À la défiance croissante vis-à-vis du politique s'est aujourd'hui substitué, de la part des citoyens, un triple sentiment « de haine, de rejet, de dégoût », constate, grave, Pascal Perrineau, politologue, professeur de Sciences politiques à Sciences Po Paris. Avec Denis Muzet, sociologue, président de l'Institut Médiascopie, et Jean-Paul Delevoye, président du Conseil économique, social et environnemental, il était l'invité du cycle de conférences « Tout un programme » proposé par Acteurs de l'Économie-La Tribune. Ensemble, ils ont tenté de dessiner les contours d'une réinvention du politique au cours d'un débat animé par Renaud Payre, professeur de sciences politiques à Sciences Po Lyon. Cette haine du politique conduit l'électeur à adopter deux comportements opposés, poursuit Pascal Perrineau.
Pascal Perrineau, professeur de Sciences politiques à Sciences Po Paris. Crédits : Laurent Cerino/ADE.
« Quand un peuple ne croit plus en rien, il est prêt à croire à tout », souligne de son côté Jean-Paul Delevoye. L'ancien médiateur de la République refuse de croire que notre société et notre économie sont en crise. « Nous sommes confrontés à une mutation socio-économique et il faut admettre que l'offre politique ne répond pas aux besoins des citoyens. » Et de pointer la non-représentativité de nos élus. « Où sont les représentants des chefs d'entreprise et des créateurs de richesses ? Où sont les représentants des précaires et des chômeurs ? », s'interroge-t-il. Pour lui, il s'agit de mettre un terme au « cinéma politique », dont le seul dessein est de remporter une élection. « Il faut sortir définitivement de la démocratie des émotions pour enfin entrer dans la démocratie des convictions. » Sans vision politique, pas de projet politique. Et sans projet politique, pas de mobilisation.
Jean-Paul Delevoye, président du Conseil économique, social et environnemental. Crédits : Laurent Cerino/ADE
Ce défaut, ce manque, cette absence de mobilisation conduit les citoyens à rejeter le système en bloc, sans nuance, abonde Denis Muzet. « Le rejet du politique s'accompagne d'un rejet de la finance, des syndicats et des médias. » Les médias ont d'ailleurs une part de responsabilité dans le dégoût que suscite le politique. « Si l'on consomme de l'information en permanence, nous sommes bien incapables de vraiment comprendre et appréhender notre monde. En effet, les médias mettent en scène l'instant bien plus qu'ils nous informent, déplore Denis Muzet. Ils nous enferment dans un présentéisme sur lequel les politiques ont indexé leur discours et leur action. » Avec pour effet d'ouvrir un horizon d'inquiétudes et d'insatisfaction.
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Denis Muzet, sociologue. Crédits : Laurent Cerino/ADE.
Pourtant, se réjouit Denis Muzet, « la situation n'est pas désespérée ». Se détournant du politique, les citoyens recherchent de nouveaux médiateurs, aux premiers rangs desquels les associations de défense des consommateurs et les TPE/PME, capables de fédérer « les énergies positives », telles que les qualifient Jean-Paul Delevoye.
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Ce qu'attendent les citoyens, c'est de participer, de coproduire la décision, de faire émerger un dialogue multi-acteurs. « Nous sommes entrés dans un nouvel âge de la démocratie, celui du public et de l'horizontalité, décrit Pascal Perrineau. Un mouvement de citoyens, contestant la démocratie verticale, cherche aujourd'hui à s'exprimer mais doit encore se structurer. » Et c'est là tout le défi que doit relever le personnel politique : devenir un entrepreneur de transversalité, fédérant et représentant les énergies à l'échelle d'un territoire.
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