Bientôt, la contraception masculine ?
Agathe Gouesmel, Oriane Mollaret, Maëva Les Biens (Etudiantes à Sciences Po Lyon) avec S.B. et S.D.

Contraception masculine
Elio Prophette
Agathe Gouesmel, Oriane Mollaret, Maëva Les Biens (Etudiantes à Sciences Po Lyon) avec S.B. et S.D.

Contraception masculine
Elio Prophette
"En France, on parle beaucoup de sexe mais très peu de sexualité", déplore Daniel Aptekier-Gielibter, 62 ans, co-président de l'Association pour la recherche et le développement de la contraception masculine (ARDECOM).
Alors que la vasectomie fait partie des moyens de contraception présentés sur le site du ministère de la Santé, seuls 0,8% des Français y avaient eu recours en 2013, contre 20% au Royaume-Uni selon ARDECOM.
La méthode hormonale mise au point par le Dr Jean-Claude Soufir, et validée par l'Organisation mondiale de la santé, qui consiste en une injection hebdomadaire de testostérone, n'est pas plus sollicitée. Cette année, le médecin n'aura suivi que 30 hommes.
Son confrère, le Dr Roger Mieusset, n'a guère plus de succès : seul autre praticien à prescrire la méthode hormonale, il a mis au point dans les années 80 un boxer, aussi appelé "slip chauffant", qui remonte les testicules suffisamment près du corps pour stopper la production de spermatozoïdes. Une méthode "sans effets secondaires, indolore et économique" qui n'attire pourtant pas plus d'adeptes.
D'après les travaux de recherche de Cécile Ventola, sociologue à l'Institut national d'études démographiques (INED), ce manque d'intérêt français pour la contraception masculine s'expliquerait par une succession de politiques natalistes, au contraire du Royaume-Uni qui a implanté des politiques de restriction démographique.
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Un autre obstacle, évoqué par la démographe de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) Mireille Le Guen, se trouve dans les représentations contemporaines de la contraception : c'est un champ clairement défini comme féminin où les hommes ne semblent pas avoir leur place.
François Crochon, sexologue clinicien, ajoute :
Devant un tel blocage, où trouver des praticiens susceptibles de maîtriser ces différentes méthodes en France ? "C'est pour l'instant très compliqué, reconnaît Daniel Aptekier-Gielibter.
"L'enseignement de l'andrologie médicale mérite d'être mieux organisé qu'il ne l'est actuellement", déplore le Dr Soufir en faisant allusion à la formation de médecine, dans laquelle un seul jour est consacré à la contraception... féminine. L'un des freins à la contraception des hommes reste le manque d'interlocuteurs.
Pour l'association Jemaya Innovations, qui commercialise les fameux boxers thermiques contraceptifs, l'avenir repose également sur une meilleure crédibilité de la part du milieu médical.
L'évolution de la demande est frémissante : Jemaya Innovations a réalisé 35 ventes cette année, même si ces chiffres ont doublé au regard de l'année précédente.
Erwan Taverne, auteur du blog Le boulocho, destiné à la promotion de la conception masculine, a adopté le sous-vêtement contraceptif depuis maintenant deux ans. "Je trouvais intéressant de ne pas s'en remettre systématiquement à nos partenaires dans ce domaine" explique-t-il.
Comme lui, de plus en plus d'hommes semblent prêts à prendre en charge leur contraception. Au Planning familial de Grenoble par exemple, les demandes commencent à affluer de la part d'hommes jeunes, célibataires ou en couple, avec ou sans enfants.
A ce rythme-là, ces différentes méthodes de contraception masculine pourraient être prescrites en 2050. Mais peut-être pas encore aussi naturellement que la pilule ou le stérilet aujourd'hui.
Agathe Gouesmel, Oriane Mollaret, Maëva Les Biens (Etudiantes à Sciences Po Lyon) avec S.B. et S.D.