LA TRIBUNE - Le CAC40 a atteint un plus haut en février 2020 autour de 6.100 points. Peut-on considérer que tout allait bien sur le plan boursier juste avant le confinement du 17 mars ?
ARNAUD RAIMON - Tout allait bien... en apparence. Car, en réalité, déjà à ce moment là et depuis plusieurs années, il y a un indice boursier mais il y a deux bourses : celle des valeurs des secteurs en croissance et celles des valeurs des secteurs en stagnation. Et l'évolution de ces deux catégories n'a strictement rien à voir aujourd'hui mais déjà depuis dix ans. Ces deux univers de valeurs totalement déconnectés l'un de l'autre se retrouvent au sein du CAC 40 mais aussi de la bourse en général.
Dans les valeurs de croissance, on a les entreprises liés à la technologie, aux cosmétiques, au luxe, à une partie de la santé comme les équipementiers et la biotechnologie. On parle par exemple de l'Oréal, Air Liquide, LVMH, Kering et, jusqu'au Covid, Airbus, Dassault et Safran. Dans les valeurs en stagnation, on peut citer la banque, l'assurance, les matériaux de construction, la gestion de l'eau, le pétrole, l'électricité, les big pharma, etc. C'est-à-dire, par exemple, BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole, Saint-Gobain, Axa, Veolia, Sanofi, Total, Engie, etc. Sur les dix dernières années, les valeurs de croissance ont fait gagner à peu près quatre fois la mise, dividendes inclus, aux investisseurs tandis que, dans le même temps, les valeurs de stagnation ont fait à peine zéro voire à peine plus que zéro ! Les rentabilités sont donc strictement déconnectées !
SÉBASTIEN HÉNIN : Cette dissociation n'est pas nouvelle mais ce qui apparaît aujourd'hui encore plus nettement c'est l'écart entre ces deux univers qui n'a jamais été aussi élevé depuis près de vingt ans.
Justement, le CAC 40 a réagit au Covid-19 et au confinement par un effondrement de sa valeur de près de 40 % en un mois. Comment l'indice se porte-t-il depuis cette chute ?