2050 : "Fashion Tech" ou "mode éthique" ?
Lea Guigou, Amandine Miallier et Benjamin Vernet (Etudiants à l'IEP Lyon) avec S.D.

Fashion Tech
Léa Guigou
Lea Guigou, Amandine Miallier et Benjamin Vernet (Etudiants à l'IEP Lyon) avec S.D.

Fashion Tech
Léa Guigou
Une bande de tissu lumineux à LED intégrées à la main, Adrien Deslous-Paoli présente ses nouveaux produits : "C'est pour faire la doublure d'un sac. Nous développons également un sac à dos pour une grande marque de street wear français qui intégrera un dispositif photovoltaïque." Fondateur de la startup De Rigueur, spécialisée dans la Fashion Tech, l'entrepreneur s'attache à faire rimer "mode" avec "nouvelles technologies".
Pour Frédéric Monneyron, sociologue spécialisé dans la mode, cette tendance est encore mal définie, même si : "il y a un public acheteur quand elle permet de faciliter la vie des gens."
Doter les vêtements de propriétés technologiques peut faire rêver les amateurs de science-fiction. Mais il en faudra certainement plus pour gagner le cœur d'une industrie qui représentait 150 milliards d'euros en 2016 selon l'Institut français de la Mode, et qui pèse plus lourd dans le PIB français que plusieurs secteurs industriels réunis.
Qu'en est-il de la mode éthique ? Supprimer les produits toxiques de la chaîne de fabrication, privilégier l'aspect local, réutiliser des tissus destinés à la décharge, autant d'engagements pris par les acteurs de ce mouvement et qui résonnent fort avec les grandes questions écologiques que se posent aujourd'hui les sociétés occidentales.
Un mouvement qui a poussé la créatrice à lancer il y a un an une plateforme de vente en ligne de vêtements fabriqués dans le respect d'une charte éthique : baskets en plastique recyclé, créations en chanvre, Tencel ou viscose. Ces tissus, peu connus, représentent pourtant une alternative au coton dont "la culture mobilise énormément d'eau et de pesticides", comme le déplore Marie Nguyen.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Difficile à première vue de concilier cet impératif écologique avec le développement d'une mode technologique intégrant souvent des éléments électroniques, et donc polluants, à ses créations.
Les batteries sont particulièrement pointées du doigt : leur fabrication nécessite l'extraction de terres rares, non-renouvelables et quasiment impossibles à recycler. Une contrainte qui n'empêche pas la Fashion Tech de s'intéresser à la mode éthique ; en témoigne la gamme, presque schizophrénique, de portefeuilles-chargeurs en cuir vegan fabriqué à partir de bouteilles en plastique recyclées, signée De Rigueur.
"Le mouvement est très similaire à ce que l'on peut observer dans l'alimentation", analyse Alice Durupt, la cofondatrice et designer de Maison ALFA, une start-up soucieuse de l'impact écologique des vêtements qu'elle propose.
Mais ce sont surtout les tissus qui semblent destinés à réunir ces deux branches de la mode à l'avenir. À la base de l'habillement, leur fabrication a un coût environnemental extrêmement élevé et représente un problème de taille à résoudre pour la mode éthique. Et la solution pourrait bien résider dans les tissus innovants actuellement développés grâce à de nouvelles technologies.
En effet, en cherchant à doter les textiles de propriétés nouvelles pour créer des "tissus intelligents", les ingénieurs développent de nouveaux matériaux à l'impact environnemental souvent moindre. Un phénomène déjà identifié dans les cursus de formation.
Même constat du côté de LISAA Mode à Paris, où Anne Balas-Klein, directrice de l'établissement, confirme que désormais, "les jeunes veulent travailler pour une marque qui correspond à leurs valeurs. Et dans le même temps, ils utilisent les nouvelles technologies disponibles comme la découpe laser ou l'imprimante 3 D."
Une tendance qui laisse donc présager que la mode Tech et éthique pourraient filer vers avenir commun.
Lea Guigou, Amandine Miallier et Benjamin Vernet (Etudiants à l'IEP Lyon) avec S.D.