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Débats - La Tribune AURAGénération 2050 - La Tribune AURA

Les six défis de la Génération 2050

Stéphanie Borg

Publié le 30 novembre 2018 à 11:06 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:14

Génération 2050

Génération 2050

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Les signaux faibles de 2018 dessinent les tendances fortes de 2050. Et même s'il est impossible de prédire l'avenir, de grands penseurs, professeurs, explorateurs, chercheurs, entrepreneurs, directeurs généraux, journalistes, sociologues, géologues, médecins, industriels, acteurs de la société civile, politiques donnent à s'interroger sur les défis à relever pour les générations futures. Du mode de vie à la préservation des ressources, de la place de la culture à celle de l'inclusion et de la santé. Du...

Article initialement publié le 15/12/2017 à 13:59 à l'occasion du premier forum Génération 2050, mis à jour le 30/11/2018 à 12:06

En 2050, les Générations Y et Z ou Milléniums, nées entre 1980 et aujourd'hui, seront aux commandes du monde. Si l'on suit les tendances démographiques actuelles, nous nous acheminons donc vers "un monde de vieux". En particulier dans les pays développés.

"L'avenir de l'humanité va se jouer en Afrique, qui comptera 2,5 milliards d'habitants. La croissance mondiale continuera à croître, de 3 à 3,5 %, pour les pays émergents et les anciens pays avancés. Leurs économies domineront le monde avec une explosion des classes moyennes. Elles représenteront 80 à 85 % de la population mondiale", avance Michel Camdessus, économiste, ancien directeur général du FMI, gouverneur de la Banque de France.

Le monde sera ultra-urbanisé - deux-tiers des populations vivra en ville en 2050 - et ultra-technologique. Mais, contrairement aux lignes démographiques, elle nous prépare un monde dont on ne sait rien, comme l'ont souligné plusieurs spécialistes.

Premier défi : consommer autrement

Qui dit augmentation de la population, dit impact sur l'environnement. Mais les ressources sont limitées. Chaque année, la terre vit a crédit à partir du mois d'août. Pour y remédier : il faudra consommer différemment, mieux, si ce n'est moins. Et sans tarder.

"La première idée pour avoir moins de déchets, c'est d'allonger la durée de vie des produits. Une autre idée consiste à imaginer des filières de proximité et de débouchés pour les produits recyclés afin d'en faire un véritable atout économique, valorisable pour les entreprises et donc attractif", avance Muriel Olivier, directrice des Affaires publiques, recyclage et valorisation des déchets chez Veolia

Autre alternative : tendre vers le zéro déchet, comme le préconise l'association éponyme.

"Il faut que le déchet devienne un véritable enjeu de société, que le citoyen devienne un 'consomacteur'. Le meilleur déchet est celui qui ne se produit pas. Mais attention, tout ne doit pas reposer sur le citoyen : les déchets des ménages ne constituent que 10 % des déchets français", rappelle Mathilde Parquet, co-fondatrice Zéro Déchet Lyon.

Mathilde Parquet (Laurent Cerino - ADE)

Réduire ses déchets, consommer de façon collaborative, louer au lieu de posséder... sont des codes intégrés par les jeunes. Mais cela ne suffira pas à sauver la planète.

"La société devra opérer sa transition autour de l'écologie. C'est une chance, un formidable levier pour innover, s'organiser autrement", analyse le sociologue Serge Guérin, spécialiste des questions du vieillissement et des générations.

Deuxième défi : un environnement propre et durable

Du côté de la production d'énergie, la décarbonisation progresse.

"Entre le développement du numérique et la décentralisation de la production, plus proche des consommateurs, produire 100 % d'énergies renouvelables, n'est pas si fou en 2050. D'ailleurs, des expérimentations sont déjà en cours : en 2020, nous aurons converti 100 % de l'Ile de Marie Galante et ses 11 000 habitants, à l'énergie renouvelable", estime Didier Lhuillier, directeur général de la Compagnie nationale du Rhône (CNR).

Une accélération rendue possible grâce à la combinaison du numérique et d'innovations en matière de nouvelles capacités de stockage - un des freins majeurs du développement de l'électricité issue du soleil, du vent ou de la terre.

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"Lesruptures sont en cours. Elles vont porter leurs fruits dans le temps. Mais il faudra faire bouger les lignes administratives, résoudre les problématiques économiques et changer notre culture : nous sommes très heureux d'avoir de l'électricité quand nous appuyons sur un bouton. Et le confort n'est pas une motivation pour aller plus vite et plus loin dans les changements", souligne Frédéric Dohet, délégué RTE Auvergne Rhône-Alpes."Les nouvelles solutions permettent de rendre le réseau plus flexible en synchronisant la disponibilité de l'énergie. On s'achemine vers des échanges d'énergie plus solidaire envers ceux qui en ont moins, ou pas", avance Nouredine Hadjsaid, professeur et chercheur à Grenoble INP, président du conseil scientifique et industriel du comité smart grid en France.

Troisième défi : repenser l'éducation

En 2050, la plupart des métiers occupés n'existent pas encore en 2017. Dans ce contexte, comment se préparer à cet avenir, sans angoisse ?

"Il faudra être créatif, capable de gérer des interfaces complexes et de comprendre tous les langages de l'entreprise. Mais ces compétences nouvelles sont indissociables d'un savoir et d'une culture générale forte. C'est notre savoir-faire français : celui de construire des cerveaux aux capacités analytiques puissantes", estime Marie-Caroline Missir, directrice de la rédaction du groupe L'Etudiant

Marie-Caroline Missir (Laurent Cerino - ADE)

A l'heure où le savoir est plus facilement accessible qu'avant, se pose alors la question la question du rapport à l'enseignant - traditionnellement détenteur du savoir. Il est complètement bouleversé.

"Désormais, on vient chercher à l'école uneintelligence collective, sociale, politique, créative, cognitive. L'enseignant sera unarchitecte, un metteur en scène, capable d'amener des contributions utiles aux étudiants en train d'apprendre et de faire par eux-mêmes", rapporte Thierry Picq, directeur de l'innovation d'emlyon business school.

D'où l'émergence de nouvelles pratiques pédagogiques, à l'image de ce qui se fait à l'école Le 101, l'émanation de l'Ecole 42, mais adaptée au périmètre de la région Auvergne Rhône-Alpes.

"Apprendre l'informatique, c'est apprendre une structure de pensée. Notre pédagogie repose sur cette structure : on apprend la langue racine, la pensée informatique originelle, à partir de laquelle on pourra s'adapter tout au long de la vie. Mais on ne peut plus inventer seul. Il est nécessaire d'être perméable à l'autre pour co-construire ensemble", explique Cyril Ihssan - El Younani, directeur de l'école le 101.

Aidé par la technologie, poussé par l'idée d'un parcours individualisé, le monde de l'éducation pourrait retrouver son sens initial : celui de la pédagogie, qui met l'humain au centre de ses préoccupations.

Quatrième défi : combiner santé et technologies

Trois technologies pourraient bientôt transformer la santé : la robotique, l'intelligence artificielle (IA) et la blockchain. Si le robot est déjà bien installé dans les salles d'opération, les deux dernières sont encore relativement nouvelles - à l'échelle du temps de l'expérimentation.

"L'IA n'est pas une intelligence humaine, c'est un outil statistique capable d'aider l'humain à améliorer son processus en s'appuyant sur toujours plus de données. C'est l'homme qui conditionne ce qu'il fait de la technologie. Il ne faut par qu'elle soit détenue par un nombre limité d'acteurs. Il faut rester vigilant, en tant que citoyen, face à cette emprise et la rendre universelle pour éviter la fracture", explique Michel Plantevin président de I-Care Cluster."La question de l'ouverture des données est très différente selon les pays. Certains sont très ouverts quand d'autres frôlent la paranoïa. Une forte régulation se dessine en Europe qui prône la protection des patients. Ce sera très contraignant pour ceux qui veulent ouvrir des solutions à tous, sur le terrain", avance Alain Pluquet, chief data officer de bioMérieux.

À terme, la machine va éliminer 50 % de la production médicale. Et les nouvelles technologies ne rendront plus systématiques les visites chez le médecin.

Guy Vallancien et Michel Plantevin (Laurent Cerino - ADE)

"Elles feront une partie de notre travail et notre métier reviendra à l'essentiel : l'empathie envers le patient, le temps donné lors de la consultation, nécessaire pour construire la confiance. Est-ce vraiment grave si une personne âgée caresse un petit robot au lieu d'un chat ?Mais attention :oui à la technologie, non à ladigitocracy. Utilisons la technologie à bon escientpour les médecins et les malades. Gardons nos valeurs, je veux de l'humanisme et des limites. En 2050, se posera la question de l'augmentation de l'homme. On voudra plus de mémoire, de connexion, de QI, mais quid de l'amour ou de l'humanité", lance l'impertinent Guy Vallancien, chirurgien, membre de l'Académie nationale de médecine.

Cinquième défi : réussir l'inclusion sociale

En 2050, la misère ne sera pas éradiquée. Elle touchera encore 16 % de la population mondiale. Et le vieillissement de la population, paradoxalement maintenue en bonne santé par un système de soin toujours plus efficient, pose un autre défit à notre génération 2050 : maintenir l'inclusion des plus fragiles.

"Les études montrent que le taux de chômage français restera toujours élevé par rapport à d'autres pays européens. La question de la solidarité sera toujours un peu éternelle. Mais une nouvelle ère commence pour l'insertion car les entreprise se saisissent de ces questions à nos cotés", avance Olivier Rouvière, chef de service, mobilisation des entreprises et accès à l'emploi à la Métropole de Lyon.
"Nous devons accentuer la professionnalisation de l'insertion et casser l'image de misérabilisme du secteur. Il faudra changer de regard sur la question", avance Bruno Doleati, directeur des ressources humaines région sud d'XPO Logistics.
"Pour qu'il n'y ait plus d'insertion, il faudrait en supprimer les causes : les addictions, les maladies, les handicaps, les accidents de vie, les licenciements. Il y aura toujours un public au bord de la route et qui aura besoin d'aide. Pour les aider, il n'est plus suffisant de faire du social. Il faut professionnaliser le secteur", avance Patricia Gros Micol, présidente d'Handishare.

Une inclusion par l'emploi, mais aussi pas la multiplication des politiques de prévention dans la santé, par une plus grande ouverture de l'école, par la culture aussi.

"La culture crée du lien social, générationnel, d'entreprise. Un lien général et universel qui permet aussi de changer les regards. A chaque fois que nous installons une nouvelle exposition dans notre atrium, je constate combien la culture nous interpelle tous", explique Isabelle Bourgade, directrice générale du CIC Lyonnaise de Banque.

Au Musée des Confluences, l'accessibilité des publics est ancrée dans le projet de l'établissement.

"Le musée est pensé pour tous les publics, surtout ceux qui ne les fréquentent pas. Cela fonctionne : 30 % de nos visiteurs ne sont jamais allés dans un musée avant", souligne Béatrice Schawann, directrice de l'administration générale du Musée des Confluences."Nous sommes un lien social permanent, une connexion entre l'expression artistique et le public. En position passive, sans écran pour le distraire, il prend le temps de regarder, écouter et de s'interroger autrement. C'est une expérience fondamentale et irremplaçable. La technologie peut faire des progrès mais je ne peux pas imaginer quelque chose qui va remplacer la sensation d'aller au théâtre", avance Marc Lesage, co-directeur du Théâtre des Célestins.

Marc Lesage (Laurent Cerino - ADE)

Sixième défi : trouver sa place d'Homme

Confrontée à la technologie - un terme largement entendu au cours de la journée, aux défis d'un nouveau monde en devenir, l'espèce humaine sera poussé dans de nombreux retranchements, surtout idéologiques.

"Que sera le monde, au-delà des idées idéologiques et d'un univers multipolaires et interconnectés ? Quel monde veut-on pour demain, quel part voulons-nous y consacrer sans être un spectateur", s'interroge Denis Lafay, directeur de la rédaction d'Acteurs de l'Economie - La Tribune."Je crois en l'humain, contrairement aux porteurs de dystopie, ceux qui ont une vision cauchemardesque du futur. J'ai envie de penser qu'un enfant né aujourd'hui vivra dans une société où la domination masculine aura disparue, où il pourra avoir accès aux études tout au long de sa vie, où le métissage culturel sera la norme. (...) Si les évolutions culturelles ne sont pas bonnes pour l'humain, il sait se réguler", répond Monique Dagnaud, sociologue, spécialiste des médias et de la jeunesse.

Alors, peut-on se diriger vers 2050 sans changer de culture ?

"Changer est une question de survie. On ne pourra plus vivre avec la consommation comme destin, un repli sur soi, un bonheur entre nous qui ignore que nous, européens, seront minoritaires dans ce grand monde. Il faut aller vers une citoyenneté de l'univers, une émergence d'un sens du bien commun universel", souligne encore Michel Camdessus

Doit-on faire place aux jeunes ? Exit les vieux et leurs idéologies, leur technologie, leur façon de consommer et de vivre ?

"Hier, on pouvait dire ce qui allait se passer. Aujourd'hui, on ne sait pas qui gagne à la fin. Ce qui est certain, c'est qu'il y a pleins de manière d'être jeune, d'être vieux et d'être entre les deux. La jeunesse est bourrée de vie, mais on a tout intérêt à ne pas opposer les générations, et plutôt s'orienter vers alliance culturelle de projet", modère Serge Guerin.

Seul le temps nous donnera ses réponses.

Quelle jeunesse pour quel monde en 2050 ? (Laurent Cerino - ADE)

Stéphanie Borg

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