"Réussir son expatriation exige ouverture et humilité"
Stéphanie Borg
Stéphanie Borg
Plus qu'une fuite en avant pour échapper à un environnement économique morose, l'expatriation s'impose désormais comme une évidence pour les jeunes générations. Même si elle prend de nouvelles formes au sein des organisations, elle reste une étape importante dans la vie professionnelle d'un cadre.
Quand il traite des CV, Thierry Bourgeron aurait presque tendance à « exclure le profil d'un candidat Bac +4/5 qui n'est pas parti à l'étranger ».
Car c'est indéniable, « les entreprises cherche aussi ceux qui ont d'autres expériences, même à but non-lucratif. Cela prouve que le candidat porte de l'intérêt à de multiples choses », renchérit Martine Le Boulaire.
Thierry Bourgeron, DRH du Groupe GL Events
Il ne faut pas craindre le trou dans le CV - la France est d'ailleurs le seul pays où cette question se pose. « Il suffit de raconter sa - vraie - histoire au recruteur et faire ainsi appel à son esprit et son intelligence. On ne reprochera jamais à un candidat d'avoir passé un an à l'étranger », confirme Thierry Bourgeron.
Mais tenter l'aventure uniquement parce que c'est "bon pour son CV" risque de produire l'effet inverse. Partir, oui, mais uniquement "quand on en a envie et que l'on veut essayer autre chose ou que l'on ressent le besoin de vivre dans un autre pays. Et uniquement après s'être posé les bonnes questions sur son nouveau mode de vie et avoir vécu quelques mois sur place avant", témoigne Carole Granade-Segers.
"Il faut un projet avec des objectifs clairs. Il ne faut pas partir par défaut », souligne encore Martine Le Boulaire qui insiste également sur les objectifs clairement établis par l'entreprise qui doit définir son projet, se poser la question de la gouvernance et de la place des expatriés dans l'organisation.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Carole Granade-Segers, présidente de Boost in Lyon
Car une fois installé à l'étranger, la réussite n'est pas acquise. "Il y a beaucoup d'échecs dans l'expatriation", affirme Thierry Bourgeron. En cause ? Outre des retours mal préparés ou une trop longue absence, l'impression faussement acquise que tout est universel et que le système managérial, culturel ou organisationnel utilisé en France peut être duplicable à souhait.
"Il n'y a pas de culture plate ni de management universel", renchérit Martine Le Boulaire. Il ne suffit pas de traduire de bons principes de management dans une langue mais de toujours comprendre à quoi cela renvoi dans la culture socio-économique du pays.
Autre écueil à éviter : la posture personnelle. "Pour s'adapter, il faut faire preuve d'humilité et prendre le temps de s'ouvrir à l'autre", s'accordent à dire Carole Granade-Segers et Thierry Bourgeron qui conseille également d'"éviter d'avoir des réflexes franco-français et d'adopter le tropisme des gens sur place". Désormais, exit l'anglais à tous crins, l'expatrié nouvelle génération doit absolument maîtriser la langue locale pour s'adapter.
Martine Le Boulaire, directrice du développement d'Entreprise et Personnel
Cette nouvelle forme d'expatriés, à laquelle s'ajoute des personnes seules qui partent sans leur famille pour une durée plus ou moins longue, vient peu à peu supplanter l'expatriation de leurs aînés. "Ce temps là est terminé : cela coûte trop cher aux entreprises, qui localise de plus en plus la main-d'œuvre", confirme Thierry Bourgeron.
De plus en plus rare, mais toujours aussi bénéfique pour l'entreprise. "Il est dangereux de s'expatrier trop longtemps. Il faut rentrer pour faire profiter à son entreprise de son expérience", estime Martine Le Boulaire.
Stéphanie Borg