Equilibrer vie professionnelle et personnelle : et si c'était aux salariés de choisir ?
Laurence Jaillard
Laurence Jaillard
"Quand je rentre chez moi, je suis le mari de ma femme, le père de mes enfants. J'oublie mon entreprise, c'est une règle que je m'impose. » Serge Ponton, PDG et fondateur de BM Environnement (entreprise de 38 personnes à la fois dans le service et l'industrie), considère que le dirigeant d'entreprise doit viser ce fameux équilibre vie professionnelle et vie personnelle. « Un entrepreneur heureux façonne une bonne entreprise. » Dans cette même optique, il s'efforce d'apporter à ses salariés, flexibilité et responsabilité dans leur travail, de leur donner des objectifs accessibles. Il est à l'écoute de leurs attentes, les accompagne individuellement.
Nicolas Claramond, PDG de LHR Groupe basé à Roanne (10 restaurants, traditionnels comme de restauration rapide, 100 personnes) traque chez ses salariés le présentéisme à outrance. A son responsable de restaurant, il dira : « Tu as fini à 23 h hier, tu commences ce matin à 10 h et non 8 h. » Aux cadres du siège, il interdit de partir en vacances avec leur ordinateur et dans cet univers de la restauration aux horaires compliqués et décalés - ce qui bouscule forcément la vie privée - il met en place certaines règles : un week-end pour chacun par roulement, un planning visible sur plusieurs semaines, des horaires sans coupure pour ceux qui travaillent en fast food, etc. LHR a pu ainsi fidéliser ses troupes, « c'est grâce à cette politique que j'ai pu en trois ans et demi seulement, ouvrir 10 restaurants ».
La cause est entendue : un dirigeant heureux, des salariés épanouis aboutissent à une entreprise solide et en développement. Pourtant les situations sont beaucoup plus diverses et complexes, comme l'a mis en avant Fabienne Autier, professeur-chercheur en gestion stratégique des ressources humaines à emlyon.
Une femme seule avec des enfants en bas âge aura des attentes pour sa vie personnelle tout à fait différentes de celles d'un jeune qui démarre sa vie professionnelle. Un cadre aura tendance à travailler tout le temps, le soir, pendant ses week-ends, scotché à ses outils numériques. Tenaillé par la peur de perdre son emploi, il veut assurer, répondre présent à tout instant. D'autant que la France se caractérise par un temps de la vie au travail, 30-55 ans, incroyablement contracté.
Ce spectre du chômage torpille forcément ce désir d'équilibrer nos différentes vies. Dès lors, le territoire où s'ancre le travail joue un rôle important, comme le souligne Serge Ponton :
Il semble plus facile de trouver un nouvel emploi en région lyonnaise plutôt qu'à Roanne. A rebours, la région roannaise, qui appuie son marketing territorial sous la marque « Roanne tout& simplement », offre des conditions plus favorables que l'agglomération lyonnaise, souvent en surchauffe, pour atteindre ce fameux équilibre quotidien : immobilier à bas coût, temps de transport réduit, infrastructures de qualité, nature proche, etc.
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Fabienne Autier constate de fait que ses étudiants mettent qualité de vie et recherche d'équilibre au centre de leurs préoccupations et de leurs choix. Avant même le niveau de rémunération. Logiquement, ils se montrent fascinés par les Google, Netflix et autres entreprises du numérique qui apportent à leurs salariés toutes sortes de confort sur place : crèche, salle de gym et terrain de sport, lieu pour la sieste, conciergerie avec services multiples comme pressing, billets d'avion, travail des enfants, etc. Mais la chercheuse met en garde devant ce piège :
Certes, il est important que le dirigeant d'entreprise par sa pratique impulse une stratégie aboutissant à l'épanouissement, comme l'ont décrit les deux dirigeants présents. Mais selon Fabienne Autier, il est bien plus profitable de donner aux salariés le droit d'avoir des préférences :
Des expériences ont montré que cela pouvait se passer de manière harmonieuse, s'autorégulant dans le cadre du collectif.
Laurence Jaillard