Monde de rupture et c'est tant mieux
Laurence Jaillard
Laurence Jaillard
« Le changement est déjà là, sous nos pieds mais nous manquons de repères pour nous y adapter. C'est comme si un pilote plongeait à la limite du décrochage avec les pieds déjà vers l'avant mais le cerveau encore en arrière », illustre Jean-Marie Cavada, député européen et président du mouvement
Jean-Marie Cavada, député européen (Crédits : Laurent Cerino)
Le paléoanthropologue Pascal Picq renchérit : « nous ne vivons pas une crise mais un changement de paradigme. Nous quittons un monde, un autre est à construire, c'est excitant ». Sous l'effet de la mondialisation et surtout de l'omnipotence des outils numériques à tous les étages de la vie économique, financière, politique, éducative... nos vieux modèles, (en particulier celui des Trente Glorieuses) nos certitudes craquent de toutes parts.
Selon Jean-Marie Cavada, c'est comme si des plaques tectoniques bousculaient avec force la France, l'Europe disloquant des sociétés pas encore prêtes au changement. A travers le regard forcément plus large du paléoanthropologue, nous vivons une de ces phases de ponctuation qui marquent périodiquement (sur quelques millions d'années tout de même) l'évolution. On comprend que la période soit rude à vivre d'autant que Pascal Picq précise :
Pascal Picq, paléoanthropologue (Crédits: Laurent Cerino)
Soit, nous allons vers un monde nouveau mais quel sera-t-il ? Pas de réponse encore, ce qui peut sembler vertigineux. Ou enthousiasmant car finalement défi est lancé à tous de construire, en avançant. « Nous ne savons pas où nous allons mais nous avons intérêt à partir parmi les premiers pour participer à l'élaboration de ce monde nouveau ». Et Pascal Picq de prôner l'adaptabilité, particulièrement dans les univers économiques, éducatifs : « il faut se former tout le temps, réapprendre à apprendre tout le temps, c'est cela l'adaptabilité ».
Pour Bernard Belletante, exit le savoir fixé une fois pour toutes, le professeur plein de certitudes et d'autorité :
Bernard Belletante, directeur de l'EMLYON (Crédits : Laurent Cerino)
Quel système nous permettra de vivre dans ce monde nouveau ? Jean-Marie Cavada fustige le jacobinisme français, plaide aussi pour l'apprentissage des édiles politiques :
La rupture d'évidence est avérée : on dit que 40% des métiers actuels seront bouleversés par des automates ; des gouvernements s'écroulent sous les coups de masses populaires et d'opinions publiques mobilisées sur les réseaux sociaux... il y a urgence, et d'ailleurs pas le choix, à s'inscrire dans ces changements.
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Pourtant la France rechigne : « 35 % des étudiants de cette Ecole partent hors de France pour leur premier emploi, dont 60% vers l'Asie », informait Bernard Belletante. Jean-Marie Cavada nuance : « pour eux, ils ne quittent pas la France, ils vont ailleurs... ». Pascal Picq se dit optimiste, il note l'appétence et l'agilité de la génération Y pour le travail en mode projet, pour les fonctionnements collaboratifs, collectifs, solidaires... toutes pratiques précieuses pour l'avenir, « grâce aux outils numériques, ils savent très bien faire ». Et il attend avec impatience les « exploits » de la génération Z.
Laurence Jaillard
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