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Conjoncture - La Tribune Bordeaux

Gestion d’actifs, Champeil scrute les taux et l’inflation

Photo de Jean-Philippe Déjean

Jean-Philippe Déjean

Publié le 13 décembre 2016 à 12:31 - Mis à jour le 13 décembre 2016 à 13:44

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Axel Champeil, PDG de Champeil Asset Management (CAM), à Bordeaux, revient sur les effets de l’aléa politique en s’intéressant à Donald Trump, dont l’élection est presque tombée en même temps qu’une décision historique des producteurs de pétrole.

Dans sa dernière livraison de la "Lettre des gérants", datée de décembre 2016, Axel Champeil souligne tout d'abord la grande stabilité des marchés face à ce que l'on pourrait appeler la première vague des aléas politiques de fin 2016 : l'élection de Donald Trump à la présidence de la république des Etats-Unis. La volonté du nouveau président de jouer la carte protectionniste, en combinant notamment grands travaux et remontée drastique des taxes d'importation sur les produits chinois, n'a pas plongé les marchés dans la panique. Axel Champeil décrit à ce propos des opérateurs qui, face à un contexte électoral américain imprévu, ont "davantage fait preuve d'attentisme que de prudence".

Et puis, après que Donald Trump ait levé un coin du voile sur son programme économique, "s'en est suivie une très importante reprise des marchés actions américains, venant dépasser ses records historiques (S&P 500 au-delà des 2.000 points), emportant les autres places mondiales dans son sillage. Les flux se sont dirigés vers les valeurs industrielles et cycliques dans l'anticipation d'une politiques d'expansion budgétaire", décode le PDG de CAM.

Trump a fait grimper les taux

Les intentions économiques distillées pendant sa campagne par le futur président des Etats-Unis, annonciatrices de déficit budgétaire, ne sont pas passées inaperçues en particulier sur le marché des obligations souligne la "Lettre des gérants". Un phénomène américain qui a frappé l'ensemble des marchés mondiaux. Aux Etats-Unis le taux d'emprunt souverain à 10 ans, qui était de 1,803 % le 8 novembre (contre 1,347 % le 7 juillet), grimpait à 2,158 % le 11 novembre pour atteindre 2,477 % le 9 décembre, au ras de la barre des 2,5 %. La France n'a pas échappé non plus à cet impact politique américain puisque le rendement des obligations assimilables du trésor (OAT) à 10 ans, qui était de 0,083 % le 7 juillet, est passé de 0,366 % le 8 novembre à 0,624 % le 11 novembre puis 0,806 % le 9 décembre dernier, se rapprochant inexorablement de la barre de 1 %. Pour Axel Champeil ce mouvement est le catalyseur "d'une remontée de taux tant attendue, sur fond de hausse de l'inflation, qui pourrait faciliter la normalisation monétaire de la Fed (banque centrale des Etats-Unis, Ndlr)".

Inflation et taux d'intérêts, deux facteurs clé

Parallèlement à cet effet américain, Axel Champeil souligne l'impact probablement marquant de la décision prise par les pays de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) de réduire leur production, conclue à Vienne le 30 novembre. D'autant que cet accord, destiné à soutenir le prix du baril, a été élargi le 10 décembre à d'autres pays producteurs non membres du cartel, comme la Russie. Le patron de CAM souligne que l'Opep n'avait pas pris de décision pareille depuis 2008 et que cette remontée du prix de l'énergie "permet de relancer les perspectives d'inflation, notamment en Europe".

L'évolution des taux d'intérêt à long terme et celle de l'inflation sont ainsi les deux indicateurs clés que va suivre Axel Champeil. Des points devenus structurels "compte tenu du poids des dettes publiques et privées et du marché obligataire. Notre prudence vis-à-vis de cette classe d'actifs est donc toujours de mise", indique-t-il. CAM, qui fait des marchés actions le fer de lance de son activité, se montre un tant soi peu circonspect. Les marchés actions ont atteint leur plus haut de l'année relève le gestionnaire et "les valeurs défensives et de croissance (historiquement chères) connaissent un réajustement de leur valeur et représentent pour certaines des opportunités d'investissement".

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Ne pas hésiter à miser sur l'or

Pas question donc de se ruer aveuglément sur les actions. Par contre Axel Champeil ne cache plus son attrait pour l'or. Ce sont paradoxalement les perspectives économiques positives dessinées par l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), alors que l'or est par excellence la valeur refuge en cas de coup dur, qui ont convaincu le PDG de CAM. Car ces perspectives bien orientées ont notamment infléchi le cours de l'or à la baisse.

"L'or a significativement corrigé et les cours sont proches, selon nous, de points d'entrée intéressants, dans le contexte actuel et à venir (risque politique et instabilité monétaire)", corrige à son tour Axel Champeil pas si confiant que ça sur la bonne tenue des fondamentaux. Dans une précédente de ses Lettres, au chapitre des risques politiques, le PDG de CAM avait cité l'Italie. L'échec du référendum lancé par le président du Conseil, Matteo Renzi, et l'énorme risque de crise politique enclenché par sa démission ont remis au premier plan la fragilité du système bancaire italien, qui totalise 360 Md€ de créances douteuses.

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Avec dans le peloton de tête de ce palmarès de l'épouvante la Monte dei Paschi di Siena, la plus vieille banque du monde, fondée en 1472, qui doit se purger de 9 Md€ de créances douteuses et se recapitaliser dans les plus brefs délais à hauteur de 5 Md€. Le Qatar vient d'accepter d'injecter 1 Md€ dans cette vieille banque mais le dossier n'est pas clos. De son côté le groupe Crédit agricole, agissant par le biais de sa filiale italienne Amundi, a pris le parti de consacrer 3,5 Md€ au rachat du gestionnaire d'actifs de la banque UniCrédit. Si tout n'est pas perdu, la situation est tendue.

Jean-Philippe Déjean

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