L'Université Jean-Moulin Lyon 3 accueille 10 000 étudiants en droit. Logiquement, nombreux sont ceux venus écouter la parole d'Éric Dupond-Moretti lors de la Master Class dont il était l'invité, initiée par Acteurs de l'économie, dans le cadre du cycle "Tout un Programme 2015", et animée par Claude Costechareyre.
Se défendant d'incarner un quelconque combat, l'avocat pénaliste, « vedette » malgré lui, se revendique simplement "citoyen" : "Il faut dire certaines choses. On m'invite pour les dire, j'en profite. Je suis content d'être là."
Aux futurs candidats au métier d'avocat, il a décrit sa conception de sa pratique. On le dit rebelle. Résistant ? Il assène :
Très jeune, il a été bouleversé par la condamnation à mort en 1976 de Christian Ranucci, de ce sentiment d'injustice a surgi sa vocation pour le métier, qu'il exerce le plus souvent pour défendre des accusés ; plus rarement, le voit-on au côté des parties civiles.
"Un avocat ne défend pas un crime, mais un homme" (crédit : Laurent Cerino/ADE)
Dès lors, serait-il partant pour défendre des terroristes responsables des attentats de Paris, sujet encore brûlant ?
Au fil du temps, il a vu évoluer son métier : "l'intervention de l'avocat, son éloquence ne sont plus les mêmes". Responsables de cette situation étouffante, "l'évolution de la législation avec une procédure pénale qui se contente de mesurettes. On navigue à vue. L'époque des idéologies a vécu. Elle est remplacée par l'hyper-moralisation de la société, l'hygiénisme, le tout sécuritaire."
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Dans la ligne de mire d'Éric Dupond-Moretti, clairement en colère : la dictature du politiquement correct, la normalisation et les interdictions qui cadenassent nos vies, le principe de précaution. Et sur le terrain judiciaire, ce tapis rouge déroulé aux victimes pendant les procès et qui relègue l'accusé loin derrière.
Plusieurs centaines de personnes ont assisté à la Master Classe initiée par Acteurs de l'économie. (crédit : Laurent Cerino/ADE)
Éric Dupond Moretti n'aime pas ces interdictions de fumer de plus en plus prégnantes ; il est consterné par une disposition légale qui interdit l'usage de l'usage du terme "mademoiselle" dans les documents administratifs. Exemples, certes anodins, mais révélateurs de notre société toujours plus normée : "Ces petits abandons entraînent de grands abandons ».
Dans cette optique, que pense-t-il de l'état d'urgence qui se traduit par un abandon de certaines de nos libertés ?
L'avocat, en toutes circonstances, voudrait un débat contradictoire, le temps de la réflexion : "Je vous demande de ne pas avoir un regard passionnel. Avant de désigner un coupable, je dis juste : "Attendons une minute"". L'homme, certes habité par des convictions, se cogne aussi à des doutes puissants. Face à ce jeune public avide parfois de réponses bien "packagées", par exemple sur le futur du métier d'avocat, ses conditions d'exercice, il répond : "Je suis dans le brouillard" ou "Je ne peux vous répondre, il me faudrait cinq heures"
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"Être avocat, c'est avoir un sentiment de totale inutilité" (crédit : Laurent Cerino/ADE)
Il tient néanmoins à prévenir les étudiants, sur un mode bien pessimiste :
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