Montessori aujourd’hui, quels adultes demain ?
Emilie Spertino, Cyrielle Thevenin et Robin Thomas (Etudiants à l'IEP Lyon) avec S.B.

Vers une génération Montessori en 2050 ?
Emilie Spertino
Emilie Spertino, Cyrielle Thevenin et Robin Thomas (Etudiants à l'IEP Lyon) avec S.B.

Vers une génération Montessori en 2050 ?
Emilie Spertino
Mardi matin, à l'École Montessori de Villeurbanne, on a échappé de peu au drame. Envieux des carottes de son petit camarade, un élève a violemment poussé ce dernier. On s'attendait à une crise de larmes. Pourtant, tout est rapidement rentré dans l'ordre. L'éducatrice est juste intervenue pour rappeler les petits gourmands au respect mutuel. C'est tout le principe de la pédagogie Montessori. Les éducateurs - qui refusent l'appellation de "professeur" - se veulent de simples guides de la volonté de l'enfant.
Face à la crise du système traditionnel, beaucoup de familles se laissent séduire par les écoles alternatives. Isabelle Curé, l'une des mères de famille à l'origine de la création du collège Montessori de Lyon, conserve une grande rancœur contre l'Éducation nationale. Elle estime que le système n'était pas adapté à sa fille, précoce et dyslexique.
Les adultes éduqués à Montessori seraient plus enclins à l'empathie et à la bienveillance envers autrui.
Mais cette pédagogie vieille de plus de cent ans sera-t-elle toujours adaptée pour former la société de 2050 ?
L'éducation Montessori vise également à créer des adultes autonomes et créatifs, soucieux de protéger l'environnement. Dans le collège lyonnais, les adolescents prennent soin d'un potager : "ils cultivent les fruits et légumes qu'ils utilisent pour leur propre consommation, mais vendront le surplus au marché," poursuit le directeur.
L'individualisation permise par les écoles alternatives pose cependant la question du vivre ensemble.
Pour Françoise Carraud, sociologue spécialiste des questions d'éducation, "l'un des gros problèmes de la pédagogie Montessori concerne la socialisation : c'est un modèle très individuel. Les élèves sont censés apprendre seuls et à leur rythme, en faisant les ateliers qu'ils ont choisis et les activités collectives sont exclues".
Cette tendance à l'individualisation pourrait conduire à une plus grande fragmentation de la société.
Difficile enfin de savoir si la réussite des enfants Montessori est due à la pédagogie mise en œuvre ou aux conditions exceptionnelles dans lesquelles elle s'épanouit.
De plus, la pédagogie Montessori requiert des conditions matérielles spéciales (groupes réduits, beaucoup de matériel) dont ne disposent pas la majorité des établissements. Sans compter la dimension élitiste induite par le coût de la scolarité : 4 500 euros en moyenne par an et par enfant. "On sent que c'est un réel choix de budget familial", concède Marie Borrel, éducatrice à l'école Montessori de Villeurbanne.
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Pour le moment, l'efficacité de la méthode n'a pu être prouvée sur le long terme et sur un groupe d'enfants suffisamment représentatif. Seules quelques expériences isolées ont été menées comme celle de Céline Alvarez, chercheuse en sciences du langage, qui décide, en 2011, d'appliquer les principes Montessori dans une classe de maternelle à Gennevilliers.
Les résultats s'avèrent satisfaisants, mais l'enseignante a bénéficié de financements importants ainsi que d'une assistante agréée Montessori, ce qui peut biaiser le résultat selon certains experts.
Seules 300 écoles officielles Montessori sont répertoriées en France, ce qui relativise l'impact qu'elles auront sur les générations de 2050. Si Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale, s'est affirmé favorable aux principes Montessori dans son ouvrage, L'école de demain, le système éducatif français traditionnel ne semble pas encore calibré pour "produire" une génération entière capable de changer la donne.
Emilie Spertino, Cyrielle Thevenin et Robin Thomas (Etudiants à l'IEP Lyon) avec S.B.