise en place d'une régulation internationale sur les marchés de ces matières de base que Pierre Gattaz, le président du Groupement des fédérations industrielles (GFI) appelle de ses voeux, l'augmentation des prix de production peut-elle se diffuser aux prix à la consommation ? « Compte tenu des faibles marges des entreprises, le risque est élevé », estime Karine Berge chez Euler Hermes Sfac, qui dans un calcul récent estimait à 0,4 point de PIB le repli de la consommation annuelle si le brut atteignait 110 dollars. Étant donné qu'il s'élève aujourd'hui à 120 dollars, la capacité de la consommation à soutenir la croissance est remise en cause. Et l'avenir de l'industrie toujours plus fragilisé.

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